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Evaluer ?

Face à cette déferlante de processus d'évaluations dans notre société, et donc aussi dans l'école - y'a pas de raison qu'il en soit autrement - il me semble indispensable de s'y intéresser en dépassant les habituelles analyses trop restrictives sur les simples contenus d'évaluation ou les modes d'évaluation (comme ce fut trop le cas, à mon goût, lors des évaluations CM2 puis CE1).

D'abord avec cette question qui m'occupe constamment dans ma conduite de classe : Est-ce qu'évaluer les élèves leur sert vraiment ?

J'ai un doute, si on pose ces postulats et interrogations :

1) On ne devrait naturellement pas apprendre pour être évalué.

2) Ce n'est pas parce qu'on est évalué et qu'on a "réussi", qu'on a appris, au fond.

3) Ce qui fait qu'un enfant se mettra à apprendre n'a souvent rien à voir avec le fait d'être évalué. Un exemple vécu  : Une élève de ma classe, L., a écrit dans son bilan personnel d'aujourd'hui qu'elle s'est mise à lire pour faire comme G. qui commençait à lire.

4) Le goût, le plaisir, la soif d'apprendre, le cheminement expérimental ne s'évaluent pas aussi simplement que la compétence purement disciplinaire. Et pourtant, ils sont fondamentaux.

5) L'évaluation s'adresse plus à l'institution qu'aux parents, et plus aux parents qu'aux enfants. Et pourtant, qui apprend ?

6) On évalue un résultat. Pourquoi n'évalue-t-on pas l'origine du résultat, ce qui l'a permis et lui a donné sens. Ne serait-ce pas parce qu'on a peur que ces résultats ne soient le plus souvent dénués de vrai sens ?

J'en arriverais même à rêver - et je ne suis évidemment pas le premier ni le seul - d'un apprentissage qui ne s'évaluerait pas - même par des brevets - sinon par la passion, la curiosité, l'élan qui habiteraient celui qui apprend.

 Plutôt que d'évaluation, nos élèves n'auraient-ils pas d'abord besoin de reconnaissance ?

Ce qu'ils aiment faire en classe

A l'occasion de cette fin d'année, j'ai posé une question aux élèves, une question toute simple : "Qu'aiment-ils faire en classe ?"

Vous allez pouvoir les écouter, mais un mot pour dire que ce qui m'a paru évident à l'écoute, c'est qu'on se devait de diversifier au maximum les entrées dans les apprentissages. Il n'y a pas un mode d'accès qui serait celui qui conviendrait à tous, mais plutôt une ou plusieurs entrées que chacun s'approprierait selon son tempérament ou selon la période.

C'est bien pour cette raison que je refuse de considérer que la seule méthode à défendre serait par exemple de partir exclusivement de leur expression ou de leurs projets, même si c'est ce qui plaît à beaucoup d'entre eux.

Il y a pour moi un esprit, proche de la pédagogie Freinet, donc à base d'expression, de création, de coopération et de partages, à partir duquel tout est à organiser, y compris avec du magistral ou du traditionnel.

Allez, stop au blabla de l'adulte. Laissons la parole aux enfants :

Adolphe Ferrière

Pas le temps de trop écrire pour cause de mariage personnel, mais toutefois, un texte d'Adolphe Ferrière de 1922, que j'ai découvert dans "Apprendre avec les pédagogies coopératives" de Sylvain Connac, et que je souhaire vous faire partager :

"Et sur les indications du diable, on créa l'école.
L'enfant aime la nature : on le parqua dans des salles closes.
L'enfant aime voir son activité servir à quelque chose : on fit en sorte qu'ellle n'eût aucun but.
Il aime bouger : on l'obligea à se tenir immobile.
Il aime manier les objets : on le mit en contact avec les idées.
Il aime se servir de ses mains : on ne mit en jeu que son cerveau.
Il aime parler : on le contraignit au silence.
Il voudrait raisonner : on le fit mémoriser.
Il voudrait chercher la science : on la lui servit toute faite.
il voudrait s'enthousiasmer : on inventa les punitions."


Les Verbes, les Noms et leurs compagnons

Les notions de verbes et de noms sont très difficiles à appréhender pour les enfants et, autant je trouve que de nombreux apprentissages grammaticaux s'avèrent fort inutiles aux âges de l'école élémentaire et propres à éloigner certains du plaisir de la langue, autant j'ai quand même essayé ici de les intéresser à cette différenciation verbe/nom, rien que pour leurs différences d'accords, notamment au pluriel, utiles à connaître lorsqu'on écrit.

Voilà la séquence menée aujourd'hui. J'ai essayé de la rendre la plus interactive possible et elle le fut.

1) Au tableau, deux colonnes A et B. Dans la première, les mots "cherche" et "croque". Dans la seconde, "lampe" et "fille". Je demande de compléter chacune des colonnes par des mots, sans donner l'explication de ce qu'il faut y mettre (je sais pour ma part que les A, ce sont les verbes, les B, les noms). Quand un mot est mal placé, je l'écris à part au tableau.

2) Une fois les deux colonnes bien remplies, on cherche à expliciter ce que sont les mots dans A et les mots dans B et on analyse pourquoi j'ai écarté certains mots. Tout ceci se fait bien sûr en recueillant le plus possible les hypothèses des enfants.

3) Les deux colonnes ont maintenant leur nom, celle des verbes et celle des noms. On va pouvoir essayer de procurer des compagnons à chacun des membres des colonnes.
- Pour la colonne A, je demande à un enfant de jouer un personnage compagnon de tous ces verbes. Il faudra donc que ce soit un sujet et une fois qu'il se sera présenté à la classe ("Bonjour, je suis Madame JE"), je lui demande d'énoncer le compagnonnage avec chacun des verbes, peu importe le temps : "Je cherchais", "Je croque", etc.
- Pour la colonne B, on fait de même, mais ici , il s'agira de proposer un déterminant, compagnon des noms : "une lampe", "une fille", etc. On se rendra vite compte que les déterminants féminins ne vont pas avec les noms masculins et réciproquement.

4) On continue avec des compagnons pluriels, "nous" et "des" par exemple, et on essaie de voir comment se termine orthographiquement les verbes puis les noms et d'en tirer des enseignements. On pointera bien sûr la diffférence souvent rencontrée du "ent" des verbes et du "s" des noms.

5) Une trace écrite de nos découvertes ne sera pas inutile. Je la ferai prochainement.

Bon, évidemment, ceci ne remplace pas ce qui est le plus important pour la conquête de la langue française, l'écriture de textes et leur amélioration pour qu'ils puissent être publiés, mais ça reste un moment ludique assez plaisant et, je l'espère, pas inutile.

La timidité

Problème d'enseignant : comment mener un atelier philo sur la timidité et entendre aussi les enfants directement concernés, mais qui seront trop timides pour oser s'exprimer. Problème non résolu.

Avec notamment une belle parole de B. : "La timidité c'est ne pas vouloir parler mais aussi ne pas vouloir se montrer mais le problème, c'est que dans la vie, on se montre presque tout le temps". Problème là encore non résolu.

Allez, je laisse la parole aux enfants.