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Compétence, quand tu nous tiens...

Aujourd'hui, ce ne sont pas de beaux mots ou de belles images d'enfants que je vais vous faire partager.

Aujourd'hui, ce sont mes mots qui prennent le dessus, des mots empreints d'inquiétude sur ce qui est en train de nous envahir dans nos pratiques d'enseignant et ce mot est "compétences".

On entend partout qu'un bon enseignant serait celui qui serait capable de développer, et bien sûr d'évaluer, des compétences bien précises et ce discours institutionnel -qui envahit d'ailleurs toute la société au nom d'une volonté d'efficacité mesurable - je sens que nous ne parvenons pas à le contrer, même parmi ceux qui se revendiquent des pédagogies dites nouvelles et qui eux aussi fonctionnent de plus en plus avec des systèmes des brevets de compétences (certes personnalisés). Comme si on n'arrivait pas à se défaire de cet impératif-là.

Alors, pourquoi suis-je inquiet, voire en colère ?

Trois raisons :

1) Nous courons le risque de n'organiser notre classe qu'au travers d'activités centrées systématiquement  sur le développement d'une compétence précise. Les moments de réflexion collective, blabla. Les moments de tâtonnement, pas le temps ! Les moments de débat sur l'actualité, pas prioritaire ! Les moments de théâtre, juste sympas, donc out ! Les moments de partage simple, itou ! On se résoudrait à centrer notre pratique sur ce qui ferait une compétence énonçable et évaluable et qu'on pourrait cocher sur une feuille prévue pour cela.

2) Nous courons le risque de ne privilégier que des activités disciplinaires. Comme si le plaisir, la coopération, le sens donné aux apprentissages, l'envie, les liens entre savoirs devenaient secondaires, voire dangereux, car trop longs, trop difficiles, pas assez efficaces.

3) Nous courons le risque de segmenter chaque savoir jusqu'à lui enlever toute signification, toute chair, chaque connaissance devenant un  item bien précis, réduit à sa plus simple expression, et on n'aurait plus qu'une seule phrase à la bouche : "Je fais les soustractions à retenues, je fais l'imparfait, je fais les verbes du 2ème groupe, etc.

Il y a pour moi un vrai danger que nous courons tous.

L'esprit d'une pédagogie en vie et envie, qui donne du sens et du plaisir, qui laisse du temps et permet la complexité, tout cet esprit qui nous anime, ne le perdons pas !

Au risque de se perdre... et de ne plus devenir celui qui éveille, qui ouvre, qui permet, qui fait passer, qui donne envie.



mathieu 16/12/2009 01:20


Bonjour M. Gostain,
merci pour cette réflexion. Je suis instit depuis 5 ou 6 ans seulement et en discutant avec une collègue au moment de remplir les bulletins des évaluations du trimestre j'ai compris ce qu'elle
m'expliquait sur la différence entre objectif et compétence. L'IUFM n'est pourtant pas si loin en ce qui me concerne mais je n'avais jamais bien compris que l'objectif d'une séance était ce que
nous voulons que les élèves fassent (écrire au Père Noël...) et la compétence ce que nous voulons qu'ils sachent faire (savoir présenter une lettre...) Je pense que c'est ça en gros cette fameuse
différence.
En en discutant avec ma collègue je m'étais dit que désormais j'allais bosser comme ça, par objectifs au service de compétences..., moi qui ne faisais pas trop ça avant...
Mais heureusement j'ai lu aujourd'hui votre billet qui vient tempérer cette approche trop réductrice si elle est la seule présente dans nos classes.

Vous avez tout à fait raison, et merci pour votre blog !


mysteoline 14/12/2009 13:05


Eh oui ! Au nom de ces compétences.. pas mal de dérives
Une instruction peu naturelle pour éviter de developper les petits êtres humains...juste les programmer à être de bons petits citoyens tels que la société le désire... pas trop
réfléchir...travailler + (tiens, ça me rappelle quelque chose)
Apprendre en s'amusant, en réfléchissant, en s'épanouissant..".oh, lalala, on risquerait de pertuber nos futurs petits moutons!!! "
On peut se demander en effet, où veut-on en venir ?


Je pense que l'on deshumanise l'école tout simplement.
J'ai des anecdotes sur ce sujet...pas drôles du tout.
Oui, DANGER...DEGATS