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Un maman et une papa

Le titre de ce billet reflète bien l'esprit de ces premiers échanges philosophiques entre enfants de CP en début d'année, tout juste six ans, découvrant ce moment de parole avec beaucoup de curiosité et pas mal de difficultés aussi, difficultés à expliquer et se faire comprendre.

C'est un véritable défi pour eux (et pour moi) de s'exprimer, de s'écouter, de s'accepter, et en plus d'argumenter et se justifier.

 

Tout ça c'est tout neuf, je parie que ça prendra de l'ampleur et du fond au fil de l'année. Nous le verrons bien.

 

Premiers débats hebdomadaires : "C'est quoi une maman ?", "C'est quoi un papa ?", "C'est quoi la différence entre une maman et un papa ?"

 

 

 

 

Et un petit complément du premier jour de l'année : leurs réponses à la question "Qu'est-ce qu'on va apprendre cette année ?"

 

Lire au CP

Revenu au CP après quelques années de cycle 3, je retrouve le plaisir de ce niveau de classe, mais aussi les questions sous-tendant notamment l'apprentissage de la lecture.

 

Certains principes me semblent intangibles :

- articuler dès le début de l'année l'écrire (dictée à l'adulte dans le cahier d'écrivain, puis peu à peu, écriture plus autonome) et le lire. C'est ce qu'on appelle dans le mouvement Freinet, l'écrilire. 

- mettre les élèves en contact permanent avec la littérature de jeunesse (lecture silencieuse d'albums ; lecture d'histoires par le maître ; visite de bibliothèque ; prêt de livres pour la maison, etc.)

 

En revanche, la façon d'accéder à la lecture me semble plus problématique :

- passer d'abord par une méthode de lecture pour me rassurer et rassurer les parents - et parfois les enfants ? Mais au risque d'être prisonnier de cette méthode, et surtout au risque de ne pas donner de sens à ce qu'est l'acte de lecture dans toutes ses dimensions (communication, plaisir, imaginaire), et oublier le "lire pour de vrai" et pas seulement lire pour faire plaisir au maître.

- passer par les textes de vie des élèves, mais au risque d'instrumentaliser leurs écrits en les travaillant comme dans un manuel. Au risque aussi de tomber toujours sur le même vocabulaire, celui, naturel, mais encore un peu limité, des enfants.

- passer par l'étude des albums de jeunesse, mais au risque, là aussi, d'assécher le plaisir de la simple lecture de ces albums.

 

Alors évidemment, on pourrait essayer de conjuguer ces approches (le manuel, les textes de vie et les albums de jeunesse) - et y ajouter la correspondance entre classes. Mais comment faire avec le temps dont on dispose sur une année ?

 

M'est venue l'idée d'essayer autre chose, un "autrement", que j'appellerai "Le texte du jour", un peu inspiré de Sylvain Connac dans "Apprendre avec les pédagogies coopératives", mais remis à ma sauce .

 

LE TEXTE DU JOUR

 

Il s'agirait à la fin de chaque journée d'élaborer ensemble, une trace écrite de ce qu'a été un moment de la journée, une trace qui pourrait rester dans le réel ou s'aventurer dans l'imaginaire.

 

Comment pourrais-je procéder ?

1) Je demanderais chaque jour à un enfant (donc, ça tournerait chaque jour) de nous indiquer et raconter un moment qui l'a marqué ce jour-là, à partir d'un temps de classe ou plus largement d'école, à partir d'une histoire lue ensemble, à partir d'un fait, même anecdotique, à partir d'un passage lors du "Je fais partager", etc.

2) On construirait ensemble au tableau une phrase (au début d'année) ou un texte court (ensuite), illustrant ce qu'a dit l'enfant.

3) Le lendemain, on travaillerait tous sur cette phrase ou ce texte : reconnaisssance des mots, travail phonologique, jeux d'écriture, jeux d'imaginaire, etc.

 

A la fin de la semaine, ces quatres "textes de vie", accompagnés de textes d'écrivain d'élèves, d'images de classe - par exemple issues du "Je fais partager" - et enfin du récapitulatif de ce qu'on a appris cette semaine seraient mis dans le journal hebdomadaire de la classe, dont voici une première mouture : link

 

Je vais expérimenter cette approche. Vos réactions, partages et idées sont bienvenues.

 

 

Apprendre (pour Jacques Lévine)

Voilà un texte passionnant de Jacques Lévine que j'ai retranscrit en partie (vous pouvez le retrouver en intégralité grâce à ce lien vers le site des "Amis de Freinet" : link) sur ce qu'est apprendre. Il devrait à mon avis être lu et relu régulièrement par chacun de nous.

 

Il est tiré de "Bibliothèque de travail et de recherches. Supplément périodique au n° 4 de L'Educateur" du 10 Novembre 1976 : Pour l'enseignement des sciences : Une pédagogie de la curiosité.

 

Je vous fais partager ce texte avec l'autorisation de la présidente de l'Agsas, qui gère l'ensemble des écrits de Jacques Lévine (cf "Liens amis")

 

Le voilà :

 

"Qu’est-ce qu’apprendre ?

 

Le point de départ doit être nécessairement un acte d’étonnement.

 

Dans le modèle traditionnel, l’adulte propose ce qui a étonné les savants, surtout ceux des siècles précédents, ou à la rigueur, ce qui étonne l’auteur des manuels, sans se soucier de ce qui étonne l’enfant.

 

Dans le modèle des méthodes actives néo-traditionnelles, on essaie de susciter l’étonnement de l’enfant, mais en imaginant trop souvent à la place de l’enfant ce qui peut l’intéresser.

 

Dans le modèle de la classe permissive, on attend que l’étonnement de l’enfant surgisse.

 

Dans la perspective de Freinet, le moteur de l’étonnement c’est que le maître vit l’enfant comme porteur de multiples « Je ne comprends pas bien ça » et comme capable de les repérer en lui. Il organise des conditions scolaires qui permettent de systématiser dans un sens constructif cet état d’esprit.

 

Le sens profond de toute acquisition est d’être une appropriation, un vol à la limite d’un secret de fonctionnement, de production, de procréation, d’engendrement des phénomènes. L’histoire raconte comment se sont engendrés les faits, la géographie montre pourquoi c’est différent d’un endroit à un autre, une rédaction c’est retrouver ce qui compose, différencie, spécifie les structures, de telle sorte qu’on peut y circuler pour réfléchir.

 

Lorsqu’on oublie que la connaissance a toujours rapport avec des secrets sur la composition et le mode de fonctionnement des choses et des personnes, elle devient fade. Lorsqu’un maître lui restitue cette dimension, il se crée un lien très riche avec l’enfant qui est de l’ordre du parent initiateur, raconteur de secrets qui donne de la puissance, associant l’enfant à ces luttes constructives pour dominer la nature. Toute acquisition est une activité de caractère narcissique, l’enfant apprend pour se faire reconnaître par les autres et par lui-même avec la valeur que lui confère la connaissance.

 

Toute acquisition implique le passage d’un territoire à un autre. La possession de la connaissance Y implique que l’enfant sorte de son monde intérieur X et qu’ayant procédé au travail de ramassage de la connaissance Y, il la ramène dans son camp X. Il faut donc que l’enfant désire sortir de X et que le territoire Y ait de l’intérêt pour lui. Ici, on ne transplante pas artificiellement l’enfant de X en Y, dans la mesure où on lui demande faire part de la façon spontanée dont il pense à Y quand il est en X. Mais chaque enfant a ses résistances particulières à grandir, c'est-à-dire à sortir de X.

 

Toute acquisition implique un dialogue intérieur imaginaire de type conflictuel, dialogue avec une force stimulante, le regard de la mère, que tout enfant porte dans sa tête pour le stimuler à s’approprier le monde extérieur, mais qui peut constituer un obstacle au désir d’appropriation si l’enfant est en opposition avec elle.

 

Dialogue avec une instance de jugement, une force surmoïque qui juge l’enfant en train d’apprendre. Il est clair que l’image que l’enfant se forme de lui-même peut par exemple le paralyser au cours de son travail d’acquisition ou au contraire lui donner confiance. Il faut donc un climat scolaire qui soit celui d’une pédagogie de la réussite et non la mise en question permanente du moi.