Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Penser à l'école ?

C’est un drôle de verbe, si on réfléchit bien, le verbe Penser. Est-ce que vous voyez un enseignant qui va employer ce verbe pour ses élèves.

« On va penser ! »

« Essayez de penser ! »

Travailler, Apprendre, Se concentrer, parfois même Réfléchir. Penser, non…

Comme si ce mot, cette idée, n’avait pas sa place à l’école, je dirai même, ne pouvait avoir sa place.

 

Pourquoi ?

Ce concept serait-il dangereux pour l’enseignant ? Est-ce que quelque chose lui échapperait, si la classe et ses composants, les enfants, se mettaient à penser ? Penser serait-il incompatible avec l’objectif d’apprendre ? Doit-on même considérer que si on favorisait la pensée dans la classe, cela impliquerait de donner plus de temps à l’émergence des savoirs, mais ça entrerait alors en contradiction avec les valeurs de la société, fondées sur la vitesse, voire l’urgence.

Et s’il y avait de plus, dans l’acte de penser, une boîte noire qui échappe à l’emprise de l’enseignant et qui lui pose vraiment problème, boîte faite de l’intériorité de l’enfant, ses émotions, ses désirs, ses préoccupations. Or, rien de plus angoissant pour le MAITRE de ne pas être maître de tout un pan de l’élève face à lui.


Alors, que fait-il bien trop souvent ?

1) Soit il évacue cette intériorité et l’enfant ne reste qu’un élève, à faire avancer compétence par compétence, un élève découpé en morceaux de savoir-faire, et qui le plus souvent devient objet d’évaluation. Il ne pense pas, il travaille. Et s’il pense un peu, cette pensée doit pouvoir être mise dans une catégorie évaluable et ne pas prendre trop de temps sur les acquisitions.

2) Soit il reconnait cet espace de pensée et d’intériorité mais cherche à percer cette boite noire de façon très intrusive et non respectueuse de l’enfant avec des idées toutes faites comme « Cet enfant, t’as vu la famille ! » ou « Le père est absent, donc c’est pour ça que… » De la psychologie de bazar. L’enseignant cherche à contrôler ce qui sort de l’enfant.


Pourtant, il faut réhabiliter la pensée à l’école, car laisser les enfants penser à l’école, c’est laisser un espace non contrôlable, un espace dans lequel chacun peut se glisser à sa manière. Où l’indicible peut exister.

Cet espace de pensée, dans la mesure où il est cadré pour assurer la sécurité de chacun avec des règles explicites, est précieux dans une classe. Il permettra de donner place à l’intériorité singulière de chacun, incluant blessures et blocages, pour qu’elle se transforme en réalisation et création.


Il faut donc prévoir dans un emploi de temps des moments pour cela.

Dans le mien, on trouve des moments rituels permettant l’expression de soi :

-       Le « Quoi de neuf » pour faire partager un événement, une émotion ou tout simplement montrer un objet ou une création à soi.

-       Le Travail personnel pour mettre en place son Projet, celui qui résonne en soi, celui qui nous parle, l’écriture d’un texte libre, la préparation d’un exposé, une création.

-       La réflexion sur l’actualité pour découvrir le monde et sa complexité.

-       Et bien sûr les ateliers de philosophie, de psychologie et d’interrogation collective, où les enfants s’interrogent ensemble sur les grands thèmes de la condition humaine. Souvent, des élèves se posent des questions sur la vie, la mort, Dieu, la différence, la famille, questions qui trouvent un espace d’échange et de calme.

-       Mais aussi et surtout, dans toutes les activités de classe, même traditionnelles (français et maths), dans lesquelles le questionnement, la création, le partage et la recherche ont toute leur place. De façon à ce que chacun s’approprie son apprentissage.


A nous tous de nous battre pour défendre une école, où la pensée pourrait tenir sa place, sa vraie pleine place ?

Combat vital. Combat politique. Combat éducatif. Combat humain.

Les monstres existent-ils ?

On poursuit notre réflexion sur les monstres, avec cette fois la question de leur existence.

 

Où l'on voit que la question de la différence entre le monstre et l'animal est à creuser.

 

Où l'on découvre aussi que pour certains enfants, en 1998, il y a donc très très très très longtemps, les monstres existaient, mais plus maintenant.

 

C'est quoi un monstre ?

Voilà un sujet plus léger, si l'on peut dire, pour faire contre-poids au Père Noël, grand sujet de préoccupation..

 

Vous remarquerez que les avis entre les enfants divergent bien, aussi bien sur l'existence des monstres, sur leur apparence que sur leur dangerosité. Nous allons creuser ça lors des ateliers à venir !

 

 

Recherches maths au CP : encore et encore !

Après ce beau moment d'exploration mathématique dans la classe où chaque duo s'était lancé un défi, moment que je vous décrivais il y a quelque temps ( Mener des recherches mathématiques au CP ), voilà le moment du prolongement de ces recherches.

 

J'ai décidé qu'on allait s'emparer, pendant une séance hebdomadaire, d'un défi qui avait été proposé par certains, et qu'on y travaillerait collectivement pour développer des façons de faire et de réfléchir.

 

Première semaine : Quatre enfants avaient proposé de mesurer les fenêtres de la classe.

"Et si on essayait de mesurer les dimensions de de vos tables ?" ai-je proposé. Comment allons-nous faire ?

Chacun s'est lancé avec sa stratégie, avec la règle utilisée comme unité de mesure, et pour certains l'utilisation des centimètres. Ensuite, partage des idées.

 

Deuxième semaine : Deux enfants s'étaient mis à dessiner les drapeaux.

J'ai proposé que chacun trace les drapeaux qu'il souhaîte, mais avec une exigence précise : qu'ils soient tous tracés à la règle et qu'ils aient tous la même forme et taille. Une belle atmosphère s'est déployée dans le groupe, avec des résultats fort intéressants sur leur feuille quadrillée.

 

Sans-titre-Numerisation-01.jpg

 

Troisième semaine :  Et si, comme deux enfants qui s'étaient mis à compter ce qu'il y avait dans la classe, on essayait de compter ce qu'il y avait dans l'école ?

Alors, des équipes de deux ont arpenté les couloirs, escaliers et salles, comptant à qui mieux mieux. Là encore, on sentait un vrai plaisir de comptage, une vraie jubilation loin des exercices du fichier de maths.

 

Quatrième semaine : Un sacré défi que je leur proposais, suite encore à une recherche initiée par deux élèves : dessiner une des fenêtres de la classe, formée de six triangles, donc un hexagone. Je pensais que ce serait trop difficile, et je me suis trompé. Pour des CP, ce fut une vraie réussite, variable bien sûr selon l'aisance de chacun, mais tout de même bien réjouissante.

 

Sans-titre-Numerisation-02.jpg

 

Ce qui me frappe pour l'instant de cette expérience des recherches mathématiques que j'explore, c'est cette vie que l'on peut observer dans la classe à ce moment-là, lorsque chacun se lance et réalise ces activités issues de leurs propres idées ou de celles de leurs camarades. J'ai constaté qu'ils pouvaient mener un cheminement et aboutir à des productions qui dépassent celles attendues dans un manuel de maths de CP, par une classe ordinaire de CP.

 

J'ai aussi découvert certains élèves grâce à ce moment de liberté et de créativité mathématique.

 

A poursuivre, donc !