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Eloge de l'inattendu en pédagogie

Dans ce blog, j’essaie d’envisager la classe avec un autre regard que celui qui nous est de plus en plus imposé dans l’Education nationale au nom d’une pseudo efficacité, un regard inspiré, entre autres, de la pédagogie Freinet,

 

Je vous fais partager des outils, des idées, des moments d’expression et de pensée, mais derrière tout cela - et peut-être devant  - il y a une chose qui est là en classe et qu’on oublie souvent de percevoir, car non quantifiable, difficilement définissable et un peu effrayante. Cette chose-là, c’est l’inattendu.

 

Qu’entendons-nous par inattendu ?

 

Il y a en chacun des enfants que nous accueillons des désirs, des émotions, des passions, des peurs, voire des blocages et empêchements, qui nous échappent (et c’est heureux). Tout cela existe même chez les plus réservés ou les plus scolaires. Le plus souvent, on essaie de ne pas le voir, d’en considérer les manifestations comme a-scolaires, relevant de professionnels spécialisés ou de la famille, et pourtant, c’est bien là.

C’est la sphère de l’intérieur, qu’on demande généralement de garder en soi, et pourtant qui nous meut, nous agite, nous remue.

 

Cette sphère de l’intérieur, voire de l’indicible, a sa place en classe. Plutôt que d’affirmer que celle-ci ne fait pas partie de notre travail de maître, on peut choisir de l’accueillir quand elle se déclare, et même, par tous nos appels à l’expression libre et à la création, à en favoriser l’émergence. Sans tomber bien sûr dans un psychologisme déplacé où on jouerait avec l’intime…

 

Pourquoi prendre ce risque, alors qu’il est tellement plus facile et attendu par l’institution de faire avancer les apprentissages sur du terrain connu et balisé, sur un savoir travaillé depuis des siècles, celui qui fonde notre culture commune ?

 

Parce que, comme le disait Jacques Lévine, ce penseur si précieux qui a su explorer les relations entre pédagogie et psychanalyse, qui nous rappelle ainsi que notre métier est fait de complexité humaine, l’école devrait être un espace dans lequel on partirait à la conquête des secrets de la vie, et pour cela, on a besoin de solliciter toutes les dimensions des petits êtres qu’on a la chance de faire avancer et grandir. Nous ne pouvons nous permettre de rejeter ces élans, ces impulsions, ces sensations, ces émotions qui les constituent.

 

Dès lors qu’on accepte ce bouillonnement humain dans nos classes, quitte à risquer d’en être parfois désarçonnés, et qu’on met en place les cadres appropriés pour l’accueillir, quelle richesse nous favorisons là !

 

C’est lorsque quelque chose nous échappe, ce quelque chose qui tient de la vie et ses secrets, que nos élèves pourront trouver leur place, développer leurs apprentissages et… respirer. Et c’est pour ça qu’on est là, non ?

 

PS : Un numéro du Nouvel Educateur, revue du mouvement Freinet, traite en avril de cet inattendu : http://www.icem-pedagogie-freinet.org/icem-info/publications/nouvel-educateur