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Nous ne sommes pas des traders

Voilà un article paru dans l'Huma de mardi 29 qui parle assez bien, je trouve, de notre refus des évaluations telles qu'elles sont conçues et de la prime qui va avec .


Prime pour les évaluations de CE1

Nous sommes trois enseignants de Paris ayant perçu une prime pour les évaluations de CE1 et nous avons décidé de ne pas la garder et la reverser à des associations qui en feront bon usage pour agir pour une autre politique éducative.

Voilà notre texte.

N'hésitez pas à le diffuser. Peut-être que ça donnera à certains l'envie de faire de même...

 

Pourquoi nous refusons la prime de 400 euros perçue

pour avoir fait passer les évaluations de CE1

                                          

Nous refusons de garder cette prime car l’évaluation des élèves fait partie de notre métier. Les évaluations nationales de CE2 corrigées en équipe n’ont jamais fait l’objet de prime.

L’instauration de bonus salarial va diviser les équipes enseignantes et nuire à leur travail pédagogique.

La logique d’entreprise appliquée à l’école a déjà montré son inefficacité dans d’autres services publics.

 

Et cette prime n’a-t-elle pas pour autre objectif d’obtenir la caution des enseignants sur ce nouveau mode d’évaluation des élèves ?

 

Nous refusons les évaluations telles qu’elles ont été conçues et telles qu’elles nous ont été imposées sans concertation, cette logique d’examen conduisant :

- au tri des élèves avec les injonctions de rattrapage hors temps scolaire pour ceux qui n’ont pas réussi

- au classement des écoles qui en découlera à l’avenir avec les résultats rendus publics sur Internet

- à l’évaluation des enseignants sur la base de chiffres abstraits ne tenant pas compte du terrain, de l’environnement social, du parcours de l’enfant.

1) Elles n’évaluent qu’un pan bien réduit de ce que doit apprendre un enfant. Rien sur le rapport au monde et sa découverte. Rien sur l’oral. Rien sur les capacités imaginatives et créatives. Rien sur le rapport de sens au travail, aux savoirs, donc sur l’envie, le plaisir. 

2) Elles ne donnent qu’une image figée de ce qui normalement devrait être un mouvement, une progression. Qu’en est-il des enfants, qui à partir de difficultés vécues auparavant, se mobilisent, donnent tout pour réussir et qui progressent, si au bout du compte leurs résultats sont quand même classés 0 ?  

3) Elles font fi de la complexité de ce qu’on sait en choisissant pour des raisons purement statistiques et numériques (et de classement) une notation binaire injuste et automatiquement stigmatisante.  

4) Conséquemment, à quoi vont servir ces évaluations si elles ne sont pas adaptées à la plupart des élèves de nos classes, sinon de les mettre en échec et donc dans le découragement.

Deux d’entre nous avons choisi de faire passer les évaluations de CE1 en juin dernier en transformant celles-ci en outil pédagogique utile à l’enfant, aux parents et aux enseignants.

Nous n’avons pas fait la correction binaire 0/1 mais noté ce que l’enfant avait effectivement réussi ou non. Nous avons fait ensuite un bilan avec chaque enfant sur ces acquis et les notions non acquises.

Ces notions ont été ensuite retravaillées en fin d’année scolaire par les enfants.

Nous avons organisé une rencontre réunissant tous les parents de nos classes pour leur  montrer les cahiers d’évaluations de leurs enfants et leur expliquer notre position : ces évaluations font partie du processus d’apprentissage et doivent être un outil pédagogique pour aider les  élèves.

 

Nous reverserons cette prime : 

- à l’ICEM-pédagogie Freinet  qui travaille à d’autres formes d’évaluation plus respectueuse de la globalité des apprentissages et de la personne de l’élève

 - aux « désobéisseurs » qui se sont vus sanctionnés pour avoir refusé ces évaluations.

Nous partageons leurs valeurs  et leurs actions pour la construction d’une école équitable, humaine et respectueuse de tous les enfants.

Pourquoi fait-on de l'Histoire

La semaine dernière, j'ai démarré notre travail en Histoire par une discussion importante pour moi sur le pourquoi de cette discipline qu'est l'Histoire.

Je vais vous laisser l'écouter. Ce qui m'a frappé dans les réponses des élèves, c'est leur besoin d'étudier l'Histoire pour des raisons bien concrètes (s'en servir pour..., savoir comment..., etc.), ce qui est au fond assez logique.

Je vais essayer de ne pas oublier que l'abstraction se travaille à partir du concret.

L'essentiel et l'utile dans une classe

Chaque année, je chemine dans ma réflexion pédagogique, je l'expérimente en classe, et je découvre - fort heureusement - de nouvelles choses : découverte de l'écriture passionnée de textes libres, découverte de ce qui se passe de précieux lors des moments philosophiques, découverte de l'intérêt de mettre les enfants dans une atmosphère de travail, du vrai travail-projet plutôt que du travail dit scolaire.

Aujourd'hui, je distingue deux éléments forts de ma classe qui se complètent, se répondent, se concilient.

Il y a d'abord ce qui m'apparaît être l'essentiel dans la classe, ce qui représente son ossature, ce que les enfants s'approprient très vite, goulûment.

Il y a ensuite ce qui me semble utile pour nourrir cet essentiel-là et que les enfants perçoivent ainsi, me semble-t-il, dans une acceptation dynamique mais moins gourmande.

1) L'essentiel d'une classe.

Il est représenté par ces deux moments de classe que j'appelle "Travail personnel" et "Je fais partager".

Tous les jours, pendant 40 minutes en fin d'après-midi, ll est proposé un temps de Travail personnel pendant lequel les enfants se choisissent un projet de travail : écriture de texte libre, préparation d'exposé, réalisation d'un projet artistique, préparation d'une lecture à haute voix, lecture silencieuse d'un livre, réalisation de fiches d'activités, la règle étant qu'ils doivent le mener au bout, que ce projet doit être l'objet de découverte (pas un énième exposé sur leur footballeur préféré) et qu'ils le présenteront à la classe.
C'est là que le deuxième temps intervient : au cours du "Je fais partager" du matin (8h40 à 9h), ils peuvent présenter leur projet à la classe, recueillir les réactions et le vote du groupe pour publication, présentation à d'autres classes, etc.

Il y a une circulation évidente entre ces deux moments avec une véritable appropriation par les élèves. On sent chez chacun d'eux qu'il tient quelque chose de précieux, à ne pas gâcher, qui ne fait pas partie habituellement  d'une classe au sens traditionnel.

Une précision cependant : se pose la question de l'espace dont on dispose pour mener ce moment de Travail personnel.  Un vrai problème ! Avec des solutions, sans doute, à élaborer.

2) L'utile d'une classe

A partir du moment où la classe est structurée autour de ce binôme projets-présentations-aboutissement des projets, toutes les activités de lecture (vers une lecture plus fluide, plus fine, plus riche), de français (vers une grammaire au service de l'écriture), de découverte du monde (vers une curiosité pour notre environnement historique, géographique et scientifique), de philosophie (vers une réflexion sur notre condition humaine) sont au service de cet essentiel.

On développe nos savoirs et compétences dans ces disciplines pour servir d'abord cette dynamique de projets, en privilégiant la recherche de sens.

L'essentiel et l'utile sont tout aussi nécessaires l'un que l'autre. A nous de construire un emploi du temps qui laisse de l'espace à chacun.



Pédagogie différenciée

Beaucoup, d'enseignants se posent la question de la pédagogie différenciée quand ils ont une classe de double niveau, comme c'est mon cas cette année, mais elle devrait se poser dans tous les cas de configuration de classe, les élèves étant tous différents.

Pour moi, différencier les modes d'accès aux apprentissages est d'abord une affaire de reconnaissance :
- reconnaissance des différences de niveaux scolaires (notion discutable) entre chaque élève
- reconnaissance des différences de modes d'accès aux apprentissages : un enfant aura davantage besoin de dire, d'écrire, de manipuler, d'échanger, ou alors de temps, d'espace, de relations.
- reconnaissance de ce qui motive un enfant mais aussi de ce qui le bloque

Dans la mesure où il est impossible de cerner précisément les éléments de reconnaissance pour chacun, sachant que beaucoup reste indicible, je pars du principe qu'une classe devrait être faite de situations diversifiées permettant au plus grand nombre d'élèves de trouver sa voie d'accès.
- situations de paroles
- situations de questionnement
- situations d'échange
- situations de réflexion
- situations d'entraînement
- situations de jeux
- situations de projets personnels
- situations de découverte

Dans la classe de CE2/CM1 que j'ai cette année, je fais les paris suivants :

1) Avec le Travail personnel, ils pourront mener leur projet personnel d'apprentissage : Travail personnel

2) Avec le "Je fais partager", ils pourront présenter leurs projets en cours et avoir ainsi la reconnaissance et l'aide de leurs pairs

3) Avec les moments de réflexion collective comme les ateliers de philosophie, ils pourront avancer dans leur réflexion sur le monde, chacun à son niveau

4) Avec les moments d'écriture libre qui évitent le normatif dans l'écriture, ils pourront s'approprier un statut d'écrivain en formation

5) Avec  les moments d'étude de la langue où ils étudient des textes qu'ils ont écrits, ils pourront saisir que la grammmaire est un outil d'écriture et non un pensum

Il ne s'agit donc pas de séparer les élèves en groupes de niveaux mais de favoriser des activités qui permettent à chacun de progresser à son rythme. Ca évite les gros dispositifs compliqués (groupes de niveaux par matière) dans lesquels l'enfant se trouve toujours ballotté.

Le seul moment où je différencie physiquement les deux niveaux officiels de la classe est le moment que j'appelle "Les missions". Voilà où j'en suis là-dessus :
- Deux groupes de 12 élèves ont été constitués, l'un plutôt de niveau CE2 en mathématiques, l'autre plutôt de niveau CM1.
- Pendant que je travaille avec un de ces groupes sur une situation mathématique, l'autre groupe formé de duos d'élèves travaille sur des missions : Les missions
Ce temps de partage en deux groupes, c'est deux fois par jour sur 40 minutes chacun.

La pédagogie différenciée est donc d'abord pour moi une pédagogie de reconnaissance de là où l'enfant se situe, fort de ses connaissances en cours, ses envies, ses difficultés, avec un objectif d'enseignant : que chacun avance, en sécurité, en confiance, en plaisir. Une pédagogie envie et en vie.

Et avec une préoccupation : éviter l'étiquetage.