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Le clown et l'instituteur

Je vous propose de réfléchir à la relation, a priori improbable, qui pourrait exister entre une pratique théâtrale qu'est le clown de théâtre, à différencier du clown de cirque, et notre pratique de classe.
Pourquoi cette envie ? Parce que, depuis de nombreuses années, j'ai été amené à me frotter parallèlement à ces deux pratiques. Ce devait avoir un sens...
 

LE CLOWN

Le clown est un personnage muni d'un nez rouge, un masque qui lui permet de jouer tous les personnages dési­rés sans être pour autant chacun de ces personnages. On dit qu'il joue à être ce personnage et à tout moment il sait qu'il joue à jouer donc, à tout moment aussi, il a l'autorisation de chan­ger de personnage ou de "dire" au public comment il vit tel ou tel per­sonnage. Un exemple? Je peux rentrer sur scène en jouant un aventurier dans la forêt d'Amazonie, arrêter mon aventure pour faire partager mon ressenti de clown au public, revenir à mon personnage et même, au contact d'un partenaire clown, entrer dans son jeu et jouer à être son assistant pour repeindre son appartement.

L'essentiel étant que lorsque le clown joue à être, il y croit totale­ment, vivant ses émotions et les événements à fond, tout en sachent qu'il ne fait que "jouer à".

II est ici et maintenant sur scène, prêt à réagir à tout ce qui pourrait arriver (l'arrivée d'un partenaire, les réactions du public, une envie sou­daine, etc.), simplement à l'écoute de lui-même et de son environnement.

L'INSTITUTEUR

L'instituteur, et notamment celui pratiquant la pédagogie Freinet ou toute pratique mettant l'élève et son cheminement au centre des apprentissages a pour moi de nombreux points communs avec le clown de théâtre.

Quand il se trouve sur sa "scène de classe", il est, comme le clown, à l'écoute de toutes les expressions de son envi­ronnement.

Qu'elles soient issues des enfants, du quartier, ou plus largement du monde, il saura s'en saisir pour rebondir pédagogiquement, tout de suite ou en différé. Pour le clown comme pour l'enseignant, ces expressions représentent une for­midable "nourriture" pour avancer, l'un dans le jeu, l'autre dans les apprentissages, car l'essentiel est le chemin, avec ses détours, ses rup­tures, ses élans.

Par exemple, le clown entre sur scène avec pour objectif de jouer un morceau de musique qu'il a composé, mais peut-être que l'installation et la préparation de son numéro prendront toute la place et qu'il ne jouera jamais son morceau.

Evidemment, pour l'enseignant, l'ob­jectif de faire avancer les savoirs doit être, lui, atteint mais la démarche pour y aboutir est au moins aussi essentielle.

 

De même façon, la démarche coopé­rative est aussi nécessaire pour le clown que pour l'enseignant. On dit que le clown doit tou­jours "dire oui" à ce qui arrive, une proposition de son partenaire clown, une réaction du public, etc. Ainsi, lorsqu'un partenaire entre sur scène avec une proposition nouvelle, le clown déjà présent doit entendre cette proposition et l'intégrer dans son jeu comme source d'enrichisse­ment.

Inutile de dire que dans une classe, la coopération est aussi une source d'enrichissement pour tous.

 

Je suis de plus en plus persuadé que des pratiques comme celle du clown ne peuvent que favoriser notre pra­tique d'enseignants, "freinétiques" ou non.