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Un Ami

A l'ère de Facebook et autres réseaux sociaux, qui décident des terminologies à notre place, mais avec, hélas, notre consentement, il n'est pas inutile de revenir à la notion d'Ami.

Mes élèves de CE1 sont là pour cela :

 

1) C'est quoi un ami ?

 

 

2) Comment se fait-on des amis ?

 

 

Incarner les savoirs

Cela ferait tant d'années que sans cesse, nous aborderions les mêmes notions rabâchées de verbe, de multiplication, de plan, d'histoire, de calendrier, de polygones, d'adjectifs, de passé-composé... et il n'en resterait chez certains élèves, au mieux qu'un vague souvenir, et même pour ceux en réussite, qu'une espèce de lassitude et de non appétence caractérisée.

Nous nous demanderions alors comment expliquer cette fuite si rapide des apprentissages. Pourquoi ces savoirs fondamentaux s'obstineraient-ils à ne pas rester en nous, à ne pas s'accrocher, à ne pas y laisser leur empreinte ? Manqueraient-ils de vivant ? Alors, nous aurions décidé de faire exister ces savoirs dans la classe, sous forme de personnages, que les élèves incarneraient.

 

Nous sommes en début d'année. Une boîte à personnages est positionnée et accessible dans la classe en permanence. Chaque élève, et l'enseignant, peuvent y insérer une notion. Chaque quinzaine, lors d'un temps commun inscrit dans l'emploi du temps, on en choisit une à incarner pour la quinzaine suivante.

De nombreuses possibilités s'offrent à nous, et pas simplement en se focalisant sur le champ disciplinaire. Ainsi, on pourra par exemple, se mettre dans la peau :

- d’un concept (verbe, nombre, fleuve, …),

- d'un personnage historique,

- d’un objet historique (armure, lieu, …),

- d'un lieu sur Terre (pays, continent, paysage, ...)

- d’une discipline de l’école (géographie, histoire, mathématiques, etc.),

- de mots utilisés à l’école (ex : devoirs, leçons, notes, sanctions, consignes, travail, élève…),

- des intervenants de l’école (enseignants, directeur, animateurs, agents de service, gardien),

- des temps et des lieux de l’école (cantine, accueil, évaluation, matières, récréation, sorties, fête d’école….),

- des objets de la classe, pour découvrir leur utilité, leur fonction et le respect qu’on leur doit,

- d’acteurs sociaux (boulanger, archéologue, astronaute, scientifique…),

- d’un personnage qu’on n’est pas (pour lutter contre les clichés, les enfermements, les discriminations),

Les élèves s'organisent en équipes pour préparer une mise en corps de ce savoir. Ce personnage-savoir, il faut lui découvrir une histoire, une famille, un caractère, des émotions, des désirs, des aventures passées et à venir. Différents modes d'expression peuvent être envisagés et sont librement choisis par les groupes. En voici quelques uns :

- Jeux de rôle
- Théâtre
- Écriture
- Danse
- Duels
- Jeux de plateau
- Rencontres sportives
- Rencontres de personnages

Deux semaines après la sélection de ce savoir, chaque équipe, présente à la classe son personnage enfin incarné, et qui restera, sans doute, plus présent en chacun de nos élèves.

 

Voici un exemple concret de cette incarnation des savoirs dans le domaine mathématique, dans des modalités un peu différentes, avec une classe de CE1 :

 

D’abord, de l’improvisation sur un personnage choisi. En première volontaire, P. Elle a choisi la droite. Là voilà qui arrive devant la classe, les bras écartés, ayant du mal à se déplacer : "Comme c'est dur ! Je n'arrête pas de grandir, et comme je m'étends tout le temps, je me cogne sans arrêt ! Quand est-ce que ça va s'arrêter ? Il paraît que jamais ! En plus, ce qui est bizarre, c'est que plus je grandis, plus tous les autres me semblent petits." Je lui demande de trouver une "sortie de droite", ce qu'elle fait sans perdre son émotion et sa démarche.

Ensuite, M. et A., qui jouent le nombre 10. L'un est le 1, l'autre le 0. Tous deux se mettent à se chamailler car le 1 est prétentieux, prétendant porter le nombre, le second s'énerve contre le 1, mal à l'aise qu'il est d'être un zéro.

Arrivent E. et L. qui font le +. Elles sont toutes fières d'annoncer qu'elles additionnent tous les nombres existant sur terre et qu'elles sont prêtes à accueillir tous les nombres qui veulent se faire additionner.

Et voilà la suite :

Tout d'abord, je leur ai demandé de créer la fiche d'identité du personnage : sa famille, ses passions et détestations, ses envies.

A partir de cette fiche, ils ont essayé de se mettre en scène corporellement et avec les émotions propres à chacune des notions. Ainsi par exemple, le Plus (+) nous a raconté son plaisir d'additionner à tout-va, nous a fait partager sa rivalité avec le Moins (-) et nous a confié la découverte heureuse d'une sorte de cousin germain qu'est le Fois (x).

Petit à petit, nous nous sommes rendu compte, par le jeu, des liens entre les personnages : entre le Plus et le Moins, entre le Carré, le Rectangle, le Losange et le Cercle, entre la Droite, la Règle et l'Equerre.

Alors, pour donner plus d'enjeux aux scènes théâtrales, j'ai choisi de réunir les personnages pour finalement aboutir à quatre scènes principales :

- une scène géométrique, dans laquelle le Carré et le Rectangle, plutôt amis, se mettent à dénigrer le Losange dépourvu d'angles droits, mais à adopter le Cercle, très étrange pour eux car sans côtés.

- une scène avec les opérations, dans laquelle le Plus et le Moins s'exercent à additionner et soustraire les nombres 1 et 7 (eux aussi des personnages) dans une certaine rivalité.

- une scène avec le 10, le 100 et le 1 000 pendant laquelle chacun cherche à voler les zéros des autres jusqu'au moment où le 1 000 000 viendra leur imposer sa puissance à six zéros.

- une scène de mesures où la Règle et l'Equerre cherchent en vain à mesurer la Droite qui s'avère bien trop longue, et même infinie.

Les scènes prêtes, elles sont présentées aux autres classes de l'école. Une toute nouvelle façon de découvrir et de s'approprier les notions mathématiques pour chacun des élèves.

 

En montrant que ces savoirs peuvent se vivre avec le corps, le mouvement, les émotions, l’incarnation permettra de les faire descendre de leur pure abstraction et surtout de les « enjouer ». Ils peuvent être alors support de joie et de jubilation. Ce serait comme une porte d’entrée, parmi d’autres, à la richesse de la notion.

Le Jeu de l'oie des Multiplications

J'ai souvent eu l'occasion de vous faire part de ce qui est pour moi l'essentiel dans une classe : Qu'il y ait une circulation naturelle et vivante entre les temps d'apprentissage : Trafic fluide

 

Pour ce faire, il me semble que les temps d'expression, de projets personnels et de partage doivent s'articuler de la manière la plus fluide possible, de façon à ce que les élèves puissent se sentir "vivants".

 

J'ai pu à nouveau expérimenter cette circulation naturelle tout récemment.

 

Ça a démarré par ce nouveau temps, "Eurêka", qui est devenu un incontournable de ma classe (Eurêka)

 

A cette occasion, de nombreux enfants ont pu faire partager leurs plaisirs d'apprentissage. En particulier A., qui a parlé de cette nouvelle opération mathématique, la multiplication, qu'elle venait de découvrir apparemment avec plaisir.

 

A l'issue de sa prise de parole, nous avons procédé comme d'habitude : nous avons demandé s'ils souhaitaient mener des projets prolongeant ce partage. A. a aussitôt proposé de créer un "Jeu de l'oie des multiplications" et C. s'est associée à son idée. Je l'ai noté sur notre tableau de "projets Eurêka".

 

Petite précision : Depuis quelques jours, pendant le temps de l'Accueil, A. jouait beaucoup au jeu de l'oie qui se trouve dans le bouquin que j'ai écrit - et que vous conseille...😉 - "Verbes, Sujets et compagnie".

 

Puis la semaine se poursuit, avec notamment ces temps de "Projets personnels" qui permettent à chacun de mener le sien.

 

Quelques jours plus tard, est prévu dans l'Emploi des temps un moment de Présentation. Et c'est là que A. et C. présentent leur jeu de l'oie. Elles l'ont tracé, elles ont inventé des règles dans l'esprit d'un vrai jeu de l'oie et ont fabriqué deux dés en papier pour mettre en jeu la multiplication. Je le découvre avec les autres élèves, car elles l'ont réalisé sans mon aide.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis, les élèves jouent volontiers à leur jeu !

 

Bien sûr, ce n'est pas spectaculaire, leur création pourrait être améliorée et le sera probablement, mais l'essentiel est ailleurs : grâce à ces temps ritualisés de la classe, les élèves ont la possibilité de se saisir de tout ce qu'ils ressentent pour se lancer dans des projets qui leur viennent en tête et qu'ils vont pouvoir rapidement présenter. Il en est de même lorsqu'ils écrivent des textes libres qui seront dans le journal, ou lorsqu'ils préparent des lectures à haute voix qu'ils pourront présenter à d'autres classes. J'insiste sur la ritualisation de ces temps, car souvent, dans les classes, il y a des projets, des envies, des propositions, mais pas les temps prévus pour les réaliser...

 

J'en parle ici :

Du temps !

Et là :

Toujours du temps

 

PS : Et pour finir, je vous conseille vivement la lecture de ce formidable ouvrage "Eloge de l'éducation lente" de Juan Domenech Francesch (Article dans les Cahiers pédagogiques)