Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Etre libre/Se sentir libre

Voilà notre dernier atelier de philosophie autour de la liberté, un peu différent des précédents : deux expressions, sur lesquelles je les laissais réagir.

La première prise de parole m'a bien étonné.

Des idées et questions qui me passionnent

Aujourd'hui, ce sont des questions ou des bouts de phrases ou de paroles que j'ai envie de poser là pour leur laisser trouver un rebondissement, un développement, ou tout simplement un refuge. Les voilà.

Si ça vous fait réagir...

- Qu’est-ce qui serait naturel dans une classe ?

- En classe, on essaie de faire apprendre de façon naturelle des choses qui ne le sont pas, qui ne vont pas de soi.

- On apprend naturellement ce dont on a besoin.

- Est-ce qu’on autorise les enfants à exprimer leur besoin ?

- Il y a une compression du temps, qui fait que cet apprentissage qui devrait être naturel, issu d’un besoin, on doit le faire en un temps donné, avec des progressions bien précises.

- T’as besoin d’être rassuré avant de pouvoir réfléchir.
Oui, mais c’est aussi en travaillant qu’ils peuvent être rassurés.


- Peut-être que ce qu’on va considérer comme naturel va être vu par des enfants comme tout sauf naturel.


- L’école, c’est la rencontre de plein d’individualités, c’est ça qui est difficile. Ce qui est naturel, c’est un rapport très personnel : ce qui est naturel pour moi ne l’est pas pour toi.


- Il faudrait que la classe se mette à conquérir les secrets de la vie - je veux comprendre comment fonctionne un texte car ça fait partie de la vie, ou les mathématiques, plutôt que de dire "je fais des mathématiques". Aller vers l’idée d’un secret à chercher. Creuser à l’intérieur d’un concept (référence à Jacques Lévine). Est-ce que le naturel, ce ne serait pas d’être dans une démarche de conquête ? Mais il y a le concept du programme qui empêche tout cela.

 

Comment peut-on être libre ?

Est-ce qu'être riche apporte de la liberté ? Ou vaut-il mieux être pauvre ?

Est-ce que travailler empêche d'être libre ? Et si le travail est choisi ?

Oui, mais si on est riche, on est libre, mais pour être riche, faut travailler, et travailler, c'est moins de liberté, mais alors... c'est drôlement compliqué tout ça !

Ma parole, ils ont fumé la moquette, ces CE2/CM1 !

 

De l'espace et du temps à préserver en classe

S'il y a bien une chose qui me parait fondamental pour les enfants dans une vie de classe , c'est de leur laisser des interstices, les plus grands possible, de temps et d'espace qui leur appartiennent vraiment. Je m'explique.

Nous sommes confrontés en tant qu'enseignants à des impératifs d'adultes appelés "instructions officielles", "programmes", "évaluations" , "injonctions", "inspection" et autres gros mots, qui nous poussent vers une pratique qui peut facilement conduire tout à l'opposé du respect de la personne de l'enfant : on peut facilement les plonger dans un bain de labeur ne laissant aucune place à l'imprévu, à l'initiative personnelle, à la légèreté, à l'imagination vraie, à une certaine liberté.

Il y a pour moi nécessité de faire contre-poids à cette pression extérieure (institutionnelle, parentale, etc.) et intérieure (angoisse, stress, besoin de tout contrôler chez l'enseignant) et de laisser du temps à ce qui vient. En témoigne l'exemple ci-dessous.

Mardi 10 novembre.

15h30 : Nous débattons d'un sujet d'actualité, lu la veille à la maison, sur l'extinction des tigres sur terre. Les enfants sont très présents, on retrouve les éléments expliquant cette extinction et je leur propose de réfléchir à ce qui pourrait se faire pour lutter contre celle-ci.

Et puis, soudainement, mon clown intérieur fait toc-toc et me souffle : "Et si tu glissais une idée, celle de mener une manifestation avec affiches et banderoles contre le trafic d'animaux, pour leur protection". J'écarte toute réaction du style "Mais, est-ce au programme ?" ou "Mais ce n'était pas prévu !" ou alors "Que vont-ils apprendre ?", et je lance l'idée. Les élèves me regardent un peu étonnés et je sens qu'un désir commence à monter, cette idée un peu saugrenue commence à leur plaire.

C'est là où ce que j'écrivais sur les temps à préserver arrive. Il y a tous les jours 45 minutes consacrés à ces projets qui naissent et qui ont un espace de réalisation possible.C'est le temps du Travail personnel.
Et à 15h50 hier, j'ai apprécié l'existence de ce temps-là, inscrit dans l'emploi du temps.

Le Travail personnel débute, et les deux-tiers des enfants, par deux, vont se mettre à élaborer de grandes affiches consacrées à la protection de la nature, un vrai projet d'écriture pour être lu, avec graphisme soigné, orthographe parfaite, expression au service d'un projet, celui d'une manifestation dans l'école (et dans le quartier ?). Les autres feront leurs projets habituels : préparation d'exposés, écriture de texte libre, fiches lecture, etc.

Je sens là une classe en vie et envie. C'est pour ça que je fais ce métier, avec ces moments de grâce, rares mais possibles.

PS : Evidemment, l'idéal aurait été que l'idée que j'ai eue soit venue des enfants eux-mêmes. A travailler...

Qu'est-ce que la liberté ?

Quand jeudi dernier, j'ai lancé en classe cette question passionnante mais difficile, j'étais un peu inquiet - comment allaient-ils s'en emparer ? - mais très vite le plaisir l'a emporté.

Plaisir de découvrir et d'entendre toutes ces questions qui leur viennent collectivement : "Est-on libre de faire ce qu'on veut ?" ; "Un homme en prison est-il libre ?" ; "Un enfant à l'école est-il libre ?" ; "Et la loi ?", etc.

Quand certains assènent à longueur de journées que les élèves d'aujourd'hui ne sont plus malheureusement comme à leur époque, il me vient une envie, une simple envie, leur montrer que les choses sont bien plus complexes que ça et qu'on en a assez de ces sentences de comptoir.

Allez ! Ecoutez plutôt !