Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Narration mathématique

Un des fondements de la pédagogie Freinet est sûrement la Méthode naturelle et une des pratiques les plus caractéristiques de cette Méthode naturelle est l’écriture de textes libres. En considérant que chaque enfant a en lui une capacité d’expression naturelle, il s’agit de faire jaillir cette expression dans sa forme la plus spontanée et la moins imposée possible pour la faire source d'apprentissages.

 

Beaucoup d’enseignants pratiquant la pédagogie Freinet n’ont aucune difficulté à mettre en place des temps d’écriture de textes libres, de lecture de ces écrits, de mise en forme en vue d’une parution dans un journal de classe ou pour une correspondance entre classes, voire même d’un investissement de ces textes libres pour un travail grammatical.

 

En revanche, imaginer qu’on puisse en faire autant en mathématiques ne va pas de soi pour nombre d’entre nous. Certains s’essaient avec succès en mettant en place création et recherche mathématique (j’y fais référence de façon ludique, avec les peuples des Graphitik et des Problématik, dans mon livre « Mat et Ma Tic et compagnie »), toujours dans l’optique de la Méthode naturelle. D'ailleurs, pour en savoir plus, je vous conseille de consulter un site, hommage à Paul Le Bohec, instituteur hors normes, décédé il y a peu, qui a beaucoup fait avancer l’expression libre en toutes disciplines : http://www.amisdefreinet.org/lebohec/

 

Aujourd’hui, j’aimerais vous présenter une petite chose, assez facile à expérimenter, que j’appellerai ici « Narration mathématique ».

 

Il s’agit de faire vivre aux élèves un passage ludique de l’abstraction mathématique au conte mathématique, en considérant les concepts, que nous approchons et manions, comme des personnages.

Je fais ainsi le pari, déjà expérimenté dans ma classe, que c'est une façon possible de rendre cet univers, souvent difficile d'accès au moins à certains, un peu plus familier.

 

Quelques exemples simples de récits mathématiques à faire inventer oralement ou par écrit :

- Quelle histoire pourrait-on inventer pour raconter 7 + 3 ?

- Quelle histoire pourrait-on inventer pour raconter 5 X 2 ?

- Et si l’addition, incarnée par  le + et la soustraction, par le -, se rencontraient… ?

- Qu’est-ce que le carré aimerait avoir dans ses bras ? Et le triangle ?

- Comment le 100 est-il venu au monde des nombres ? Et le 10 ? Et le 1000 ? Et le 0 ?

- Comment cohabitent le cercle et l’ovale ?

- Qu’est-ce que l’axe de symétrie aimerait partager en deux ?

- Comment les points A et B du segment AB pourraient-ils se retrouver ?


Je vous laisse inventer d'autres situations de départ simples et je suis sûr que les élèves se feront un plaisir d’imaginer l’aventure et de laisser partir leur fantaisie.


Un autre regard sur les mathématiques est possible !

 


 

Président du "Quoi de neuf ?"

Avoir la responsabilité "Président du Quoi de neuf" en classe, c'est du sérieux !!

L'Actualité

Parmi les moments d'expression réflexive institutionnalisés (un temps quotidien de "Je fais partager", un temps hebdomadaire philosophique, un temps de "Comment c'est fait ?") que j'essaie de proposer en classe, il y a aussi le temps hebdomadaire d'Actualité (surtout quand j'ai une classe de cycle 3) .

Jusqu'à présent, je fais travailler l'actualité à partir d'un support écrit, les Clés de l'actualité junior, auquel la classe est abonnée (sauf cette année, car pour les CE1, c'est trop difficile). Il s'agit d'un journal hebdomadaire.

Les Clés de l'actualité junior

Je sélectionne deux articles, les plus accessibles pour mes élèves, et je demande à chacun de préparer le lundi soir la lecture (avec l'aide d'un adulte s'il le souhaite, ce qui peut permettre un échange à la maison sur ce qui se passe dans le monde) d'un des deux articles qu'il a choisi, avec les questions suivantes :
- Qu'as-tu compris de l'article que tu as lu ?
- Quel est ton avis sur ce qui est écrit ?

Le lendemain, le mardi, nous discutons collectivement de chacune de ces actualités.

Voilà ce que ça a donné dans ma classe de CE1/CE2 en 2006 (C'est tiré de l'émission de Zoé Varier, "Nous Autres"). En les réécoutant aujourd'hui, je trouve les paroles des enfants étonnantes de maturité.

PS : Je vous conseille vraiment d'écouter l'émission de Zoé Varier (cf "Liens amis"), c'est passionnant et les sujets traités sont si rares dans les médias. Rien que les deux dernières sur le stress en entreprise...

L'emploi du temps

J'ai reçu hier un commentaire très intéressant qui pose des questions fortes. Le voici :

"Est ce que vous tenez compte du nombre d' heures théoriques par matière énoncées dans les programmes (IO) pour faire votre organisation de classe? (sachant que je commence à pressentir que les répartitions d'horaires énoncées dans les IO sont des demades très théorique  et qu'il est, je pense, meme en optant pour une pédagogie plus traditionnelle, difficile de les respecter). et 2eme question ; en supposant que vous essayiez de tendre vers ces nombres d'heures théoriques par matière, comment faites vous pour les décompter quand il y a des moments de travail personnel "choisi" où tous les élèves ne font pas la meme chose et quand vous faites de débats ou autres moments d'échange qui relevent peut etre plus du langage oral et de l'apprentisage de la solidarité que de matières très cloisonnnées?? Merci pour votre réponse et à très bientôt. Ysaure"

On se retrouve tous au début de l'année confrontés à la demande de l'Inspection de fournir notre emploi du temps avec répartition disciplinaire précise des heures d'enseignement.

Or, comment entrer dans ce cadre quand on suit une pratique inspirée de la pédagogie Freinet, où des valeurs comme l'expression, la coopération, le tâtonnement, les projets transdisciplinaires nous servent de conduite dans les apprentissages, et quand on a toujours en tête cette phrase de Jacques Lévine : "Il ne devrait y avoir qu'une seule matière à l'école : les secrets de la vie" ? Ca se classe où, les secrets de la vie ?

Une précision, d'abord : Je trouve qu'il est important d'avoir un emploi du temps institutionnalisé en classe, à la fois pour moi - ça m'aide à savoir où j'en suis - mais aussi pour les élèves - pour les aider à conscientiser ce qu'on fait en classe et à l'école.

Comme je ne voulais pas rendre un emploi du temps "bidon", uniquement pour obéir à l'institution, voilà comment j'ai procédé :

1) Je n'ai pas eu de difficultés à mettre en valeur les moments de découvertes des notions essentielles en lecture, maths ou en français, car j'ai des séquences collectives qui les abordent.

2) Pour ce qui est des moments de "Je fais partager" ou de "Travail personnel", je les ai "classés" en langue française (lecture et écriture) car on travaille plutôt dans ces domaines-là.

3) Quant aux moments de Philosophie, de Théâtre, ou de Conseil/Bilan, non classables, je peux justifier de leur importance sans difficulté.

En revanche, je ne me suis pas amusé à compter le nombre d'heures par disciplines, car là, c'est trop loin de ma façon de faire et de penser, comme si je pouvais séparer les apprentissages notionnels, les apprentissages qui relient, les apprentissages qui rassurent, et tout ce qui se passe dans la tête d'un enfant qui apprend.

Voilà mon emploi du temps, tel que je le conduis cette année, sachant que ça bouge avec ce qui vit en classe. Et heureusement !

Mon emploi du temps

Des choses qu'il vaut mieux ne pas savoir

Sujet philosophie d'aujourd'hui :

Après "Doit-on tout savoir ?" (mon billet du 29 janvier)

"Il y a-t-il des choses qu'il vaut mieux ne pas savoir ?"

Par exemple, ne pas savoir que si tant d'enfants rejettent l'école et les apprentissages proposés, c'est d'abord parce que les enseignants ne font pas leur travail, ont renoncé à leur mission d'instruction publique et ont fait le choix d'une pédagogie laxiste et démissionnaire, alors qu'autrefois le maître, à l'instar du curé, son modèle, représentait l'honneur et la fierté de la France blablablablablabla...

Il y aurait tant de choses à dire sur ces discours ambiants et sur ce qu'on essaie de nous dissimuler et nous "faire avaler" (pour le savoir, rendez-vous sur http://www.darcos-demission.org/ ), que je préfère m'arrêter là, et laisser la parole à mes élèves de CE1/CE2 en 2006, dont la libre expression, dans cet extrait d'atelier philosophique, est, elle, bien rafraîchissante, mais aussi empreinte d'un grand sérieux (Je trouve en revanche, à la réécoute, que je suis beaucoup trop intervenu sur cet atelier. Non ?)

Les Projets personnels

Je vous ai présenté le "Je fais partager". Ce moment précieux et apprécié par les enfants est indissociablement lié à un autre temps de classe, le "Je fais un projet". En effet, un grand nombre de réalisations produites lors de ce temps" sont présentées lors du "Je fais partager", ce qui donne un vrai lien porteur de sens entre ces moments.

Pour mettre en place ce
"Je fais un projetl" sous sa forme actuelle, je suis passé par de nombreux essais-tâtonnements, et bien sûr par des questionnements.

Devais-je considérer ce moment comme un temps d'apprentissage du programme avec un plan de travail pour chaque élève ? Cela impliquait alors un véritable suivi de ce que chacun ferait, nombre d'exercices, nombre de textes, nombre de fiches de travail. Mais, me disais-je, le projet du maître n'écraserait-il pas alors les projets et envies des enfants ?

Devais-je faire de ce temps de travail personnel un moment totalement libre où chaque enfant choisirait l'activité qu'il affectionne ? Dans ce cas, que penser de ceux qui feraient toujours les mêmes tâches de pliage, de dessins, ou d'exposés sur leur joueur de football préféré ? Mon rôle, me disais-je aussi, n'était-il pas plutôt de leur faire découvrir des zones de savoir qui'ils méconnaissent encore ?

Et puis, peu à peu, j'ai établi une organisation de classe où obligations officielles liées au programme et convictions pédagogiques se sont associées (cf mon billet du 26 janvier). Et une manière de mettre en place le
"Travail personnel" s'est imposée à moi.

J'ai choisi d'aborder en collectif les notions essentielles à acquérir, en essayant autant que possible de donner du sens, du rire, de la légèreté aux concepts "mathématiques, littéraires et compagnie". Cela me permettait alors de donner libre cours à un temps régulier, et pour moi fécond, voué aux projets personnels des enfants, un temps libéré des contraintes du programme, un temps où les apprentissages étaient toujours d'actualité. Autrement...

En voilà les modalités aujourd'hui dans ma classe de CE1 :

Chaque jour, plutôt l'après-midi, est lancé le
"Je fais un projet" qui dure environ 45 minutes.

Au tableau, des étiquettes sont posées, où sont inscrits :

 

 

J'écris un texte libre / Je prépare une lecture / Je fais une création artistique / Je lis / Je crée une chanson / Je suis aidé par un camarade / Pagettes / Je finis un travail / Je fais une recherche mathématique / Je prépare un exposé / Je fais des fiches de lecture ou de mathématiques / Je travaille avec un élève de CP d'à côté
Ces activités sont bien entendu indicatives et dépendent des propositions des élèves et du maître.

(Précision : Il y a des activités ci-dessus qui me paraissent incontournables, comme l'écriture de textes libres ou la lecture silencieuse. Aussi, je les propose en plus à d'autres moments de l'emploi du temps et là, il n'y a pas le choix.)
 

Je demande à chaque élève de choisir une activité et je place son étiquette-prénom sous celle-ci. Deux enfants, dont ce sera la responsabilité pour deux semaines, recopient ce qui a été décidé, l'idée étant que, sur une semaine, chaque enfant ne reprenne pas deux fois la même activité, sauf exception particulière.

Une fois que tous se sont inscrits, le
"Je fais un projet" est lancé, l'espace classe est investi, le bruit est réduit explicitement au chuchotement, sauf pour les "théâtreux" qui s'installent dans l'espace visible à l'écart de la classe. Et puis, je peux observer, admirer l'implication de chacun, sentir le plaisir vécu, éprouver une atmosphère tranquille, et bien sûr aider les quelques-uns un peu moins autonomes ou tout simplement désireux de mon soutien ou de mon contact. Il faut bien que je justifie ma présence !

Un vrai bonheur...

Fiche de Travail personnel

 

 

 

 

Le "Je fais partager"

Tous les jours de classe, après le moment de l'Accueil (voir mon billet du 3 février) et quelques formalités comme l'appel et la présentation de la journée, vient un moment essentiel pour moi et pour les élèves, le "Je fais partager".

Pendant quinze minutes, des enfants volontaires viennent "au tableau" faire partager un événement, une réalisation, un travail, un livre, une lecture préparée, un texte libre, etc.

Revivons un de ces moments ensemble :

8h45 : Le responsable du "Je fais partager" (pour deux semaines) s'installe au tableau et prononce la phrase rituelle : Qui veut s'inscrire au "Je fais partager" ? J'inscris les prénoms des volontaires (ma classe étant un CE1, c'est moi qui le fais)

La première inscrite est L. Elle vient nous présenter une lecture d'album, lecture préparée à un autre moment essentiel de la journée de classe, le Travail personnel.
L nous lit quelques pages à voix haute et nous présente les illustrations. Puis après quelques pages lues, le responsable prononce sa seconde phrase rituelle : Qui a des questions ou des réactions ? Je limite à deux-trois questions-réactions pour une question de temps. Exemple de QR : "J'aime bien ta lecture mais on n'entend pas toujours." ou alors "Tu montres trop vite les illustrations." ou "Pourquoi tu aimes bien cet album ?" A l'issue de cette présentation, la classe vote pour décider si la lecture de L. est prêt à être présentée à une autre classe de l'école : ROUGE, c'est non, ORANGE, ce n'est pas tout à fait, VERT, c'est oui.

Deuxième inscrit, appelé par le responsable, G. qui vient nous présenter un texte libre écrit dans son Cahier d'écrivain. Il lit son histoire (je l'aide éventuellement), nous montre son illustration. Questions-réactions sur le texte : "Est-il clair ?" ; "Est-il cohérent ?" ; "Est-il fini ?". On vote ensuite pour savoir s'il est prêt à être mis dans le journal des écrits de la classe, "Les Petits soleils"(cf billet du 3 février). Je réserve mon accord si le texte n'a pas été corrigé sur le plan orthographique, ce qu'on veillera à faire, l'enfant et moi, ultérieurement.

Est appelé V. Il veut nous montrer une création en pliage préparée lors du Travail personnel de la veille. Il nous explique comment il l'a réalisé. Les regards impressionnés des enfants sont tous fixés sur la création et à la fin, V. propose de l'enseigner à un ou deux élèves lors du Travail personnel de l'après-midi. Les volontaires sont nombreux. Il faudra l'organiser.

Nous achevons le "Je fais partager" du jour car il est bientôt 9 heures. Les enfants qui n'ont pu passer seront prioritaires le lendemain. La dernière à passer aujourd'hui est S. Elle va nous raconter ce qu'elle a fait le week-end passé : elle est partie dans le Pas-de-calais chez ses grands-parents. On essaie de localiser leur lieu d'habitation sur une carte de France.

9h : Dernière phrase rituelle du responsable : Le "Je fais partager" est fermé.

J'envisage de prolonger ce moment par une question du style : Il y a-t-il des projets, exposés, créations, que vous aimeriez mener, suite à notre "Je fais partager" ?. Et je noterais les idées. A faire à la rentrée mars ?

C'est fini, mais il y a déjà des prolongements prévus lors du Travail personnel et surtout des idées et des envies plein les têtes.

Prochainement, je vous présenterai le temps de Travail personnel, qui est en lien profond avec ce "Je fais partager".

Comment c'est fait un mot ?

Jacques Lévine a souvent insisté sur la nécessité d'aller à l'originie des choses, vers leur "comment c'est fait", pour que toutes ces notions que l'on aborde en classe soient explorées à leur source et non comme une "chose" qui est là, de manière magique et surtout sans qu'on s'interroge sur son existence.

Aussi, depuis quelque temps, j'ai lancé, avec mes CE1, un moment de "Comment c'est fait ?"

Un peu comme pour les ateliers de philosophie, je lance la question et c'est aux enfants de s'en saisir, même avec leurs erreurs, et c'est très intéressant.

Après "comment c'est fait un conte ?" et "comment c'est fait la Terre ?", voilà "comment c'est fait un mot ?", bientôt suivi de "comment c'est fait un nombre ?"

Vous voulez essayer dans vos classes ?

Moment de recherche fait avec une classe de CE1
"Comment c'est fait un mot ?"


- Pour moi, les mots, c’est fait avec des lettres et avec des phrases.
- Je crois que c’est quelqu’un qui a écrit plein de textes et après, ça a fait des mots.
- D’abord on écrit une lettre puis on écrit toutes les autres et ça fait un mot.
- Un mot, c’est fait avec des lettres, je pense que c’est quelqu’un qui a écrit des lettres l’une à côté de l’autre, et après, ça a formé un mot.
- Tu mets les lettres l’une à côté de l’autre, et après, tu regardes ce que ça fait comme mot.
- Les mots, c’est fait de majuscules, de lettres attachées, et aussi de lettres en bâton et aussi, les mots, on peut les répéter.
- Les mots, c’est fait avec des lettres et c’est très utile pour faire des trucs. Des histoires, pour écrire, parce quand on écrit des mots, on ne se rend pas compte qu’on écrit des histoires et quand tu sais bien te servir des mots, tu peux écrire des mails par exemple.
- Avant, pour dire un pull, on disait un chandail, et puis, on a inventé le mot pull. Tout le monde a le droit d’inventer des mots.
- Un mot, c’est fait avec plein de sortes de lettres et quand tu y arrives bien, tu peux faire plein de mots.
- Un mot, ce n’est pas fait « comme ça ». C’est le cerveau qui fait les mots et qui nous dit de le dire.
- Les mots, c’est fait pour écrire des histoires.
- Les mots c’est fait avec une feuille et de l’encre. - Si y’aurait personne qui avait fait des mots, on ne pourrait pas écrire. - Un mot c’est fait avec des consonnes et des voyelles.
- Si ça n’existait pas, on comprendrait rien.
- On peut faire des grands mots ou des petits mots. On peut faire des poésies qui riment ou plein d’autres choses.
- Un mot, c’est fait avec des lettres, les lettres forment des syllabes, les syllabes forment des mots, et après ça nous fait des phrases avec des majuscules au début et des points à la fin.
- Les mots, c’est fait par des personnes qui écrivent, et un jour, ils disent qu’ils ont inventé un mot. Par exemple « éléphant ».

L'évaluation des élèves

L'évaluation est un sujet fort délicat, complexe et vraiment essentiel.

Délicat, car suivant le mode d'évaluation, on peut encourager ou décourager, aider ou bloquer, faire alliance ou opposition.

Complexe car les apprentissages sont tellement pluriels qu'on peut difficilement porter un regard juste sur le travail d'un élève, un regard qui tiendrait compte de son plaisir d'apprendre, du sens donné à ce qu'il apprend, de ses progressions, de son comportement.

Essentiel, car même dans une classe où le simple plaisir d'apprendre est bien là, il n'en restera pas moins que l'évaluation brute sera au centre des précoccupations, notamment des parents, et donc de leur enfant.

A ce titre, les évaluations nationales CM2, toutes récentes, sont aux antipodes de l'intérêt de l'enfant. Il suffit pour s'en persuader de prêter intérêt à leur contenu, centré uniquement sur le savoir écrit, à leurs modalités de correction qui font qu'un élève faisant très peu d'erreurs sera considéré comme un élève ayant échoué. Et je ne parle pas du fait qu'on n'évalue pas, comme je le disais plus haut, le plaisir d'apprendre, le sens donné aux apprentissages, à ses acquisitions orales, à l'implication dans les activités, et enfin aux autres domaines de connaissances que le français et les maths.

Pour moi, une évaluation a pour unique objectif d'aider un élève à savoir où il en est dans sa progression et encore plus, à lui donner envie de continuer à apprendre et à explorer.

C'est cela que j'ai mis en avant dans mon livret scolaire actuel. Le voici :

Mon livret scolaire

Mon choix d'évaluer sur deux axes, la progression illustrée par des couleurs bien visibles (vert pour "Ca avance bien", orange pour "Ca avance un peu" et rouge pour "Il faut que ça avance") et le niveau, représenté par les lettres A, B, C et D , peut être explicité par cet exemple concret :

J'ai eu l'an dernier une élève N., extrêmement volontaire, s'impliquant dans toutes les activités, désireuse de réussir, mais qui avait quelques difficultés dans la qualité de son travail écrit, or on sait que cette difficulté-là pénalise énormément dans notre système scolaire. Aussi, le fait qu'elle pouvait découvrir un livret scolaire couvert de vert pour montrer sa réelle progression ne pouvait que lui donner envie de persévérer, malgré des résultats moyens. Avec une évaluation traditionnelle, centrée sur le simple niveau des acquisitions, elle n'aurait pu que constater le peu de récompenses de ses efforts, même avec des remarques témoignant du sérieux de son travail.

Et des élèves comme N., il y en beaucoup.

Je continue à chercher, à en discuter avec des collègues, à résister aussi face à une pression modélisante.

Ce n'est pas facile. C'est passionnant.

L'Accueil

Je voudrais vous parler d'un moment de classe, car il s'agit bien d'un moment de classe, qu'est l'Accueil.

Depuis quelques petites années, les enfants de ma classe arrivant à l'école ne vont pas dans la cour, mais montent directement en classe, donc de manière échelonnée.

Et ce dispositif change beaucoup de choses dans l'atmosphère du groupe. Il permet qu'un moment tranquille, espèce de sas entre la maison et l'école, puisse exister, mais aussi qu'une autre relation s'établisse entre les enfants et moi.

Voilà à titre d'exemple le descriptif de l'Accueil de ce lundi 2 février :

8h20 : V. arrive en premier toute souriante, comme d'habitude. L. la suit de près. Elles posent leurs affaires près de leurs tables.
V. à moi : "Quand j'étais dehors, ça me piquait sur la figure."
L. : "Bonjour papa.. euh pardon... bonjour maître !"
Elles regardent toutes deux le dernier numéro de notre journal des écrits de la classe, "Les Petits soleils", dont ils ont une photocopie chacun, et rigolent en lisant le texte de A., "La poésie des bébés"



8h25 : M. arrive, rejoint les deux autres.
8h27 : G. et O. arrivent.
G. va directement vers l'ordinateur pour découvrir son texte qui est dans ce numéro des "Petits soleils".
Puis Z. me dit "Bonjour Monsieur." avec son humour un peu particulier.
8h28 : Ils arrivent en nombre.
Q. me dit qu'il a écrit une poésie avec J.
U. inscrit la date au tableau.
Z. range les "Petits soleils" dans son porte-vues.
G. lit la poésie de N. et dit "Ils sont durs, ces prénoms qu'elle a écrits".
N. me montre des tables de multiplication qu'elle a collées sur une feuille de classeur de sa propre initiative.
P. m'apporte un DVD d'Ali Baba. Peut-être qu'on le verra ensemble.
T. lance un tonitruant "Bonjour !"
Y. me dit qu'elle a révisé la conjugaison du verbe Aimer.
N. et P. se font réviser les multiplications, sachant que ce n'est pas du tout dans les devoirs.
S.. me dit qu'il a mangé une clémentine.

Il est 8h40, on va "démarrer la classe", je suis resté assis à mon bureau tout ce temps.

Mais au fait, depuis quand la classe a-t-elle "démarré" ?