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Le Conseil de classe

Le Conseil est un sujet épineux pour moi.

Depuis plusieurs années, je ne l'intègre pas vraiment dans mon emploi du temps, partagé que je suis entre son intérêt et ses possibilités de dérives. Donc, je le fais de temps en temps. Et pourtant, je sais qu'il devrait faire partie intégrante de ma classe.

Il me parait nécessaire pour conduire des projets souhaités par les enfants, il est un moment important, au même titre que les autres moments de partage, pour créer un espace collectif, une culture commune. Donc, parfois, je le propose pour qu'on parle de ce que nous pourrions faire ensemble dans et hors classe. Mais de façon irrégulière...

En revanche, il me pose un vrai problème pour ce qui est de la résolution de conflits. J'ai connu plusieurs années avec des classes batailleuses de CM1, CM2, où ce moment de conseil avait plutôt tendance à rajouter de la tension, à stigmatiser tel ou tel enfant, et surtout à focaliser l'attention des enfants vers leur relations, déjà au centre de leur attention, plus que sur le travail ou leurs projets. Depuis, j'ai préféré aborder les conflits seul avec les enfants concernés, au moment du problème, et ne pas y impliquer toute la classe.

Je pense que cette thématique du Conseil continuera à faire son chemin en moi. Avec votre concours et vos témoignages ?

En attendant, voilà un moment enregistré en 2006 avec des CE1/CE2, tiré de l'émission "Nous Autres". A le réécouter, il y a plein de moments drôles, intéressants, mais aussi questionnants.

Doit-on tout savoir ?

En 2006, j'ai eu la grande chance de rencontrer Zoé Varier, qui réalise l'émission "Nous autres" sur France Inter, et depuis lors, une belle collaboration complice entre nous s'est mise en place, donnant jour à sept émissions faites ensemble, et une huitième à venir prochainement.

Je souhaite vous les faire partager à nouveau grâce à ce blog.

Nous allons commencer par un moment philo en classe de CE1/CE2 sur le thème "Doit-on tout savoir ?"

Voilà, vous savez tout.


Tous contre les Homonymes grammaticaux !

Un jour, dans ma classe, est arrivée une missive adressée à chacun des élèves et à moi-même. Nous l'avons aussitôt lue :

CE2/CM1

NOUS VOUS DECLARONS LA GUERRE

 

CE2/CM1, nous sommes les H et nous vous détestons, vous, et tous les élèves des écoles !

 

Quoi ? Vous ne connaissez pas les H ? Vous n’avez jamais entendu parler des Homonymes ? Et pourtant, on ne cesse de vous empoisonner la vie.

 

Nous sommes partout dans les textes que vous écrivez. Les a et à, les on et ont, les ou et où, c’est nous ! Et qu’est-ce qu’on rigole avec vous car vous n’arrêtez pas de vous tromper. On est plus forts que vous !

 

Vous ne nous croyez pas ? Eh bien, on vous propose un défi : Toutes les semaines, on glisse à votre maître, que nous détestons aussi car il vous apprend à nous combattre, un texte avec plein de H et on verra qui l’emportera entre vous et nous. A chaque fois, soit vous marquez 1 point, soit c’est nous.

 

Mais nous, les H, on sait déjà qui va gagner. On prépare déjà une grande fête des H et vous nous regarderez manger et boire.

Ah ah ah !

 

Vous avez peur, hein ?

 


On a tous décidé de relever le défi. Chaque semaine, je les préparais à affronter un nouveau couple de H (a/à ; ou/où ; et/est ; ...) puis la bataille se faisait. On avait pour cela créé un cahier spécial "La bataille des H". Voilà la première :



Bataille 1. Savoir choisir entre a et à

 

Tous contre les H

 

La roue __ eau __ été réparée

Elle l'__ chuchoté __ tout le monde

Comprends-tu ce qu'il y __ __ écrire

Il l'__ observé __ la télé

Il n'y __ rien __ faire

Le renard __ couru __ toute vitesse

Il __ dû le chercher __ la maison

Il est parti __ la campagne

Il __ scié et __ collé

Mentir ne lui __ servi __ rien ?

C'est __ St Nazaire qu'il l'__ rencontré

                            

CE2/CM1 : ___ pts

H : ___ pts

 

 

A chaque fin de bataille, nous comptions les points pour la classe et les points pour les H que nous affichions.


Je vous passe les détails sur les missives reçues par la suite, notamment celle où les H décidaient de changer les barèmes de points de la bataille car ils trouvaient que je faussais les règles du jeu en préparant les élèves.


N'empêche qu'à la fin d'une belle série de combats, la classe a gagné et nous avons fêté la victoire.


Et quant à savoir si les H, c'était l'invention du maître, motus et bouche cousue...


Et vous ? Vous voulez défier les H dans votre classe ?

Des maths, autrement

Il y a quelque temps, j'avais imaginé, lors d'un stage Freinet, douze façons d'approcher autrement l'apprentissage des mathématiques de façon à rendre cette discipline, souvent ardue pour certains élèves, un peu plus accessible... voire débloquer certains (rêvons un peu !)

Voilà ces approches :



Par la Vie de la classe

            - Organisation de groupes de travail pour se mettre en ateliers ; gestion de la coopérative ; combien de cars pour aller à... ; etc...

 

Par la Création

        - Créations mathématiques + Rebondissement sur ces créations pouvant mener à des recherches.

 

Par la Recherche (défis)

Opérations-mystères.

Comment je fais pour : tâtonnement expérimental

 

Par la Philosophie

- C'est quoi être un ? Etre plusieurs ? Etre différent ? Etre pareil ? C'est quoi l'infini ?

 

Par l'Observation

- Au cours d'une balade, porter un regard mathématique sur notre environnement

- Regard maths sur des oeuvres d'art (exemple du livre « L'art en bazar »)

 

Par la Fiction

- Ecriture d'histoires ayant pour héros un Personnage mathématique (l'histoire de 364/5, par exemple)

- Invention d'une pièce de théâtre mathématique. Exemple : « L 'histoire du + qui voulait devenir un - »

 

Par l'Histoire

- Histoire de la Numération

- Histoire des Instruments mathématiques

- Ses inventeurs

etc...


Par le Questionnement (non savant) des origines

- Représentations des enfants sur le « Comment ça se fait qu'il y a des nombres, des +, des fractions, etc... » : ils essaient d'imaginer ce qui a pu faire leur invention.


Par l'Enigme

- Un enfant ou le maître propose une énigme qu'on va chercher à résoudre (239 + 123 : comment faire ? Si on ne connaît pas les additions à retenue par exemple)

 

Par le Corps

- Création de formes mathématiques en expression corporelle, en danse, en EPS.

 

Par l'Interrogation collective

- Débat autour de « Est-ce que l'infini peut faire peur ? » ; « Si on pouvait se cloner, qu'en penserais-tu ? »

 

Par la Poésie

- Si j'étais une ligne droite, je...                            - Si j'étais un segment, je...



Et pour tous ceux qui aimeraient aller plus loin, voilà un livre que j'ai écrit, édité chez Bayard Jeunesse, qui pourrait vous intéresser et, je l'espère, vous plaire : "Mat et Ma Tic et compagnie".





Pour acquérir Mat et Ma Tic

Organisation de ma classe

Je vous présente ici l’organisation de ma classe autour de différents temps qui articulent moments individuels et moments collectifs.

 

 

Petit à petit, année après année, j’ai bâti l’organisation de ma classe autour de différents temps.

En m’appuyant sur les pratiques de l’école Freinet de Mons-en-Bareul, sur les travaux de Philippe Meirieu et de Jacques Lévine, et naturellement sur tous ces stages Freinet où l’échange est roi, j’ai choisi de privilégier la notion de « moments d’accès ».

Je ne crois pas en un mode d’apprentissage unique, même celui qui partirait des besoins de l’enfant, mais plutôt en une diversité d’approches et d’accès dans laquelle chaque enfant pourrait trouver sa voie/x et s’inscrire.

Des moments répartis dans un emploi du temps bien précis et explicite.

 

Pour échanger et partager 

 

Tous ces moments contribuent à créer une culture commune à la classe et une atmosphère de confiance et de respect.

Parmi eux, j’y ai mis au centre un moment que j’ai appelé : « Je fais partager », mais aussi une discussion sur l’actualité, un atelier de réflexion philosophique.

 

« Je fais partager » 

L’enfant volontaire vient présenter un objet, une lecture ou parler d’un moment vécu, vient tester une lecture qu’il souhaite présenter à d’autres classes et pour laquelle la classe va voter, ou vient lire un texte qu’il a écrit en vue d’une parution dans le journal de classe. Ce moment « Je fais partager » est venu remplacer et inclure le traditionnel « Quoi de neuf ? » que je trouvais trop restrictif. Il est en étroite relation avec cet autre moment, qu’est le moment de Travail personnel (cf supra).

 

L’actualité 

A partir d’un texte d’actualité, tiré par exemple des « Clés de l’actualité junior » lu d’abord à la maison, on débat ensemble. Ce moment me semble très intéressant car il permet non seulement un échange entre élèves mais aussi à la maison.

 

Atelier de réflexion philosophique, psychologique ou d’interrogation collective 

Il s’agit là, à partir d’une question, de laisser venir un espace de débat entre les enfants, débat où je participe au minimum, sinon en garantissant un cadre de respect et d’écoute.

 

Ces moments d’échange et de partage quotidien durent environ 45 minutes. Par exemple, un « Je fais partager » quotidien de 20 minutes, complété par un moment d’Actualité ou d’ Echange Philosophique sur la semaine.

 

Pour personnaliser le travail

 

Tous ces moments permettent à l’enfant de mener des activités, en petites équipes ou seul, issues de ses centres d’intérêt, de ses envies ou d’une dynamique de classe.

Chaque matin, on remplit sa fiche de travail personnel.

 

Parmi les projets, on peut y inclure la création mathématique, la préparation d’un exposé, la préparation d’une lecture à faire à d’autres classes, l’écriture de textes, le travail sur des fiches de lecture, de français ou de mathématiques, un tutorat, etc.

Ce temps de travail personnel quotidien dure de 30-40 minutes. C’est un temps volontairement libre en choix, fort en apprentissages, mais dont les apprentissages dits scolaires ne dépendent pas trop.

Je n’y inclus pas des activités théâtrales ou de bricolage par exemple, pour des raisons d’espace non disponible, hors classe.

 

Pour questionner

 

Tous ces moments permettent à l’enfant de prendre les savoirs à leur source, en les questionnant. Chaque savoir est issu d’une longue recherche, faite de percées, de difficultés, de retour en arrière. Par le questionnement, l’enfant se met dans une posture de chercheur.

Parmi ces moments-là, on peut inclure l’étude et le toilettage d’un texte libre, la recherche mathématique, les situations-problèmes en histoire/géographie, ou l’ « enquête observatrice » (Qu’est-ce que vous remarquez ? ») à partir de mots, de phrases, de nombres, d’opérations, d’images, de cartes.

Chaque questionnement débouche sur des remarques d’où sort peu à peu un nouveau savoir, qu’on va formaliser sous forme de trace écrite.

Un à deux temps de questionnement quotidien collectif de 20 minutes est organisé (un en maths, un en français, mais pas systématiquement)

 

Pour découvrir

 

Tous ces moments, plus magistraux, permettent à l’enfant d’acquérir une technique ou une connaissance nouvelle qui ne passe pas par le questionnement mais plutôt par la transmission.

Parmi ces moments-là, on peut considérer la lecture d‘une histoire par l’enseignant ou d’une vidéo éducative (« C’est pas sorcier », par exemple) ou tout simplement un moment de leçon (comme l’apprentissage d’une technique opératoire ou d’une règle de langue française qui ne pourrait venir uniquement du travail d’écri-lecture).

Un temps de découverte quotidien de 30 minutes est mené sous forme de leçon du maître, de vidéo, de lecture de texte, etc.

 

Pour s’entraîner

 

Tous ces moments permettent à l’enfant de s’approprier et se sentir plus à son aise dans un nouveau savoir.

Parmi ces moments-là, on peut comprendre tous les activités d’approfondissement : fiches d’activités disciplinaires, écriture et amélioration de textes, compréhension en lecture, etc.

Un temps d’entraînement, écrit ou oral, de 30 à 40 minutes est organisé.

 

Pour organiser et réguler

 

Tous ces moments permettent aux élèves de devenir co-acteurs de la classe grâce à un fonctionnement coopératif et d’apprentissage citoyen.

Au cœur de ces moments-là, il y a bien sûr le Conseil avec la gestion de la classe, le règlement des relations entre pairs, la distribution de responsabilités.

Un Conseil  hebdomadaire ou deux (l’un centré sur le fonctionnement de la classe, l’autre sur les relations) est organisé.

 

Mon regard sur les ateliers de réflexion collective

Les Ateliers de réflexion collective

 

 

            Depuis quelques années, je m’intéresse aux Ateliers de philosophie initiés par Monsieur Jacques Lévine et les ai expérimentés dans les différentes classes dont j’ai eu la responsabilité, du CP au CM2.

 

            Ils sont intégrés dans l'emploi du temps de ma classe, au même titre que les activités de lecture ou de mathématiques, et se présentent de façon hebdomadaire, sur vingt minutes, environ.

 

            Ils se divisent en trois types  : les ateliers plus directement philosophiques (« C'est quoi grandir ? » ; « C'est quoi le vrai et le faux ? » ; « Pourquoi vivons-nous ? », etc.), d'autres plus psychologiques (« Que peut-on ressentir quand quelqu'un de proche meurt ? » ; « Que se passe-t-il quand on sent la colère monter en nous ? », etc.) ou enfin, d'autres plus généraux (« Comment se fait-il que tant de monde regarde la télévision ? » ; « Pourquoi avons-nous besoin d'amis ? », etc.)

 

            Dans ces trois cas, l'objectif donné à ce moment de réflexion, ainsi que  le dispositif mis en place restent les mêmes.

 

OBJECTIF DE CE MOMENT

 

            Il s'agit là d'établir un moment d'exploration entre pairs qui permette à chacun d'avancer dans la découverte de soi, de l'autre, et du monde dans lequel on vit.

 

            L'objectif est donc triple :

 

offrir un espace de réflexion personnelle à chaque enfant (qu'il intervienne oralement ou non dans l'atelier), où il peut aborder des grands thèmes auxquels, en général, on ne lui donne pas accès, soit parce qu’il est considéré comme trop petit, soit parce qu’on trouve qu’il y a d'autres priorités, soit parce qu’on n'a pas le temps, soit parce que c’est considéré comme difficile à mener...

modifier le regard que chacun porte sur l'autre. Il n' y a pas là de « bon élève » étiqueté mais d'enfants qui cherchent ensemble un cheminement à l'intérieur d'une question, qui n'a pas de réponse juste.

ouvrir un espace transitionnel entre soi et le monde. Le « pourquoi on vit » devient accessible. Cette façon de nous mettre en relation avec le monde peut aider des enfants à se réconcilier avec leur environnement.

 

DEROULEMENT

 

            L'atelier démarre par une question inscrite au tableau, que les enfants découvrent, au moment où elle est inscrite. Par exemple : « C'est quoi réfléchir ? »

 

            Cette question a été choisie, soit par moi-même, l'enseignant, en fonction de ce qui m'apparaît subjectivement intéressant pour mon groupe-classe, soit par les élèves, à qui je demande des thèmes philosophiques qui pourraient les intéresser.

 

            Sachant que des règles de conduite pendant ce moment ont été indiquées au début de l'année, l'atelier démarre très rapidement à partir de la question, sans besoin d'autres paroles.

 

            Précision : Ces règles sont au nombre de trois :

Il n'y a pas de réponse exacte à la question posée. Chacun d'entre nous a sa réponse qui vaut celle des autres.

Il n'y a donc absolument aucun jugement ou moquerie à avoir concernant les mots des uns ou des autres.

En revanche, ils peuvent ne pas être d'accord entre eux, et bien sûr, le dire et l'expliciter, dans le respect mutuel.

L'enseignant n'apportera jamais une soi-disant « bonne » réponse et n'interviendra pas sur le fond de la question. En revanche, il pourra intervenir pour reformuler, recadrer, réguler ou alors relancer.

 

            Une fois la question posée, les paroles peuvent émerger. Je circule dans la classe avec un dictaphone et collecte les paroles des enfants souhaitant s'exprimer. La parole est donc volontaire, donc on peut ne pas le faire, mais tous doivent être à l'écoute.

            Je n'interviens donc pas pendant l'atelier, mais je suis très actif, pour, d'une part, essayer de donner la parole à un maximum d'enfants, d'autre part, vérifier qu'on respecte bien le cadre et le sujet.

 

            En général, une thématique comme « réfléchir » est abordée en trois-quatre séances hebdomadaires, avec, pour chaque séance, une nouvelle question, que j'imagine semaine après semaine, et qui prolonge l'exploration.

 

            A l'issue de ce cycle, je transfère sur papier l'ensemble des paroles émises, en ôtant les prénoms, et je remets ce compte-rendu aux enfants, et donc à leurs parents.

 

 

La Vérité

 

Compte-rendu d’un Atelier de philosophie en CE2/CM1 mené en trois parties en octobre-novembre 2007.

 

Première partie : C’est quoi la vérité ?

 

- La vérité, c'est quelque chose de vrai.

- Mentir, c'est dire quelque chose qui n'est pas vrai. La maîtresse, elle aime bien quand tu dis la vérité.

- Mieux vaut dire la vérité, car dire la vérité, ça aide les gens à être mieux. On ne garde pas les choses dans son coeur.

- Mieux vaut dire la vérité, car sinon, ça peut te ramener des histoires.

- La vérité, c'est le contraire d'un mensonge.

- Quand tu dis la vérité, après, tu peux assumer tes actes. Tu ranges ta bêtise.

- La vérité, c'est quelque chose de réel, quelque chose qui s'est passé. Si tu ne dis pas la vérité, quelqu'un pourrait aller en prison à ta place.

- Si tu dis que tu es fort en français et que ce n'est pas vrai, tu n'as pas dit la vérité.

- La vérité, c'est quelque chose qui sauve. Quand tu dis quelque chose à ta maman, elle sait quand tu mens, car c'est elle qui t'a mis au monde. Quand tu dis la vérité, elle le sait.

- On peut mentir devant sa maman.

- Ta mère elle finit bien par savoir si tu dis la vérité ou non, car elle connaît bien son enfant

- Parfois, il y a des complices pour te faire dire des mensonges.

- Parfois, tu peux être fort en conjugaison et pas fort en textes à trous.

- Peut-être que la maman ne pourra pas savoir si tu as dit un mensonge.

- C'est mieux de dire la vérité, car ils vont finir par le savoir que tu as menti.

- Un grand secret, tu ne peux pas le garder dans ta tête.

- On ne peut pas tout connaître en français.

- Quand tu mens, tu vas le garder dans ton coeur, et ça va te faire mal.

 

Seconde partie : Est-ce que parfois on a le droit de mentir ?

 

- Parfois, on peut oui, si on a peur.

- Non, on ne peut pas, car ce n’est pas bien de mentir. On ne peut plus rien faire dans sa vie, car les autres ne nous causeront plus car t’as menti.

- On n’a pas le droit de mentir car il faut assumer nos actes.

- Si on nous dit qu’on va nous étrangler, alors, on a le droit de mentir.

- Normalement, on n’a pas le droit, mais y’en a qui mentent quand même, car des fois, ils ont peur, ou des fois, ils ont envie.

- Des fois, on a le droit de mentir quand c’est très grave, quand on est racketés par exemple, si on va nous frapper, si on est en danger.

- Des fois, on peut mentir pour ne pas blesser une personne qu’on aime. Par exemple, si on lui a cassé un verre qu’elle aime beaucoup, on ne lui dit pas qu’on l’a cassé et on lui achète le même.

- Des fois, c’est bien de mentir et des fois, non.

- T’as le droit de mentir mais ce n’est pas très bien. Y’a pas la loi qui t’interdit de mentir. Mais tu risques de ne plus avoir d’amis.

- Si t’accuses quelqu’un de quelque chose de faux, tu auras du malheur, Dieu va te punir.

- On peut mentir pour rigoler.

- Ce n’est pas la Loi qui va nous interdire de mentir. Si on est menacé, on est obligé de mentir. Mais c’est quand même bien de ne pas mentir.

- Si tu mens et qu’il y a des caméras, on saura que t’as menti.

- Même si quelqu’un veut te frapper, il faut quand même dire la vérité. C’est mieux. Si tu mens une fois, tu risques de mourir tout le temps.

- Si tu mens pour une personne, tu risques de la rendre triste.

- Si une maman enceinte ment, alors son enfant qui va naître va mentir lui aussi.

 

 

INTERET D'UNE TELLE ACTIVITE

 

            L'activité « Ateliers de réflexion » est porteuse d'une richesse exceptionnelle.

 

Elle est porteuse de vrais apprentissages. Les enfants ayant vécu ces moments disent tous apprendre beaucoup grâce à l'atelier de philosophie (et pourtant, jamais, je ne fais cours de philosophie). Il semble que l'interaction de leurs mots produise une avancée dans leur réflexion. Dans la mesure où il s'agit de paroles entre pairs, l'impact de leurs mots devient plus fort, plus prégnant.

Elle est porteuse d'un autre regard entre eux. En effet, une réflexion collective s'installe, faite de l'implication de chacun. On est dans une atmosphère de coopération et non de compétition. Par ailleurs, certains enfants acquièrent, grâce à la philosophie, un autre statut dans la classe. Ils peuvent perdre leur profil de « mauvais » élèves.

J'ai remarqué aussi que parfois, ce moment de réflexion sur la vie et le monde pouvait permettre à certains, en difficulté scolaire, de se soulager d'un poids intérieur et grâce à cela, entrer enfin dans les apprentissages.

 

Je peux dire, avec l’expérience, que ce moment est véritablement constitutif d’une alliance entre l’enseignant, représentant aussi du monde des adultes, et l’élève, porteur de multiples attentes, formulées ou non.

 

 

Regards sur les ateliers par certains enfants

 

 

Première question : C’est quoi la philosophie ?

 

- Daniel, il nous pose une question. On ne sait pas quelle est la réponse, mais quand même, on a chacun et chacune une réponse.

- C’est bien pour tout le monde mais il n’y a pas de réponse.

- C’est pour nous apprendre des choses qu’on ne sait pas.

- Tout ce que les gens, ils disent, ça peut rester dans la mémoire.

- On apprend tout ce qui se passe autour de nous. C’est amusant, apprendre. On écoute les autres et on donne notre opinion.

- T’apprends plein de choses sur le monde. On apprend des choses rigolotes.

 

 

Seconde question : Pourquoi ce n’est pas le maître qui enseigne la philosophie ?

 

- Ca nous permet de réfléchir nous-mêmes.

- Tu veux nous faire réfléchir dans notre tête.

- On peut dire beaucoup de choses dessus comme il n’y a pas de réponses.

- C’est pour voir comment on comprend les choses.

- C’est pour nous laisser nos opinions.

 

 

Troisième question : Ca sert à quoi les ateliers de philosophie ?

 

- Si t’es pas d’accord avec quelqu’un, ça sert à ne pas s’énerver contre quelqu’un et à s’entendre entre nous.

- On apprend à s’écouter et à se contredire.

- Ca sert à connaître l’opinion des autres.

- Ca sert à réfléchir sur tout.

 

 

ET PLUS LARGEMENT

 

            Il me semble utile de préciser certains impératifs pour que cette activité prenne tout son sens.

 

Elle ne peut être une parenthèse dans la vie de la classe. En effet, ce moment de questionnement, de réflexion collective et de coopération doit être en cohérence avec le reste des moments de classe. Il s'agit donc de réfléchir à un ensemble global, fait des valeurs indiquées ci-dessus.

 

L'esprit de ce moment de philosophie, où on essaie de creuser à l'intérieur d'un mot, d'un concept, d'une valeur peut être transféré sur les disciplines plus classiquement scolaires. Ainsi, chercher ensemble le « C'est quoi » ou le « Comment c’est fait » d'un verbe, d'une phrase, d'un nombre, d'une opération, d'une matière, comme si on remontait à son origine, me semble très intéressant et fort utile avant d'entrer dans la technique, proprement dite.

 

 

SUR CERTAINES OBJECTIONS, BLOCAGES ou QUESTIONS D’ENSEIGNANTS

 

« Ca m’intéresse, mais comment je gère ? »

 

Il y a véritablement changement de posture d’enseignant à avoir. Une fois les règles de la parole établies, l’essentiel de la « réussite » de ce moment de réflexion repose sur les enfants. Ce qui va advenir de leur parole ne repose que sur eux, à condition qu’ils sentent leur parole accueillie et respectée. C’est là qu’est notre rôle.

 

« Et si des enfants émettent des contre-vérités ? »

 

A chaque fois que moi, enseignant et surtout là, adulte, j’entends quelque chose de faux, je me tais et j’attends (généralement pas très longtemps) qu’une parole d’un pair vienne aller contre ces inexactitudes ou contre-vérités. Cette parole du pair aura infiniment plus de poids que la nôtre car elle portera un autre statut, celui d’un co-réfléchissant.

 

«  Comment fais-je si rien ne vient ? »

 

Une telle situation ne m’est jamais arrivée. Dans ce cas, je passerais alors à l’activité suivante et réfléchirai pour la prochaine fois à une formulation différente ou à une autre thématique.

 

« Comment puis-je justifier cette activité au regard du programme et des horaires disciplinaires ? »

 

Comme je l’ai déjà dit, il s’agit d’une activité qui va plus loin, ou au moins ailleurs, qu’un apprentissage purement disciplinaire. Si on accepte l’idée, fondamentale à mon sens, qu’apprendre est une question de temps, de sens et de transversal, en permettant de donner un temps à ce regard sur notre condition humaine, on permet à nos élèves de trouver leur place dans notre monde et dans l’humanité et d’une certaine façon (ce n’est pas la seule), on leur donne une autorisation implicite à entrer dans les savoirs plus opératoires, qui leur sont bien sûr nécessaires.

Mais non, disent-ils

Je remets un texte que j'avais écrit il y a un an et qui me parait toujours d'actualité, malheureusement.


Mais non, disent-ils

 

Il y a tous ceux qui aimeraient pouvoir aider les enfants, les élèves à apprendre dans la complexité, la réflexion, en donnant du temps au temps, et il y a les MAIS NON.

État des forces en présence :

 

PENSONS LA LANGUE : Nous pourrions jouer avec la langue, explorer ses richesses et ses contraintes, sa complexité, et tout ce qu'elle peut apporter comme plaisir de lecture, d'écriture et de découverte, pour, in fine, la faire sienne.
            MAIS NON, assènent-ils, la langue française, elle existe depuis des siècles et il faut d'abord l'apprendre telle qu'elle est, en connaître parfaitement les codes. On s'amusera plus tard, quand on saura vraiment bien la maîtriser, d'une façon utile et efficace.

PENSONS LES MATHÉMATIQUES : Nous pourrions découvrir avec étonnement que les mathématiques ont partie liée avec la vie, avec la philosophie, avec la création, avec la fiction, avec le jeu, et que, finalement, cette discipline peut être infiniment riche de sens et de plaisir.

MAIS NON, assènent-ils, la technique, d'abord la technique, les calculs à faire et à refaire, jusqu'à l'hyper-maîtrise, le zéro défaut.

PENSONS L'APPRENTISSAGE : Nous pourrions imaginer qu'apprendre est un acte joyeux, car inattendu dans son parcours, fait de rencontres avec des savoirs qui peuvent nous dérouter et qui sont autant de défis passionnants, pour nous faire avancer.

MAIS NON, assènent-ils, ce qui compte c'est l'efficacité, la maîtrise des savoirs que l'on peut évaluer, mesurer objectivement, et qui serviront à coup sûr dans la vie active.

PENSONS LA RELATION : Nous pourrions faire en sorte que les relations entre enfants et adultes, mais aussi les relations entre les enfants eux-mêmes, soient aidantes, chacun apportant à l'autre ce qui lui manque. Pour que 1 + 1 soit supérieur à 2.

MAIS NON, assènent-ils, ça prend trop de temps d'essayer de se comprendre et de coopérer. Mieux vaut se reposer sur celui qui sait et qui saura transmettre, comme on l'a toujours fait. Ça a toujours marché comme ça. 1 + 1 ça fait 2, point à la ligne.

 

PENSONS L'HISTOIRE : Nous pourrions aider nos élèves à comprendre notre histoire, qu'ils puissent se fonder sur ce qu'elle leur enseigne, et commencer à réfléchir à ce qui sera de leur responsabilité quand ils seront adultes.

MAIS NON, assènent-ils, enseignons-leur d'abord les jalons de notre histoire, par les principales dates et l'évocation de ces grands hommes dont on peut être si fier. Plutôt que de les faire réfléchir, il est tellement plus simple de proposer aux enfants des histoires qui peuvent les toucher directement et les émouvoir.

PENSONS LE MONDE : Nous pourrions réfléchir au fonctionnement des les sociétés humaines, des États, leurs avancées et leurs dysfonctionnements, ce que nous pourrions développer pour vivre mieux.

MAIS NON, assènent-ils, c'est trop compliqué. Il y a des gens spécialisés pour y réfléchir. Et regardez comme la société de consommation met si facilement à notre disposition tout ce que nous désirons avoir, grâce à la télévision, à l'internet, et aux entreprises à notre service - c'est ça que nous devons développer en priorité...

PENSONS LA VIE : Nous pourrions aider nos jeunes élèves à réfléchir, à partir de là où ils en sont, pour qu’ils puissent grandir en trouvant leur place dans cette grande chaîne qu'est l'humanité.

MAIS NON, assènent-ils, en quoi cette quête philosophique pourrait-elle être utile à l'enfant pour s'insérer dans le marché du travail plus tard ? Pour qui nous prenons-nous ? Pourquoi chercher à se compliquer la vie ? De toute façon, on ne peut philosopher qu'à partir d'un certain âge.

Mais au fait, et si éviter de faire penser permettait de faire mieux dépenser ?...

Des activités complètes pour "Verbes, Sujets et compagnie"


"Verbes, Sujets et compagnie" est sans doute un livre singulier, car j'ai voulu y explorer la grammaire de façon différente.

Nous suivons l'histoire des aventures du  verbe Aimer, héros malgré lui, qui va nous faire découvrir le monde agité dans lequel il vit, un monde composé de Verbes, en particulier les méchants Envier et Jalouser, de Sujets, qu'il est allé chercher pour vivre ensemble, mais aussi son copain l'Adjectif, le psychologue des verbes, Analyser, et bien d'autres personnages étonnants.

Ce livre, très utilisé dans les classes à partir du CE2, méritait d'avoir son petit complément pédagogique, "fait maison", de jeux et activités. Le voilà

http://www.calameo.com/read/00002102540eefd03eed8

A noter qu'une suite à "Verbes, Sujets et compagnie" a vu le jour : "Phrases, langue et fantaisies"

Pour acquérir Verbes, Sujets et Compagnie

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C'est quoi le bonheur ?

Compte-rendu d’un « Atelier de philosophie » mené en CM.

 

Le bonheur, c’est quand on est heureux, qu’on vit bien sa vie.

Le bonheur, c’est un sentiment. C’est impossible de vivre sans.

Le bonheur, c’est comme si on nous donnait un cadeau.

Quand tu gagnes beaucoup d’argent, c’est le bonheur.

Le bonheur, c’est quand par exemple, un chien est perdu, elle retrouve son chien, elle pleure de bonheur.

Le bonheur, c’est si on réalise quelque chose qu’on a envie de faire quand on sera grand.

C’est quand on est content de quelque chose ou de quelqu’un.

On ne peut pas vivre sans le bonheur.

C’est aussi quand tu réalises tes rêves.

C’est comme la joie.

La joie, tu peux l’avoir plusieurs fois dans une journée, et pas le bonheur.

Le bonheur, c’est quelque chose qui t’arrive une seule fois dans ta vie. 

Si tu trouves un billet de 5 euros par terre, c’est plutôt de la joie.

Le bonheur, c’est de faire tout ce qu’on veut.

Le bonheur, c’est quelque chose qu’on ne peut pas sentir mais qui existe.

Il y a aussi la chance, par exemple si tu trouves le billet.

Quand tu rêves de quelque chose, c’est lorsqu’il se réalise.

Le bonheur, c’est quand une bonne surprise arrive.

Le bonheur, c’est quand quelqu’un n’a pas de maison et après, il en a une.

Le bonheur pour moi, c’est de vivre.

Le bonheur, ça rend heureux toutes les personnes autour de toi.

Le bonheur, c’est si je deviens chanteuse quand je serai grande.

Le bonheur, c’est de trouver de l’argent quand on est pauvre.

Le bonheur, on ne peut pas l’expliquer, c’est quelque chose qu’on vit.

Dans le mot « bonheur », on entend « bon » et « heur ». Je suis arrivé à la bonne heure.

Ca pourrait être aussi « bonne humeur ».