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Apprendre grâce au groupe

Voilà un texte que j'ai écrit pour Laurent Ott en préparation d'un colloque sur "l'individuel et le collectif en éducation". Il dit des choses qui me tiennent vraiment à coeur, je vous le fais donc partager.


"S’il y a bien une aberration dans l’Education nationale, c’est celle-ci : que l’école soit un espace collectif où l’on apprend avant tout individuellement.

 

Evidemment, on sait pourquoi on regroupe des enfants du même âge par groupes. C’est pour des raisons de coût. Un enseignant essaie de transmettre son savoir à une entité-groupe formée d’individus. A chacun la tâche de glaner le maximum de ce savoir, et tant pis pour les perdants. On leur dispensera un soupçon d’aide personnalisée et de remise à niveau pour qu’ils aient le minimum garanti (le socle commun) et on se donnera ainsi bonne conscience.

 

La classe est donc un espace de regroupement de personnes qui doivent chacun avancer dans ses apprentissages, et on proposera des activités le plus souvent individuelles, où il s‘agira de ne pas copier, de réussir à comprendre seul, si possible, l’issue du travail étant marquée par des évaluations évidemment individuelles.

 

Or, ce qui saute aux yeux, lorsqu’on travaille en pédagogie Freinet, où le collectif et l’individuel sont réunis dans tous les moments de classe, c’est qu’un apprentissage ne peut être un objet isolé. Il y a obligatoirement, sans qu’on puisse l’empêcher – et heureusement - une influence du groupe sur l’apprendre de chacun et une influence de chacun dans l’apprendre du groupe, et c’est une grande erreur de ne pas le saisir et de ne pas en faire un plus dans la conduite de la classe.

 

L’élève et le groupe : L’élève en classe est relié aux autres. Quand il s’investit dans une activité, qu’elle soit demandée par l’enseignant ou de sa propre entreprise, il le fait en lien avec les autres. Soit dans le sens traditionnel du terme, pour se distinguer, être meilleur que le voisin, réussir davantage, soit pour être tout simplement reconnu comme élément valorisé du groupe. Même si on ne le verra pas obligatoirement, l’atmosphère du groupe, les interactions entre ses membres, les prises de pouvoir inévitables joueront dans les apprentissages.

 

Le groupe et l’élève : Le groupe classe est lui aussi coloré par chacun de ses membres, pour le meilleur mais aussi pour le pire. Plus des initiatives personnelles seront par exemple favorisées, initiatives de travail, de créations, d’expressions, plus le groupe profitera d’une dynamique forte.  Evidemment, des influences individuelles d’enfants en opposition, en difficulté ou en détresse joueront aussi sur l’action du groupe.

 

Ces interactions élève-groupe s’observent à maintes occasions :

 

1) Si on laisse des espaces de travail personnel dans l’emploi du temps, espaces dans lesquels chaque enfant peut réaliser des projets qui lui tiennent à cœur, écrire des histoires, préparer un exposé, faire une création plastique ou théâtrale, etc., projets qui seront ensuite présentés à la classe, on constate une véritable ébullition où le groupe s’approprie chaque idée pour la faire sienne : ça devient une culture de classe dont chacun peut se servir et la rendre sienne.

 

2) Si on propose plusieurs espaces de réflexion collective, philosophique, d’actualité, psychologique, par exemple, là encore, les idées de départ de chacun se nourriront par l’échange de celle de ses pairs et un observateur extérieur pourra ressentir une véritable avancée collective dans les sentiers du savoir. A condition bien sûr que ces espaces de parole soient libres, tolérants, et que l’enseignant n’y parachute pas son savoir d’adulte. Dans ces moments-là, on entend souvent des enfants dire, en atelier de philosophie notamment, qu’ils ont changé d’avis en écoutant les autres.

 

Prenons le temps de s’aventurer dans ce temps particulier qu’est l’atelier de philosophie.

 

Il s’agit d’un rendez-vous hebdomadaire de 15 minutes environ dans lequel un groupe, accompagné par un adulte enseignant, explore sans préalable ni préparation une question sur les grands problèmes de la vie : vivre, grandir, penser, mourir, créer, dire, etc.

Ce moment est particulier, dans le sens où l’enseignant, après avoir établi quelques règles nécessaires au bon fonctionnement de l’atelier (respect de la parole de l’autre ; pas de bonne ou mauvaise réponse), se met en retrait pour donner toute la place à la parole des enfants. Cette mise en retrait – mais pas à l’écart – est la condition pour moi indispensable pour que la réflexion individuelle et collective puisse réellement exister. En effet, la parole de l’adulte, considérée comme la « parole qui sait » pour la plupart des enfants, s’effaçant, les enfants peuvent peu à peu mettre ensemble et confronter leurs propres pensées de pairs. Ils ne sont plus alors de simples élèves, mais comme disait Jacques Lévine, l’inventeur de ces ateliers de philosophie, des « personnes du monde », qui veulent comprendre « comment c’est fait ».

 

Alors, on observe une chose étonnante, observée dans ma classe - je m’appuie ici sur les mots de Jacques Lévine : Au départ, il y a des paroles qui émergent et qu’on pourrait de prime abord considérer comme banales. Mais en vérité, il y a derrière ces mots un désir d’inventaire : les enfants cherchent, explorent, et en même temps, ils réfléchissent sur ce qu’ils sont en train de dire, sans s’en rendre compte, et c’est là qu’il y a débat. Ils découvrent qu’un autre peut penser autre chose. On a affaire dans la classe à une succession d’opinions, et l’enfant peut alors s’articuler sur l’opinion des autres pour faire évoluer la sienne. Il y a donc un travail qu’on a appelé la « méditation partagée ». Un atelier de philosophie est donc un moment où un groupe d’enfants creuse, chacun et tous ensemble, à l’intérieur d’un mot, qui contient la vie. Ils interrogent la vie.

 

Jacques Lévine : « Les ateliers de philosophie, c’est une ascension, où chacun se fait la courte échelle ».

 

Ils essaient donc d’accéder individuellement, mais aussi collectivement, aux secrets des savoirs de la vie.

 

Ne serait-ce pas là le rôle principal de l’école, rôle hélas négligé volontairement, car loin de l’utilitarisme ambiant ?"


La vérité

La vérité : un sujet passionnant.. et qui a passionné les élèves.

 

On a eu droit au cours de ces trois séances, que vous pouvez écouter ci-dessous, à des propos d'une réelle profondeur, à des interrogations d'une grande justesse, et parfois aussi à une naïveté bienvenue comme celle-ci : "On ne peut pas bien connaître ce qui s'est passé au Moyen Age, car les caméras de vidéosurveillance ont peut-être été truquées. Donc on ne saura jamais la vérité".

 

Voilà les trois questions :

 

1) Qu'est-ce que la vérité ?

 

 

2) Y'a-t-il des vérités qu'il ne faut pas dire ?

 

 

3) Peut-on connaître la vérité ?

 

Lire à haute voix

Ce matin, à l'occasion de quelques semaines de lecture suivie autour de l'abum "Les Trois chemins" de Lewis Trondheim, album que je vous recommande vraiment pour sa richesse narrative, pour ses personnages, pour sa singularité, et qui plait beaucoup aux enfants, j'ai mené un moment ludique de lecture à haute voix.

 

Chacun devait se choisir un moment de dialogue entre les personnages et préparer seul pendant cinq minutes une lecture à faire ensuite devant le public classe. La prestation serait "notée", leur avais-je dit, selon quatre critères :

1) la fluidité de lecture (5 points)

2) le ton adapté à chaque caractère des personnages qu'on connaissait déjà (5 points)

3) la prise en compte pendant la lecture de l'auditoire que représente la classe ( par des regards, notamment)  (5 points)

4) la puissance de voix, suffisante pour être entendue par tous (5 points)

 

Rien de très extraordinaire dans cette activtité, et pourtant un grand engagement de chacun pour sortir d'une lecture orale scolaire en l'incarnant et la théâtralalisant, et devenir ainsi de vrais passeurs d'histoire.

 

A reconduire donc.