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Les Départements

J’me lève, j’me lève pas, à quoi bon, est-ce que je sers encore à quelque chose ? Cette question, je ne cesse de me la poser depuis ce qui nous est arrivé à nous, les Départements.

 

Jusqu’il y a quelques années, nous avions l’habitude tôt le matin, au chant du coq, de nous lever tous et de faire l’appel : l’Ain ? présent ! l’Aisne ? présente ! l’Allier ? j’suis là !... jusqu’au 95ème d’entre nous On faisait même parfois l’appel des lointains Départements d’Outre-mer ! Et puis après, nous nous rangions sur la carte de France, certains très serrés en Ile de France, d’autres plus à l’aise, et sans jamais nous tromper d’emplacements.

 

J’adorais le moment où l’enseignant ou un élève me touchait avec son doigt et disait mon nom, et même parfois, citait mes spécialités bien aimées ! 

 

Mais un jour, le département de Haute-Savoie, le 74, le plus haut d’entre nous, avec son Mont-Blanc de 4807 mètres, nous a alertés. Il avait vu des hommes munis de tenailles énormes qui parlaient de supprimer les frontières entre nous. Nous étions, disaient-il, dépassés, car trop petits. Pas adaptés au monde d’aujourd’hui. Nous allions être remplacés par les Régions. C’est quoi cette histoire ? Le Cantal a crié : « Et mon fromage ? ». Le Finistère : « Et mes falaises ? ».  Et chacun de nous d’énoncer ce dont nous étions fier. 

 

Ils ont organisé des réunions et ils ont décidé, sans même nous le demander, de nous regrouper pour voir plus grand. Mais de ma préfecture, moi, je vois très bien ! 

 

Mais ça a été décidé. Nous avons été rangés avec notre carte bien aimée dans une réserve, en compagnie du magnétophone, du projecteur de diapositives et des porte-plumes. Peut-être qu’eux seront heureux de connaître nos spécialités…

La Date

Que c’est agréable de dominer la classe, de tout en haut du tableau, en compagnie de mon amie, l’Horloge ! 

 

Toutes deux, nous nous entendons comme « larronnes en foire ». Elle, toujours en mouvement grâce à ses heures nonchalantes, ses minutes tranquilles et ses secondes hyperactives, met de la vie dans notre couple, et moi, la Date, en compagnie de mes jours, mes mois et mes années, je lui rappelle qu’il faut savoir aussi se poser. Nous nous complétons à merveille ! 

 

Chaque jour, la maîtresse - ou alors un élève - me met à jour, puis nous présente à la classe : « Aujourd’hui, nous sommes – il me regarde – le …….. », et moi, je gonfle mon numéro, je sussurre mon jour, pour qu’elle ne se trompe pas. 

 

Et puis, une fois mon nom énoncé, ils me laissent tranquille, et là, j’en profite pour rejoindre mes copains jours, et notamment le samedi et dimanche pour les consoler de ne jamais pouvoir s’afficher au tableau, faute d’école, mais que c’est difficile… Eux, ils vivent plutôt dans les maisons, en week-ends, mais jamais ou presque, on ne les déclare. 
Et c’est pareil pour juillet et août ! 

 

Comme j’aimerais une école qui vivrait toute l’année, sans discrimination des jours et mois, où tout le monde aurait donc sa place. 

 

Ce serait aussi l’occasion de célébrer les anniversaires des enfants nés pendant l’été, qui font souvent grise mine, et je les comprends.

 

On prend date pour changer tout cela ?

Le Compas

Venez venez, messieurs-dames ! Venez admirer le Compas !! Qu’est plus précis que la règle ! Plus fin que le crayon ! Plus dangereux que les ciseaux ! Et qui en plus, cadeau suprême, vous trace les plus belles rosaces ! 

 

Attention, messieurs-dames, il faut me mériter ! Ne pas perdre mes petites vis, ne pas faire tomber ma mine, ne pas être vu en train de piquer vos camarades, au risque de me faire confisquer. 

 

Et seulement à ces conditions-là, vous pourrez vous servir de moi en géométrie, en mesures, en dessin. Aucun autre outil n’arrive à ma pointe ! 

 

Quel autre outil est rangé dans une boîte spéciale avec plusieurs compartiments ? La règle ? Dans la trousse ! La gomme ? Avec la règle, ou directement au fond du cartable ! Les ciseaux ? Pareil ! L’équerre ? Le plus souvent égarée ! 

 

Je peux dans la même journée mesurer des écarts, piquer en douce le voisin, tracer des magnifiques cercles, piquer en douce la voisine, écrire avec la mine, avoir envie de piquer en douce l’enseignant. 

 

Et si un jour, vous collez deux gommettes à mon sommet, je pourrai vous regarder, et avec mes deux jambes, vous pourrez me déplacer ! 

 

Tout est délice ! Tout est malice ! Je suis un artiste ! 

L'Adjectif

As-tu déjà vécu cette situation d’être regardé comme un personnage sympa, rigolo même, mais au fond pas très important ? Si oui, alors, tu peux comprendre ma situation.

 

Dans la phrase, il n’y en a que pour le Verbe, celui dont on ne peut se passer, que pour le Nom qui se targue de représenter tout ce qui se trouve autour de nous, et pour moi, l’Adjectif, celui qui donne des couleurs au Nom, rien.

 

Pour le Verbe, on a créé une discipline, la Conjugaison, rien que pour lui, avec plein de temps, dont un, le « plus-que-parfait », quelle chance !
Quant au Nom, il est tellement important qu’on lui a mis deux serviteurs à son service, le Déterminant et moi, l’Adjectif.

 

Mon quotidien : Dès qu’un Nom arrive dans les parages, je dois faire preuve d’invention pour lui plaire. Etre une « maison », ça ne lui suffit pas, il faut que la « maison » soit spatieuse, belle, fleurie, calme, et j’en passe. Car il parait que le Nom, avec moi, c’est beaucoup plus joli. Mais ce qui me met le plus en colère, c’est que c’est le Nom qui pavane, alors que sans moi, il n’est rien, il est terne.

 

Le pire, c’est lors des dictées : si je ne vois pas que ce fichu Nom est au féminin ou au pluriel et si j’oublie le « e » ou le « s » à ma terminaison, c’est sanction immédiate. Le maître sort son stylo rouge et m’entoure de sa marque vengeresse.

 

Si vous saviez, après la classe, le temps que nous mettons les Adjectifs à essayer de nous débarrasser de cette tache !


Quelle injustice !

Le plaisir est efficace !

Comme je l'ai déjà fait partager dans ce blog, l'écriture de textes libres est une activité centrale dans ma classe, du CP au CM2. Elle s'accompagne de la publication hebdomadaire d'un journal de classe d'une page, journal consacré essentiellement à la diffusion des textes écrits.

 

Ainsi, tous les vendredis, nous procédons à un vote de textes, parmi ceux que souhaitent présenter les élèves (pas d'obligation) et à condition que ces textes aient été vus par moi-même et corrigés par l'élève sur le plan syntaxique, grammatical et orthographique.

 

A plusieurs moments dans la semaine, l'activité "J'écris" est proposée, soit dans le cadre du travail individuel, des projets, ou du temps libre et calme de l'accueil, soit sur une plage horaire où tous écrivent obligatoirement.

 

Mais, me direz-vous, pourquoi je parle ici d'une activité finalement fort classique, notamment parmi les praticiens de la pédagogie Freinet ?

 

C'est pour démontrer une chose : plutôt que de mettre ici l'accent sur la dimension de plaisir, qui a été souvent mise en avant dans ce blog, j'aimerais aujourd'hui pointer l'efficacité de ce dispositif dans la production des textes réalisés, efficacité bien plus grande pour moi quand on privilégie dans une classe l'entrée "écriture" plutôt que l'entrée "étude de la langue" (même si l'une n'empêche pas l'autre). Choix qui est loin d'être neutre...

 

Voyez ci-dessous l'évolution des histoires de mes élèves de CE1 dans le journal de classe entre septembre et juin, avec notamment deux textes de C. ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contre vents et marées

Ce dernier billet de démarrage des vacances ne s'écrit pas dans l'allégresse, car les bulles de jubilation que je vous fais partager dans ce blog sont menacées par les mesures ministérielles qui s'annoncent. 

 

En premier lieu, les classes de CP à 12 - qu'il est évidemment difficile de critiquer, tant cela semble être une belle mesure généreuse - vont empêcher de nombreuses écoles, qui ont choisi le multi-âge comme option pédagogique, de poursuivre. Rappelons que les classes multi-âges, en mettant ensemble des enfants à des degrés de connaissances et de maturité différents, favorisent une coopération naturelle et donc une vraie personnalisation des apprentissages. Et le démantèlement partiel du "Plus de maîtres que de classes", conséquence de ces classes à 12, va à nouveau enfermer chacun dans sa classe, sans la possibilité d'un regard et d'un travail d'équipe partagés.

 

En second lieu, l'accent mis une nouvelle fois sur les fondamentaux, "lire-écrire-compter", où il sera  demandé aux enseignants d'augmenter les horaires de ces disciplines stricto sensu,empêchent de donner de l'espace et du temps à tous ces projets pluri-disciplinaires, souvent plein de sens pour les élèves, qui développent souvent bien plus intelligemment et profondément leurs apprentissages dans ces disciplines. Que vont devenir ces dispositifs du  "Je fais partager", du "Je fais un projet", du "Eurêka", ou du "Temps des penseurs" dont nous avons souvent  parlé dans ce blog, lorsqu'ils n'auront plus leur place dans l'emploi du temps ? Entre autres... 

 

Nous pourrions aussi parler de ces rythmes scolaires toujours aussi peu pensés pour les enfants (là, nous achevons 12 semaines de classe de suite...), de ce LSUN, qui fait silence sur ce fichage des élèves dont personne (ou presque : Retrait du LSUN ! ) ne parle, ce LSUN étant si simple à remplir !...

 

Et puis, toutes ces pressions pour que nos façons de travailler soient jugées selon des critères d'efficacité, idée que nous combattons, car l'apprentissage n'est pas seulement mesurable ! 

 

Malgré tout, comme l'indique le titre de ce billet, je continuerai à me battre - comme beaucoup d'autres, notamment dans le mouvement Freinet -  pour une école différente, une école faite de vie et d'envie !