Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Du temps, du temps et encore du temps

Depuis le lancement de ce blog, vous avez sans doute remarqué l'importance du temps qu'il faut laisser aux élèves, un temps qu'ils puissent investir à leur guise, pour que des moments forts d'apprentissage puissent arriver. En effet, il y a un tel remplissage des temps d'apprentissage pour :

- faire le programme

- contrôler les élèves

- justifier son salaire

que nous loupons de belles occasions de découvrir nos élèves autrement, comme des enfants porteurs d'envies.

Nous l'avons déjà relaté, par exemple dans ces articles :

http://pedagost.over-blog.com/search/temps/

 

Ce/ces temps à institutionnaliser ne sont pas ceux accordés aux enfants qui ont fini leur travail, donc toujours les mêmes, pas non plus ceux que le maître attribuerait selon son bon vouloir, parce que c'est la fin de l'année ou parce qu'il est fatigué, mais bel et bien de temps inscrits dans l'emploi des temps de la classe.

Pour illustrer ce propos, j'ai choisi de saisir - en photos - des instants où nous voyons des enfants engagés dans un projet qu'ils ont vraiment choisi, soit pendant le "temps de l'accueil" , soit pendant le "temps des projets", même si parfois le projet choisi par l'élève a été le prolongement d'une activité que j'avais proposée au préalable.

 

Plaisir VECU 528 : Du temps, du temps et encore du temps

Ici, S. et A. font des échanges de pièces et billets en euros, suite à une activité faite collectivement dans le fichier de mathématiques.

 

Plaisir VECU 528 : Du temps, du temps et encore du temps

Là, S. mène sa création au "temps libre et calme", création qu'elle nous présentera au "Je fais partager".

 

Plaisir VECU 528 : Du temps, du temps et encore du temps

 S. et E. préparent l'emploi des temps de la journée avec quelques indications de ma part.

 

Plaisir VECU 528 : Du temps, du temps et encore du temps

 A. et I. lisent tranquillement dans la bibliothèque.

 

Plaisir VECU 528 : Du temps, du temps et encore du temps

 A. lit un livre sur le football qu'elle présentera au temps de "Nos questions" : http://pedagost.over-blog.com/2014/05/nos-questions.html

 

Plaisir VECU 528 : Du temps, du temps et encore du temps

 F. fait une création-pliage pendant le "temps libre et calme" de l'accueil.

 

Plaisir VECU 528 : Du temps, du temps et encore du temps

 Ici, A. et S. réalisent une création avec des calques.

 

Plaisir VECU 528 : Du temps, du temps et encore du temps

Enfin, S. écrit son texte libre.

Un Manifeste

J'ai pu visiter la classe d'un autre enseignant de CM1/CM2 dans une autre école, pour à la fois prendre un peu de distance par rapport à ma propre pratique et me ressourcer, grâce à l’observation d'une autre façon de faire.

 

Cette double visite a apporté beaucoup à chacun, et ceci à quatre niveaux :

 

1 – Ce fut bien sûr l’occasion de découvrir une démarche différente de la sienne, ou alors proche, mais que, par habitude, peur ou routine, on laisse de côté.

Par exemple, lorsque j’ai pu découvrir chez N un moment de lecture-plaisir que j’ai aussitôt repris et adapté à mon niveau de classe et à ma personnalité.

Et quand N m'a dit avoir été subjugué, lors du moment de réflexion collective, par la capacité de réflexion et la qualité des échanges entre les enfants de ma classe et il a pu ainsi se rendre compte que la tenue d’ateliers philosophiques avec les « grands » était tout à fait à sa portée et pouvait être très enrichissante pour tous.

 

2 - Cette visite permet à l’observé, grâce au regard "gratuit" et bienveillant de l’observateur - donc très loin de ce que peut être celui d’un inspecteur, qui par définition est celui qui inspecte, de saisir en toute tranquillité ce qui pourrait être modifié, réorienté, mais aussi gardé dans sa pratique de classe.

 

3 - Cette visite réciproque a permis à chacun de nous de chercher pour trouver les mots les plus justes possible pour décrire nos choix pédagogiques, dans le désir que nous avions de les expliciter et nous faire comprendre. Ce fut un bon exercice pour éprouver la justesse ou non de certaines de nos options de classe.

 

4 – Enfin, la découverte en observateur d’un temps de classe extérieur, avec ses moments-champagne mais aussi ses moments-galère, a permis de dédramatiser nos propres errements : « Je ne suis pas le seul à parfois passer à côté de l’objectif. Ouf ! »

 

Ce quadruple apport est vraiment ce qui manque cruellement dans notre métier d’enseignant.

 

Fort de ce constat, voilà notre manifeste :

 

Il y a une vraie richesse dans ce que font la plupart des enseignants, dans leurs classes et dans leurs écoles, qui ne trouve malheureusement jamais l’occasion d’être partagée.

 

Si on remplaçait une bonne part des animations pédagogiques, le plus souvent déconnectées de nos besoins, par :

 

- des échanges de pratiques entre écoles : Les enseignants d’une école font partager à une ou d'autres école(s) un projet qu'ils ont porté sur l'année et transférable à d'autres équipes - et réciproquement - et puis, on s'en empare... ou pas

 

- des visites entre enseignants, comme celle que nous venons d'exposer (c'est ce que nous faisons aussi lors de nos réunions mensuelles Freinet du mercredi après-midi, où il y a un temps où le collègue de la classe accueillante nous fait découvrir sa classe),

 

l’école deviendrait alors ce qu’elle devrait être : un espace bouillonnant de recherches, d’expérimentations, et parfois de jubilation. En retrouvant un certain "bon sens", loin des dispositifs-usines à gaz habituels (comme le Magistère), qui passent à côté de ce qu'il nous faudrait pour avancer.

 

Il faudrait pour cela :

 

1) que des temps nous soient accordés pour faire ces visites (de nombreux directeurs autour de nous sont prêts à prendre nos classes sur ces temps-là)

 

2) que cela puisse se faire entre enseignants volontaires et sans une volonté de contrôle de la part de l’institution : pas de rapports de visite, pas de supervision hiérarchique, pas de validation du choix de l'enseignant visité

 

3) que l'institution accorde sa confiance aux enseignants dans leur capacité à regarder et à saisir, sans qu'elle nous indique ce qu'il faut voir et ce qu'il faut penser de ce qu'on voit

 

Il s’agit donc là d’un appel pour une remise en question des principes qui guident la si justement décriée formation continue des enseignants. Que l'on sorte de ces modes de formation le plus souvent magistraux, pour en découvrir d'autres, sous la forme de partage entre enseignants et entre équipes, pour redonner une vraie part à l'envie et l'en-vie.

 

Un appel à relayer !