Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Serge Boimare

Aujourd'hui, c'est le partage d'une parole que je souhaite vous proposer, celle de Serge Boimare, ancien directeur pédagogique du centre Claude Bernard à Paris, qui, comme celle de Jacques Lévine, mériterait d'être davantage écoutée dans l'Education nationale.

 

Vous le connaissez sans doute pour avoir lu ou entendu parler de ses travaux sur l'empêchement à penser, et de ses trois ouvrages traitant cette problématique, soit du point de vue de l'élève (peur d'apprendre), soit du point de vue de l'enseignant (peur d'enseigner). Je vous conseille vivement de lire par exemple "Ces enfants empêchés de penser".

 

Cet article du Café pédagogique vous donnera une idée par écrit de sa façon d'aider ces enfants empêchés, notamment par le biais de la culture.

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lenseignant/primaire/elementaire/Pages/2008/98_elem_boimare.aspx

 

J'ai eu la chance de l'entendre lors d'une conférence organisée par le Gfen, le 7 janvier dernier, et même de le rencontrer ensuite pour discuter, entre autres, de ce "cousinage" entre son travail et le projet des empêchements clownesques dont je parle fréquemment dans ce blog.

 

Il m'a donné son accord pour le partage de sa conférence. Le son n'est pas excellent, mais c'est bien écoutable.

1) La conférence

2) Quelques réponses aux questions de la salle :

- Sur l'Institution

- Sur le travail en équipe

- Sur les traces écrites

- Sur la "société de l'immédiateté"

Questionnons les savoirs !

Cher ami lecteur, si on faisait une petite pause et on prenait le temps d'un peu réfléchir à ce qui se produit dans la plupart de nos classes :

on fait (comme dans "Ça y est, j'ai fait l'imparfait !"),

on produit (pour prouver aux parents qu'on travaille),

on avance (et si on n'avance pas, c'est qu'on recule ?),

on progresse (comme dans les fameuses "progressions"),

on programme ("programmations"),

STOOOP !

A quoi ça sert tout ça ? Où allons-nous ? C'est pour quoi ? C'est pour qui ? Me revient alors cette phrase de Jacques Lévine, psychologue et psychanalyste, l'homme, avec Célestin Freinet, qui m'a le plus influencé dans ma pratique et surtout dans ma réflexion : "Il ne devrait y avoir qu'une seule discipline à l'école : la conquête des secrets de la vie".

Faire de notre classe un lieu de conquête de secrets, donc mettre au premier plan le POURQUOI plutôt que le comment. Ça semble être du bon sens et pourtant, est-ce que c'est ce qu'on pratique en classe, le questionnement ?

Des exemples :

On va se lancer dans des activités de mesure, mesure d'objets de la classe, mesure de la cour, mais est-ce qu'on va se poser la question : "Pourquoi avons-nous besoin de mesurer dans la vie ?" Ne serait-ce pas un préalable ?

On va apprendre les conjugaisons des verbes, mais aura-t-on pris le temps de s'interroger concrètement sur tous les moments où on va faire se rencontrer un sujet et un verbe ? Et bien sûr : cette mécanique de conjugaison sera-t-elle au service de l'écriture ?

J'essaie de toujours poser le questionnement au centre de ma classe, quel qu'en soit le niveau (car les enfants ne sont jamais trop jeunes pour s'interroger).

Passons aux modalités :

1) Toutes les semaines, nous menons un moment de réflexion collective (ateliers philo) pour nous interroger sur ce qu'on pourrait appeler la condition humaine : http://pedagost.over-blog.com/article-ils-pensent-donc-ils-sont-103389304.html

2) Toutes les semaines, nous avons un moment intitulé "Nos questions" en deux temps :

- le jeudi , je propose aux élèves (CP/CE1) de formuler les questions qu'ils se posent, questions auxquelles on essaiera d'apporter une réponse par une recherche. J'écris au tableau 6 questions proposées et on procède à un vote pour retenir la question de la semaine. Jusqu'à présent : "Comment se forme un arc-en-ciel ?" ; "Pourquoi on ne parle pas tous la même langue ?" ; "Comment on fabrique un parfum ?" ; "C'est comment un volcan ?" ; "Qu'est-ce qu'il y a après l'infini ?" ; "Comment la Terre a-t-elle été créée ?" ; "Pourquoi donne-t-on des noms aux choses ?" ; "Pourquoi les arbres nous aident-ils à respirer ?" ; "C'est qui le premier homme ?" ; "Comment arrive l'électricité ?" ; "Pourquoi les animaux ne parlent pas comme nous ?" ; "Pourquoi il y a-t-il de la neige en hiver ?" ; "Pourquoi il y a-t-il de la poussière ?"

- le lundi suivant, après une recherche documentaire en classe, et éventuellement à la maison avec les parents, nous passons dix minutes à donner une réponse accessible à ces questions compliquées.

3) Toutes les semaines, nous faisons des défis mathématiques, du style de ceux que je proposais là : http://pedagost.over-blog.com/article-des-defis-mathematiques-en-cp-ce1-111201118.html

4) On peut ajouter à ces temps ritualisés le toilettage de textes (plutôt en cycle 3), la découverte de texte à la façon du détective (texte-initiale) où l'on est aussi en recherche sur la langue, et bien d'autres actions encore à développer cherchant à révéler les savoirs dans leur mystère et donc leur richesse, savoirs qu'on va conquérir. (Le toilettage de textes : http://pedagost.over-blog.com/article-29108171.html. Le texte-initiales : http://pedagost.over-blog.com/article-le-texte-initiales-41901613.html)

Je vais d'ailleurs essayer de réfléchir à comment on pourrait concrètement mettre du questionnement dans chacune des notions qu'on aborde en classe. Trouver, comme dit une nouvelle fois Jacques Lévine, le "comment c'est fait" des choses. Et donner ainsi du sens à l'acte d'apprendre... et à celui d'enseigner.

Le loup n'aime pas Noël (sous forme de "Petit Livre")

J'ai découvert début décembre une collection d'albums très en vogue actuellement, "Le loup qui..." d'Oriane Lallemand, déclinés dans de nombreux sites pédagogiques sous forme de rallye lecture, de lecture suivie, etc. Je remercie d'ailleurs tous ces collègues qui font un formidable travail de création d'outils.

 

Toutefois, je reste un peu réticent sur l'usage forcené de ces albums, quand ils sont prétextes à questionnaires de compréhension plus qu'à un vrai plaisir de lecture.

Comme je ne parvenais pas à trouver sur le net un tapuscrit pour "Le loup qui n'aimait pas Noël", adapté à mes CE1, je me suis mis à cogiter...

Et comme souvent, lorsqu'on se trouve face à de l'AQP (Autrement Que Prévu, expression chère à Jaques Lévine), une meilleure idée arrive : "Et si on créait nous-mêmes notre livre sur le loup qui n'aime pas Noël".

Aussitôt pensé, aussitôt lancé.

 

1ère séance : Recherche en duos d'une raison qui fait que le loup n'aime pas Noël, PUIS vote par la classe de l'idée retenue : Le loup n'aime pas Noël, car quand il neige, il est tout mouillé et il ne le supporte pas.

 

2ème séance : Recherche toujours en duos de l'idée que va avoir le loup pour résoudre ce problème, PUIS vote de la classe : Il va aller à la piscine pour s'habituer à l'eau.

 

Séances suivantes : L'histoire avance avec les propositions écrites de chaque CE1, votées par les CP. Les textes choisis donnent lieu à des exercices sur la langue (compréhension, grammaire), mais aussi et surtout à des inventions de suite d'histoire. Avec les CP, je procède à un moment de découverte du nouveau texte au tableau, pendant que les CE1 font leur activité en autonomie, notamment pour faire avancer l'histoire du loup.

Voilà les fiches d'activités produites :

http://www.calameo.com/read/000021025806405042fdb

http://www.calameo.com/read/0000210258ab879620868

http://www.calameo.com/read/000021025a13a1c50df56

http://www.calameo.com/read/0000210250159d8645156

http://www.calameo.com/read/000021025f5dc82610fd7

http://www.calameo.com/read/000021025dc9dad984b02

http://www.calameo.com/read/00002102590662cc20c26

http://www.calameo.com/read/00002102576d1f914f8f3

http://www.calameo.com/read/0000210259f21a2245765

http://www.calameo.com/read/0000210252618d73e1a31

 

Finalisation : L'histoire est achevée. Ne reste plus qu'à créer nos "petits livres", tels qu'ils ont été inventés par les éditions Célestine (http://pedagost.over-blog.com/article-31198391.html). Chaque enfant a pu recevoir plusieurs "petits livres", à illustrer soi-même, un beau cadeau de Noël à offrir aux parents.

 

En parallèle, j'ai lu à la classe des livres d'Oriane Lallemand.

Le loup n'aime pas Noël (sous forme de "Petit Livre")