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Ces élèves qui nous posent problème

Cette semaine, au cours de la réunion mensuelle du groupe Freinet de Paris (ouverte à tous, si ça vous intéresse), nous avons débattu d'une question qui ne peut qu'intéresser les enseignants : "Comment faire avec les élèves qui nous posent problème par leur comportement ?"

Ce questionnement était soulevé par une collègue institutrice travaillant dans une école difficile de Paris. Nous l'avons pris en compte en axant notre réflexion sur le "faire" et non, cette fois-ci, sur la question de ce qui amène des enfants à ne pas pouvoir se contrôler ou sur la question de ce qui conduit à cette difficulté de certains élèves, le tout étant lié.

Nous avons pu échanger sur les ceintures de comportement et la "monnaie intérieure", sur les besoins d'espace et de projets pédagogiques qui font sens, sur les pratiques de coopération et sur la nécessaire légèreté de l'enseignant.

Autant de pistes intéressantes mais ne résolvant évidemment pas tout, loin de là.

Voilà l'enregistrement :

C'est quoi se sentir seul ?

Il est passionnant d'entendre les enfants chercher leur rapport au concept, ici "se sentir seul", en même temps qu'ils s'expriment, comme s'ils devaient établir une relation qui convienne avec les mots.

On les suit en train de s'engager dans une réflexion et presque une confrontation avec eux-mêmes et avec le concept et avancer dans leur cheminement, en exprimant aussi leur difficulté à dire la complexité. Je pense notamment à L. qui dit que c'est dur à expliquer mais qui l'explique très bien.

Et puis, un joli mot issu de l'enregistrement qui suit : "Se sentir seul c'est quand tu regardes marcher tes pieds dans la rue".

Les Evaluations de CE1

Ces évaluations de CE1, telles qu’elles sont pensées, conçues et

telles qu’elles seront exploitées,

sont néfastes pour les élèves et leurs apprentissages.

 

 

1) Elles n’évaluent qu’un pan bien réduit de ce que doit apprendre un enfant. Rien sur le rapport au monde et sa découverte. Rien sur l’oral. Rien sur les capacités imaginatives et créatives. Rien sur le rapport de sens au travail, aux savoirs, donc sur l’envie, le plaisir.

 

2) Elles ne donnent qu’une image figée de ce qui normalement devrait être un mouvement, une progression. Qu’en est-il des enfants, qui à partir de difficultés vécues auparavant, se mobilisent, donnent tout pour réussir et qui progressent, si au bout du compte leurs résultats sont quand même classés 0 ?

 

3) Elles font fi de la complexité de ce qu’on sait en choisissant pour des raisons purement statistiques et numériques (et de classement) une notation binaire injuste et automatiquement stigmatisante.

 

4) Elles sont, de par leur densité et leur austérité, terriblement fastidieuses à passer pour des enfants qui sont encore loin du baccalauréat.

 

5) Elles vont mettre nombre d’enfants en échec automatique sur plein d’items. On remarquera ainsi que le texte de lecture choisi dans ces évaluations, « Akimbo et les lions », est conseillé, sur le site de Gallimard, l’éditeur, et sur d’autres sites, à des enfants de CE2  au minimum. Et nous ne parlerons pas des soustractions à retenues, du passé composé, des divisions, etc.

 

6) Conséquemment, à quoi vont servir ces évaluations si elles ne sont pas adaptées à la plupart des élèves de nos classes, sinon de les mettre en échec et donc dans le découragement.

 

7) Mais peut-être qu’elles ont un autre objectif que de servir nos élèves…

 

 

Et pourtant, il est important d’évaluer le travail et l’avancée de chacun. Mais le veut-on vraiment ?

Peut-on avoir envie d'être seul ?

"Peut-on avoir envie d'être seul ?" : une question bien saugrenue quand on pense que les enfants ne peuvent, pour la plupart, jamais se retrouver seuls à l'école ou chez eux (sauf la nuit, et encore, à condition d'avoir sa chambre).

Je repense aussi à Nouma, une élève de CM1, dont on peut entendre les mots si forts sur "Nous autres" (France Inter) (cf mon billet du 22 mars). Avec ses sept frères et soeurs, l'envie d'être seule était quelque peu inatteignable.

L'école devrait être aussi  un espace qui permette à ces enfants-là de trouver ce quelque chose de fondamental dont on a tous besoin pour se construire : la possibilité d'être seul.

Trouver un refuge

Je viens de lire un passage de "Paradis noirs" de Pierre Jourde et une phrase fait son chemin en moi. Je vous la livre : "L'une des plus grandes causes de souffrance, au collège, consistait en l'absence de refuge, de lieu où l'on pourrait échapper aux regards des professeurs, et plus encore des élèves."

Ca me parait tellement vrai et en même temps tellement oublié dans la plupart des classes. Avoir un espace où l'enfant pourrait se retrouver sans que ce soit pris comme un refus de travailler ou une fuite des autres.

Le hasard fait que dans le dernier atelier de philosophie de ma classe, à la question "Peut-on avoir envie d'être seul ?", une gamine de CE1 a dit : "Parfois, on a envie d'être seul pour reposer son esprit".

Les "Petits livres"

Comme je l'ai déjà souligné dans plusieurs billets précédents, il me parait essentiel que les enfants écrivent pour être lus.

Un des manques criants dans de nombreuses pratiques de classes est de faire travailler les élèves sur des projets qui n'ont pas d'aboutissement et donc guère de sens, sinon d'être un travail scolaire  :
- écriture de textes faite uniquement pour être évaluée, textes qui ne seront lus par personne d'autre que l'enseignant
- travail grammatical qui n'est pas en lien avec de la production d'écrits
- étude de l'Histoire de France faite sans lien avec le monde d'aujourd'hui
- etc.

Pour en revenir à l'écriture, il existe maintes possibilités pour lui donner du sens : écrire pour une correspondance inter-classes ; écrire pour que ce soit communiqué à d'autres qui pourront donner leur avis et commentaires ou rebondir   Les pagettes  Pour s'inscrire  (voir aussi le Crepsc dans les "liens amis")  ; écrire pour un journal de classe ou d'école ou pour en faire une mise en scène.

Mais ici, j'aimerais parler des "Petits livres".

Les Editions Célestines, créées par l'école Garcia Lorca à Vaulx en Velin, ont fait récemment connaître la technique du  "Petit livre", une façon assez simple et maline de faire réaliser de vrais livres aux enfants à partir de leurs textes.

Technique du "Petit livre"

Il suffit d'un texte, d'illustrations éventuelles en jpg à copier-coller et d'un petit pliage-découpage pour les réaliser. Sur le même site, vous en trouverez de nombreux exemples.

Avant les vacances de Noël, chaque élève de ma classe a réalisé son "Petit livre" sur le thème des sorcières. Ils en avaient eu ensuite cinq exemplaires chacun, qu'ils ont pu offrir à leur famille comme cadeau.
Avec fierté !!

Une création mathématique

Aujourd'hui, je vous propose d'entendre un moment d'échange entre onze enfants de CE1 de ma classe autour d'une création mathématique faite par Léa.

Précisons qu'avant cet échange, les enfants avaient, chacun, réalisé une création mathématique imaginaire où, sur une feuille blanche, ils traçaient des traits, des nombres, des figures, des opérations, comme ça leur venait.

On s'est donc retrouvés en demi-groupe devant cette création de Léa et je laissais les enfants dire ce qu'ils voyaient (Léa se taisait).




Vous constaterez à l'écoute de cette séance que c'est passé par trois étapes :
1) des remarques diverses, pas forcément d'ordre mathématique
2) l'accent mis (avec mon aide, reconnaissons-le) sur un point de sa création, porteur de prolongements possibles. Ici, une suite de nombres écrits 5 par 5.
3) des prolongements que j'ai proposés et qui ont été menés par chacun, à l'ardoise. Ici, j'écrivais des suites de nombres que les enfants poursuivaient en essayant de comprendre d'abord la logique de la suite..

On pourrait ajouter une quatrième étape qui serait celle de la recherche mathématique, où un élève (ou deux) listerait toutes les suites de nombres qu'il trouverait et où il chercherait aussi à expliquer comment les lister le plus rapidement possible (idée de la multiplication)

Je n'en suis donc pas encore à cette étape-là que je pourrais proposer au moment du Travail personnel (voir mon billet du 15 février), mais rien qu'en écoutant ce moment d'ébullition et d'observation, on se dit qu'il ne faut pas lâcher le morceau...