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C'est quoi la violence ?

Ce qui est bien avec les ateliers de philosophie qui se déroulent en méthode naturelle, donc dans l'esprit de la pédagogie Freinet, c'est qu'on ne sait jamais où vont aller les pensées des enfants.

Je n'imaginais pas un instant qu'à la question "C'est quoi la violence ?", il allait y avoir un échange, et même un débat animé sur l'idée de la violence qu'exercerait volontairement la nature contre l'homme, en réaction à celle que ce dernier exerce lui-même contre elle.

Encore une fois, écoutez-les !

Le tutorat

S'il y a bien une chose que je constate chaque jour dans ma pratique, c'est la complexité des chemins pour apprendre, de ce qui se passe chez un enfant en classe, qu'on saisit parfois, qui nous échappe souvent, avec ce qu'il montre en tant qu'élève et cache en tant qu'enfant, avec aussi ce qu'il s'approprie ou ce qui lui passe à travers.

Alors je regarde et je ressens.

Je vois des enfants qui me regardent "comme il faut" (comme on leur a répété de le faire, souvent) et pour lesquels l'essentiel des savoirs prend la fuite. Il suffit parfois de leur poser une question pour s'en rendre compte.

J'en vois qui semblent ailleurs, mais qui sont peut-être plus présents qu'on ne le croit. Il suffit parfois de leur poser une question, là aussi.

Et il y a des moments particuliers, ceux où j'ai vraiment l'impression que les enfants sont bien là, avec soi, avec l'autre, avec l'apprentissage. Le tutorat me semble être un de ces moments-là.

Imaginez tous les élèves de la classe se mettant par deux, chacun avec son ardoise, l'un des deux ayant demandé au préalable au groupe une aide sur un domaine d'apprentissage, l'autre s'étant porté volontaire pour l'aider (sachant que ce pourrait être l'inverse sur un autre domaine, tous les élèves pouvant être aidés ou aider).

Imaginez un enseignant circulant, apportant sa touche professionnelle surtout pour vérifier qu'il y a bien acte de formation de la part du tuteur, avec quelques règles explicitées, dont la principale : ne pas faire à la place de celui qui a demandé de l'aide.

Des bulles de calculs, d'orthographe, de lecture, de résolution de problèmes, de techniques géométriques volent alors dans toute la classe et on pourrait presque entendre les mouches voler, elles aussi, tant les enfants semblent présents à leur tâche, à leur mission, pourrait-on dire.

Il y a en effet quelque chose qui se passe, qui est certainement d'abord dû à ce statut d'échange entre pairs, comme si le tuteur se sentait investi d'une responsabilité réelle, et l'aidé désireux d'atteindre le niveau de connaissance de son tuteur du moment.

C'est pour cette raison que je pense inscrire ce tutorat plus explicitement dans l'emploi du temps de la classe, une fois par semaine.

Prochainement, j'ajouterai une vidéo à cet article, témoignant de ce que j'écris là.

C'est quoi se respecter soi-même ?

Troisième atelier sur le thème du respect avec une question que j'ai choisie grâce à un élève de ma classe, qui avait posé cette question du respect de soi lors de l'échange précédent.

Toujours beaucoup d'écoute, une présence forte et investie de chacun, mais aussi des paroles un peu trop "belles" dans leurs intentions, ce qui est aussi inévitable.

Pour un entre-deux pédagogique

Il existe, dans la société d'aujourd'hui, un manque flagrant d'espace de vraie pensée entre le "on pense pour vous" et le "inutile de penser".

"On pense pour vous" : c'est ce qui se produit en politique, quand on ne fait que vous répéter, vous asséner ce qu'il est bon de penser (d'ailleurs, quand les réformes dysfonctionnent, on nous dit que c'est parce qu'il y a eu un manque de pédagogie, donc d'explication, jamais on ne conteste le fond des choses), mais aussi dans le monde de l'entreprise, où la vérité vient d'en haut, dictée par le marché, par la concurrence, par le réalisme économique, et donc il faut simplement apprendre par coeur ses diktats, comme des dogmes, et enfin dans le monde de l'école, où l'on revient beaucoup à la nécessité du cours magistral, et où on se persuade que le retour espéré de l'autorité du maître se mesurera à un vrai savoir à nouveau dispensé.

"Inutile de penser" : c'est bien sûr assez proche du "on pense pour vous", mais de façon plus radicale, à l'instar du fameux "cerveau humain disponible". Cet "inutile de penser" se matérialise dans tous les espaces de notre vie, à travers les programmes de télévision et le zapping triomphant, à travers la précarité économique qui rend la recherche d'un semblant de sécurité tellement obsessionnelle qu'il n'y a plus d'espace pour penser possible, à travers tous ces outils technologiques qui pensent si vite pour nous. Cet "inutile de penser" se vérifie aussi dans l'Education nationale par ces programmes 2008, où la mécanisation des savoirs est mise à la première place, par ces évaluations où le binaire du vrai/faux est roi, par ces savoirs saucissonnés en compétences évaluables, où le savoir-être et la transversalité des savoirs n'ont donc plus place.

Cet espace intermédiaire, que je réclame instamment, serait celui où l'on pourrait être nourri par les connaissances des autres sans en être abreuvé, des connaissances à partir desquelles on pourrait continuer à explorer, à l'opposé du "On pense pour vous",  et celui où on aurait la possibilité de penser par soi-même et de cheminer à notre guise dans notre questionnement, erreurs, fausses pistes, tâtonnements inclus, bien loin donc du "Inutile de penser".

Je l'appelle aussi "entre-deux", car il se situerait entre un cheminement autonome et un accompagnement extérieur.

Pourquoi cet espace est-il en danger ?

1) Cet apprentissage de l'entre-deux demande un temps et un espace, que la société ne permet pas aujourd'hui, toute accaparée qu'elle est par un besoin d'une soi-disante efficacité à court terme.

2) Cet apprentissage exige l'acceptation de la part de chacun que les apprentissages ne dépendent pas seulement de ceux qui le dispensent - ce qui représente encore une révolution de la pensée pour de nombreux enseignants -  mais qu'il y a aussi quelque chose d'indicible, de non maîtrisable, qui fait un drôle de chemin en chacun de ceux qui apprennent, avec du "Ah tiens !", ou du "Mais oui !..." (mais parfois, ça vient aussi sans bruit...).

3) Cet apprentissage ne peut se conduire que dans des environnements pacifiés, coopératifs, de partage, où les paroles et les pensées de chacun sont reconnues et accueillies, toutes les paroles, même imparfaites. Donc, tout le contraire de ce qui prévaut dans notre société contemporaine.

Et pourtant, cet entre-deux existe au sein d'instances politiques, sociales, et bien sûr éducatives, qui revendiquent un "autrement", avec passion, avec conviction - avec épuisement.

Cet entre-deux essaie de se vivre par exemple dans les classes Freinet, dans un "toujours avançant", un "jamais acquis". Vous verrez des enfants qui cheminent avec leurs personnalités qui s'affinent, avec leurs projets individuels et collectifs qui s'élaborent, avec tout ce que leur apporte leur enseignant pour se sentir outillés, et alors, vous verrez  souvent des bulles d'apprentissages se créer, dans un entre-deux entre le naturel et le guidage, des bulles qui seront plus longuement inscrites en chacun que lorsque les savoirs sont imposés "d'en haut".

Nous devons absolument oeuvrer pour que cet espace pour penser soit offert à tout enfant pour apprendre, à tout être humain pour vivre, un espace qui nous ferait nous sentir un peu plus humain, seul et avec les autres.

Recherche mathématique

En ce moment, je suis en pleine ébullition mathématique, porté par un questionnement essentiel pour moi : Comment faire travailler les élèves en mathématiques sans passer uniquement par l'explication du maître et la focalisation sur la technique  ? Comment donc élargir le champ des possibles ?

Je sais qu'il existe des possibilité de faire travailler sur des créations libres des enfants suivies de recherches mathématiques, mais je ne m'y retrouve pas.

Alors, je cherche à partir de ces questions :
Comment les amener à mettre de l'origine, et donc du sens, dans des notions qu'ils sont amenés à rencontrer (d'où elles viennent) ?
Comment les amener à insuffler du jeu dans tout ça ?
Comment les aider à s'approprier tout ce savoir (le faire sien) ?
Comment ajouter de l'imaginaire à ce territoire mathématique souvent si abstrait ?

Depuis quelques semaines, on a commencé à chercher en classe.

Nous sommes passés par des moments de créations poétiques mathématiques. Intéressant mais reste la question suivante : "Faisons-nous là des mathématiques ?" (j'ai écrit un article là-dessus dans mon blog).

Puis on a essayé aussi de se lancer des défis comme :
- Et si on mesurait l'altitude de notre classe (2ème étage) ?
- Et si on calculait l'aire de l'horloge ronde de la classe (sans que je leur donne la formule avec pi, bien sûr) ?
- Et si on calculait l'aire de l'étage où nous sommes ?
- Et si on cherchait à calculer la longueur de la rue Dunois à partir de plans ?
Ces défis menés par petites équipes sont en cours et plaisent bien.
Ceci dit, j'ai peur qu'on s'épuise assez rapidement, rien que dans les idées de défis.

J'aimerais donc à la rentrée essayer autre chose : à partir d'un savoir qu'on a découvert ensemble, on explorerait, avec de nouvelles "lunettes de Mathématik", les champs d'inventivité, de création, d'appropriation et de prolongements possibles.

Voilà un exemple de document pour démarrer :

Possibilités de recherches

Vos réactions et idées sont bienvenues.