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Les Syllabes

Et voilà une nouvelle journée qui commence. Que nous devons vous raconter ! Absolument. Pour que vous ne puissiez pas dire un jour : « On ne savait pas pour les Syllabes… ».

 

D’abord, dès le réveil, se rappeler, toujours avec douleur, qu’autrefois, à notre âge d’or de Syllabes, nous vivions toutes ensemble à l’intérieur des mots. Jusqu’à ce qu’un esprit certainement sadique, le Découpeur, n’ait eu l’idée de nous séparer les unes des autres. Sous prétexte que pour les jeunes enfants, nous serions plus faciles à identifier. 

 

Un réveil d’autant plus douloureux, que le plus souvent dans les classes, nous sommes collées aux murs, bien séparées les unes des autres, condamnées à rester ainsi tant que l’enseignant l’aura décidé. Accompagnées en plus d’un petit dessin ridicule, fait sans aucun style. Pour soi-disant aider à nous mémoriser. Ridicule…

 

Et puis, une fois les élèves arrivés, c’est le ponpon ! La séance quotidienne de désignation de l’une d’entre nous pour servir de leçon de lecture – je ne vous dis pas l’angoisse de chacune d’entre nous avant de savoir qui sera choisie. La pauvre Syllabe est alors condamnée à entrer par la force – et avec le sourire, si possible… - dans le crâne de chaque enfant avant la fin de la journée. A force de rabâchages, d’exercices, et même de devoirs le soir. Et d’entendre répétés nos noms, une, deux, dix, cent fois, jusqu’au dégoût. Sans pouvoir réagir. Comme pour un peloton d’exécution. 

 

Nous aurions tellement préféré rester intactes dans de vrais beaux textes, toutes ensemble, sans classification, sans ordre, sans affichage. Juste au service des mots, de la langue, des histoires. Pour simplement faire rêver.