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C'est quoi une famille ? (commentaires)

- Bonjour,
quelques «commentaires» sur l'émission «C'est quoi une famille ?».
Mon angine virale récemment adoptée et moi-même l'avons écoutée au volant (c'est moi qui conduisait), j'étais pressé de rentrer.
Pourtant j'ai ralenti parce que j'écoutais. Captivé.Ces deux cousin/sine pour qui la polygamie est vécue au quotidien (et qui ne connaissent pas la solitude, tellement indispensable...). Et celle école coranique samedi ET dimanche, mais est-ce que ces enfants jouent ? Alors sur ce chapitre j'ai fait quelques bonds (et ma fièvre a dù bordurer les 50 degrés.)
Mais tous ces témoignages sur ce qu'est une famille sont proprement bouleversants. 1000 définitions n'y suffirait pas.
Peut être que la définition d'une famille c'est quand tous les membres de cette famille sont d'accord sur la définition de leur famille ?
Un peu tirés par les cheveux, j'admets.


- Eh bien, personnellement, je suis horrifiée.

Entendre des enfants parler avac tant de naturel de leur père polygame, de l'enfer pour des mèches ou des "défrisages", d'un gosse "tiré par le feu" parce qu'il "faisait que jouer", de petites filles séparées -déjà-des hommes lors des fêtes, obligées de porter le voile à 6 ou 9 ans pour le catéchisme coranique, convaincues qu'il faut manger avec les doigts pur "suivre le chemin de Mahomet",... qui se disent Africaines et pas Françaises car "c'est mieux être de la religion musulmane"...
Le formatage à l'inégalité et à l'intolérance est en marche.


- Zoe, je viens de me lever du tabouret de la cuisine ou, scotchée par l'émission, j'avais atterri les mains posées sur les genoux malgré le chaos de lendemain de réveillon autour du tabouret, prise par le charme de votre voix , par l'attention que vous portez aux ptits bouts d'hommes que vous interviewez, par la profondeur du sujet et des reflexions des enfants. Ce n'est pas la 1ere fois que je suis subjuguée. Vous avez une telle empahie pour les gens que vous nous présentez...
je vous remercie pour cette merveilleuse heure chaque semaine
joyeux noël encore...

Le Texte-Initiales

Aujourd'hui, c'est d'un moment de classe bien précis dont j'aimerais vous parler, photos et vidéo à l'appui : le Texte-Initiales.

J'avais lancé cette activité il y a quelques années quand j'avais un CP en fin d'année. J'avais alors des difficultés quand on découvrait un nouveau texte ensemble, avec des enfants tout juste lecteurs, et d'autres déjà bon lecteurs qui savaient bien lire tous les mots du texte avant tout le monde. Comment alors ne pas laisser un groupe en rade ?

Alors, j'ai proposé de mettre au tableau un texte de lecture avec juste les initiales des mots du texte et un trait figurant la longueur plus ou moins grande des mots. Il s'agissait alors de reconstituer le texte dans son entièreté à partir de son sens  (souvent intégré dans une histoire que les enfants connaissaient) et la longueur supposée des mots.

J'ai décidé cette année de le proposer à mes CE2 puis aux CM1 sous forme de jeu. Voilà le texte au départ :

Texte au démarrage

Et voilà le jeu. Au tableau, j'ai listé les prénoms des élèves et chacun, à son tour, disait  le numéro du mot qu'il souhaitait compléter et au choix la lettre qu'il pensait être bonne ou alors le mot complet qu'il pensait être juste. Il pouvait proposer, tant qu'il réussissait, trois lettres de suite (1 point par lettre) ou deux mots de suite (2 points par mot). Chaque mot totalement reconstitué est entouré. Ensuite, on passait à l'élève suivant. A charge pour chacun d'avancer de lettre en lettre ou de prendre le risque d'essayer un mot complet.

Seconde image sur le dispositif :

Tableau complet
Petit à petit, le texte se reconstituait, les enfants de CM1 découvraient qu'il traitait du Moyen Age, ce qui leur donnait des indices nouveaux, et le texte final est arrivé :

Texte-de-fin.JPG
Evidemment, le texte choisi peut être plus ou moins long selon le niveau de classe et l'habitude des enfants pour cette activité.

Les enfants ont été totalement présents, voire passionnés, investis dans la recherche, chacun et ensemble, des hypothèses sur les mots et sur le contenu du texte, chacun avec son niveau de lecture.

Donc un travail assez complet, me semble-t-il, de lecture, de compréhension et de grammaire. Et tout ça de façon ludique. Essayez donc !

Voyez ce que ça peut donner :

C'est quoi la famille ?

Voilà une rediffusion sympa ! La rediffusion de l'émission "Nous Autres" de Zoé Varier sur la famille à partir d'un atelier de philosophie et de l'interview d'enfants de ma classe d'il y a 2 ans, un CE2/CM1, vendredi 25 décembre, donc cette semaine, à 20 heures sur France Inter.

L'émission

Interview passionnante de Yahaya et Nouma, qui montre bien l'écart existant entre certaines cultures familiales et les valeurs que cherche à transmettre l'école, et comment on peut cependant réussir à les concilier un tant soit peu.

Voilà la présentation de l'émission par Zoé : "Ben oui, c’est pas obligé de se ressembler même quand on est de la même famille. C’est pas obligé non plus d’avoir le même nom, ni la même maison, et pourtant c’est quand même la famille. Mais alors c’est quoi la famille ? Et ça sert à quoi ? Peut-être à nous donner à manger pour être fort, à nous acheter des habits pour pas être tous nus. A nous soigner quand on est malade ? C’est peut-être ça la famille ? Et pourquoi on a le même nom de famille que son père et pas le même nom de famille que sa mère ? Pourquoi ? Ici la philosophie c’est devenu une habitude. Je suis sûre que vous avez reconnu les enfants de l’école polyvalente du 19 ème arrondissement de Paris. Ca fait maintenant des années qu’ils font des ateliers de philosophie avec leur instituteur Daniel Gostain. Ils ont entre 6 et 9 ans, et ils réfléchissent sur des sujets, sur lesquels on dit généralement aux enfants que c’est trop difficile ou qu’ils sont trop petits pour comprendre. Les enfants cogitent tout haut, ils explorent, font un inventaire, ils s’étonnent de leur propre pensée, ils s’écoutent, se contredisent, ils débattent. C’est très sérieux la philosophie quand on a entre 6 et 9 ans. C’est très heureux aussi, les enfants ne veulent jamais que cela s’arrête, c’est toujours beaucoup de plaisir. Ce soir l’atelier de philosophie porte sur la famille. Et ça c’est vraiment intéressant. Parce que des familles il y en a des grandes, des petites, des séparées, de recomposées, des qu’on a jamais vu, des africaines, des françaises, alors ça fait plein de familles différentes, pleins de papas, de mamans qui ne se ressemblent pas. Alors ça fait forcément beaucoup de choses à dire."

Le désamour

Suite à la demande de nombreux enfants de ma classe, on a consacré deux moments d'ateliers philosophiques à la thématique de la séparation avec deux questions que je leur ai proposées :

1) Pourquoi parfois on ne s'aime plus ?

2) Quand on ne s'aime plus, vaut-il mieux rester ensemble ou se séparer ?

Vous verrez que les avis sont assez nuancés, pas du tout fermés, plutôt en questionnements.


Compétence, quand tu nous tiens...

Aujourd'hui, ce ne sont pas de beaux mots ou de belles images d'enfants que je vais vous faire partager.

Aujourd'hui, ce sont mes mots qui prennent le dessus, des mots empreints d'inquiétude sur ce qui est en train de nous envahir dans nos pratiques d'enseignant et ce mot est "compétences".

On entend partout qu'un bon enseignant serait celui qui serait capable de développer, et bien sûr d'évaluer, des compétences bien précises et ce discours institutionnel -qui envahit d'ailleurs toute la société au nom d'une volonté d'efficacité mesurable - je sens que nous ne parvenons pas à le contrer, même parmi ceux qui se revendiquent des pédagogies dites nouvelles et qui eux aussi fonctionnent de plus en plus avec des systèmes des brevets de compétences (certes personnalisés). Comme si on n'arrivait pas à se défaire de cet impératif-là.

Alors, pourquoi suis-je inquiet, voire en colère ?

Trois raisons :

1) Nous courons le risque de n'organiser notre classe qu'au travers d'activités centrées systématiquement  sur le développement d'une compétence précise. Les moments de réflexion collective, blabla. Les moments de tâtonnement, pas le temps ! Les moments de débat sur l'actualité, pas prioritaire ! Les moments de théâtre, juste sympas, donc out ! Les moments de partage simple, itou ! On se résoudrait à centrer notre pratique sur ce qui ferait une compétence énonçable et évaluable et qu'on pourrait cocher sur une feuille prévue pour cela.

2) Nous courons le risque de ne privilégier que des activités disciplinaires. Comme si le plaisir, la coopération, le sens donné aux apprentissages, l'envie, les liens entre savoirs devenaient secondaires, voire dangereux, car trop longs, trop difficiles, pas assez efficaces.

3) Nous courons le risque de segmenter chaque savoir jusqu'à lui enlever toute signification, toute chair, chaque connaissance devenant un  item bien précis, réduit à sa plus simple expression, et on n'aurait plus qu'une seule phrase à la bouche : "Je fais les soustractions à retenues, je fais l'imparfait, je fais les verbes du 2ème groupe, etc.

Il y a pour moi un vrai danger que nous courons tous.

L'esprit d'une pédagogie en vie et envie, qui donne du sens et du plaisir, qui laisse du temps et permet la complexité, tout cet esprit qui nous anime, ne le perdons pas !

Au risque de se perdre... et de ne plus devenir celui qui éveille, qui ouvre, qui permet, qui fait passer, qui donne envie.



C'est quoi être amoureux ?

Que des enfants puissent ensemble se pencher sur cette question, d'une façon tout à fait sérieuse, je trouve ça émouvant et fort.

Si en plus, ils en arrivent à aborder, à leur manière, des questions comme "Peut-on être amoureux de son argent ?" ou "Peut-on être amoureux d'une personne qui ne soit pas obligatoirement belle ou intelligente", alors là, je dis, on continue !