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Le plaisir est efficace !

Comme je l'ai déjà fait partager dans ce blog, l'écriture de textes libres est une activité centrale dans ma classe, du CP au CM2. Elle s'accompagne de la publication hebdomadaire d'un journal de classe d'une page, journal consacré essentiellement à la diffusion des textes écrits.

 

Ainsi, tous les vendredis, nous procédons à un vote de textes, parmi ceux que souhaitent présenter les élèves (pas d'obligation) et à condition que ces textes aient été vus par moi-même et corrigés par l'élève sur le plan syntaxique, grammatical et orthographique.

 

A plusieurs moments dans la semaine, l'activité "J'écris" est proposée, soit dans le cadre du travail individuel, des projets, ou du temps libre et calme de l'accueil, soit sur une plage horaire où tous écrivent obligatoirement.

 

Mais, me direz-vous, pourquoi je parle ici d'une activité finalement fort classique, notamment parmi les praticiens de la pédagogie Freinet ?

 

C'est pour démontrer une chose : plutôt que de mettre ici l'accent sur la dimension de plaisir, qui a été souvent mise en avant dans ce blog, j'aimerais aujourd'hui pointer l'efficacité de ce dispositif dans la production des textes réalisés, efficacité bien plus grande pour moi quand on privilégie dans une classe l'entrée "écriture" plutôt que l'entrée "étude de la langue" (même si l'une n'empêche pas l'autre). Choix qui est loin d'être neutre...

 

Voyez ci-dessous l'évolution des histoires de mes élèves de CE1 dans le journal de classe entre septembre et juin, avec notamment deux textes de C. ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contre vents et marées

Ce dernier billet de démarrage des vacances ne s'écrit pas dans l'allégresse, car les bulles de jubilation que je vous fais partager dans ce blog sont menacées par les mesures ministérielles qui s'annoncent. 

 

En premier lieu, les classes de CP à 12 - qu'il est évidemment difficile de critiquer, tant cela semble être une belle mesure généreuse - vont empêcher de nombreuses écoles, qui ont choisi le multi-âge comme option pédagogique, de poursuivre. Rappelons que les classes multi-âges, en mettant ensemble des enfants à des degrés de connaissances et de maturité différents, favorisent une coopération naturelle et donc une vraie personnalisation des apprentissages. Et le démantèlement partiel du "Plus de maîtres que de classes", conséquence de ces classes à 12, va à nouveau enfermer chacun dans sa classe, sans la possibilité d'un regard et d'un travail d'équipe partagés.

 

En second lieu, l'accent mis une nouvelle fois sur les fondamentaux, "lire-écrire-compter", où il sera  demandé aux enseignants d'augmenter les horaires de ces disciplines stricto sensu,empêchent de donner de l'espace et du temps à tous ces projets pluri-disciplinaires, souvent plein de sens pour les élèves, qui développent souvent bien plus intelligemment et profondément leurs apprentissages dans ces disciplines. Que vont devenir ces dispositifs du  "Je fais partager", du "Je fais un projet", du "Eurêka", ou du "Temps des penseurs" dont nous avons souvent  parlé dans ce blog, lorsqu'ils n'auront plus leur place dans l'emploi du temps ? Entre autres... 

 

Nous pourrions aussi parler de ces rythmes scolaires toujours aussi peu pensés pour les enfants (là, nous achevons 12 semaines de classe de suite...), de ce LSUN, qui fait silence sur ce fichage des élèves dont personne (ou presque : Retrait du LSUN ! ) ne parle, ce LSUN étant si simple à remplir !...

 

Et puis, toutes ces pressions pour que nos façons de travailler soient jugées selon des critères d'efficacité, idée que nous combattons, car l'apprentissage n'est pas seulement mesurable ! 

 

Malgré tout, comme l'indique le titre de ce billet, je continuerai à me battre - comme beaucoup d'autres, notamment dans le mouvement Freinet -  pour une école différente, une école faite de vie et d'envie ! 

Se libérer du programme

Le partage de cette fin d'année revient sur un dispositif déjà présenté dans ce blog (Nos questions) qui ne cesse de me remplir d'aise.

 

Chaque jeudi, les élèves proposent une question qui leur tient à coeur, nous nous arrêtons à six questions et en sélectionnons une par vote à main levée. Celle-ci est aussitôt recopiée dans le cahier de liaison avec la proposition transmise aux parents de chercher pendant le week-end avec leur enfant une réponse, s'ils le souhaitent. Le lundi suivant, nous mettons en commun les résultats de nos recherches. 

 

La seule règle sur les questions "recevables" c'est qu'elles ne soient pas des questions d'ordre philosophique - qui ont leur place dans un autre temps appelé "Je réfléchis" - et que la réponse ne soit pas unique (par exemple, "comment on dit "chaise" en anglais ?").

 

Il s'agit là d'un vrai questionnement naturel, jamais orienté de ma part, qui sur une année balaye toutes les disciplines.

 

Voyez plutôt :

 

Sur le corps : Pourquoi avons-nous des couleurs dans les yeux ? Comment fonctionne le cerveau ? Combien de cheveux avons-nous ? A quoi ça sert de dormir ? Pourquoi quand on tourne, sommes-nous un peu penché ?  Pourquoi parfois, quand on sort de l'eau, avons-nous les lèvres violettes ? Pourquoi la nuit, faisons-nous des rêves ou des cauchemars ? Comment digère-t-on ? 

 

Sur les animaux : Est-ce que la carapace des tortues fait partie de son squelette ? Pourquoi les escargots avancent-ils lentement ? 

 

Sur le temps : Comment vivaient les hommes préhistoriques ? Pourquoi les saisons changent-elles ? Comment les animaux sont-ils apparus ? Pourquoi il y a-t-il des jours dans la semaine ? Comme était l'école au temps de nos grands-parents ? Pourquoi les jours de la semaine s'appellent-ils lundi, mardi... ? Pourquoi les feuilles changent-elles de couleur en automne ?

 

Une réponse au tableau sur la météo tracée par Raphael : 

 

Plaisir VECU : Se libérer du programme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur l'espace : Combien il y a-t-il d'étoiles ? Pourquoi les nuages sont-ils blancs ?

 

Sur la technologie : Comment internet fait-il pour savoir autant de choses ? Comment fait-on pour prévoir le temps qu'il fera ? Pourquoi avons-nous du mal à reconnaître notre voix sur les vidéos ? Comment trouve-t-on des pierres précieuses ? 

 

En mathématiques : Pourquoi les nombres ne s'arrêtent-ils jamais ? 

 

Sur la société : Pourquoi il y a-t-il des pays ? Comment fabrique-t-on les films ? Pourquoi changeons-nous de Président ? Pourquoi il y a-t-il parfois des incendies dans les habitations ? 

 

Autre : Pourquoi des fromages comme l'emmental ont-ils des trous ? 

 

JAMAIS je ne me soucie de sélectionner les questions selon le programme, car je considère que faisant cela, ce serait instrumentaliser cette curiosité naturelle qui s'exprime et la tarirait automatiquement. 

 

Au vu de ce tout ce qui a été partagé pendant ce temps, nous sommes allés bien AU DELA du programme imposé de CE1. Ma seule prise en compte de celui-ci, c'est que parfois, j'ai choisi de prolonger la discussion par une ou deux séquences pédagogiques. Par exemple sur les saisons, sur la vie d'avant ou sur le squelette. 

 

Je ne peux que vous conseiller de mettre ce temps "Nos questions" au programme de votre classe ! C'est devenu pour moi un incontournable. 

Un Ami

A l'ère de Facebook et autres réseaux sociaux, qui décident des terminologies à notre place, mais avec, hélas, notre consentement, il n'est pas inutile de revenir à la notion d'Ami.

Mes élèves de CE1 sont là pour cela :

 

1) C'est quoi un ami ?

 

 

2) Comment se fait-on des amis ?

 

 

Incarner les savoirs

Cela ferait tant d'années que sans cesse, nous aborderions les mêmes notions rabâchées de verbe, de multiplication, de plan, d'histoire, de calendrier, de polygones, d'adjectifs, de passé-composé... et il n'en resterait chez certains élèves, au mieux qu'un vague souvenir, et même pour ceux en réussite, qu'une espèce de lassitude et de non appétence caractérisée.

Nous nous demanderions alors comment expliquer cette fuite si rapide des apprentissages. Pourquoi ces savoirs fondamentaux s'obstineraient-ils à ne pas rester en nous, à ne pas s'accrocher, à ne pas y laisser leur empreinte ? Manqueraient-ils de vivant ? Alors, nous aurions décidé de faire exister ces savoirs dans la classe, sous forme de personnages, que les élèves incarneraient.

 

Nous sommes en début d'année. Une boîte à personnages est positionnée et accessible dans la classe en permanence. Chaque élève, et l'enseignant, peuvent y insérer une notion. Chaque quinzaine, lors d'un temps commun inscrit dans l'emploi du temps, on en choisit une à incarner pour la quinzaine suivante.

De nombreuses possibilités s'offrent à nous, et pas simplement en se focalisant sur le champ disciplinaire. Ainsi, on pourra par exemple, se mettre dans la peau :

- d’un concept (verbe, nombre, fleuve, …),

- d'un personnage historique,

- d’un objet historique (armure, lieu, …),

- d'un lieu sur Terre (pays, continent, paysage, ...)

- d’une discipline de l’école (géographie, histoire, mathématiques, etc.),

- de mots utilisés à l’école (ex : devoirs, leçons, notes, sanctions, consignes, travail, élève…),

- des intervenants de l’école (enseignants, directeur, animateurs, agents de service, gardien),

- des temps et des lieux de l’école (cantine, accueil, évaluation, matières, récréation, sorties, fête d’école….),

- des objets de la classe, pour découvrir leur utilité, leur fonction et le respect qu’on leur doit,

- d’acteurs sociaux (boulanger, archéologue, astronaute, scientifique…),

- d’un personnage qu’on n’est pas (pour lutter contre les clichés, les enfermements, les discriminations),

Les élèves s'organisent en équipes pour préparer une mise en corps de ce savoir. Ce personnage-savoir, il faut lui découvrir une histoire, une famille, un caractère, des émotions, des désirs, des aventures passées et à venir. Différents modes d'expression peuvent être envisagés et sont librement choisis par les groupes. En voici quelques uns :

- Jeux de rôle
- Théâtre
- Écriture
- Danse
- Duels
- Jeux de plateau
- Rencontres sportives
- Rencontres de personnages

Deux semaines après la sélection de ce savoir, chaque équipe, présente à la classe son personnage enfin incarné, et qui restera, sans doute, plus présent en chacun de nos élèves.

 

Voici un exemple concret de cette incarnation des savoirs dans le domaine mathématique, dans des modalités un peu différentes, avec une classe de CE1 :

 

D’abord, de l’improvisation sur un personnage choisi. En première volontaire, P. Elle a choisi la droite. Là voilà qui arrive devant la classe, les bras écartés, ayant du mal à se déplacer : "Comme c'est dur ! Je n'arrête pas de grandir, et comme je m'étends tout le temps, je me cogne sans arrêt ! Quand est-ce que ça va s'arrêter ? Il paraît que jamais ! En plus, ce qui est bizarre, c'est que plus je grandis, plus tous les autres me semblent petits." Je lui demande de trouver une "sortie de droite", ce qu'elle fait sans perdre son émotion et sa démarche.

Ensuite, M. et A., qui jouent le nombre 10. L'un est le 1, l'autre le 0. Tous deux se mettent à se chamailler car le 1 est prétentieux, prétendant porter le nombre, le second s'énerve contre le 1, mal à l'aise qu'il est d'être un zéro.

Arrivent E. et L. qui font le +. Elles sont toutes fières d'annoncer qu'elles additionnent tous les nombres existant sur terre et qu'elles sont prêtes à accueillir tous les nombres qui veulent se faire additionner.

Et voilà la suite :

Tout d'abord, je leur ai demandé de créer la fiche d'identité du personnage : sa famille, ses passions et détestations, ses envies.

A partir de cette fiche, ils ont essayé de se mettre en scène corporellement et avec les émotions propres à chacune des notions. Ainsi par exemple, le Plus (+) nous a raconté son plaisir d'additionner à tout-va, nous a fait partager sa rivalité avec le Moins (-) et nous a confié la découverte heureuse d'une sorte de cousin germain qu'est le Fois (x).

Petit à petit, nous nous sommes rendu compte, par le jeu, des liens entre les personnages : entre le Plus et le Moins, entre le Carré, le Rectangle, le Losange et le Cercle, entre la Droite, la Règle et l'Equerre.

Alors, pour donner plus d'enjeux aux scènes théâtrales, j'ai choisi de réunir les personnages pour finalement aboutir à quatre scènes principales :

- une scène géométrique, dans laquelle le Carré et le Rectangle, plutôt amis, se mettent à dénigrer le Losange dépourvu d'angles droits, mais à adopter le Cercle, très étrange pour eux car sans côtés.

- une scène avec les opérations, dans laquelle le Plus et le Moins s'exercent à additionner et soustraire les nombres 1 et 7 (eux aussi des personnages) dans une certaine rivalité.

- une scène avec le 10, le 100 et le 1 000 pendant laquelle chacun cherche à voler les zéros des autres jusqu'au moment où le 1 000 000 viendra leur imposer sa puissance à six zéros.

- une scène de mesures où la Règle et l'Equerre cherchent en vain à mesurer la Droite qui s'avère bien trop longue, et même infinie.

Les scènes prêtes, elles sont présentées aux autres classes de l'école. Une toute nouvelle façon de découvrir et de s'approprier les notions mathématiques pour chacun des élèves.

 

En montrant que ces savoirs peuvent se vivre avec le corps, le mouvement, les émotions, l’incarnation permettra de les faire descendre de leur pure abstraction et surtout de les « enjouer ». Ils peuvent être alors support de joie et de jubilation. Ce serait comme une porte d’entrée, parmi d’autres, à la richesse de la notion.

Le Jeu de l'oie des Multiplications

J'ai souvent eu l'occasion de vous faire part de ce qui est pour moi l'essentiel dans une classe : Qu'il y ait une circulation naturelle et vivante entre les temps d'apprentissage : Trafic fluide

 

Pour ce faire, il me semble que les temps d'expression, de projets personnels et de partage doivent s'articuler de la manière la plus fluide possible, de façon à ce que les élèves puissent se sentir "vivants".

 

J'ai pu à nouveau expérimenter cette circulation naturelle tout récemment.

 

Ça a démarré par ce nouveau temps, "Eurêka", qui est devenu un incontournable de ma classe (Eurêka)

 

A cette occasion, de nombreux enfants ont pu faire partager leurs plaisirs d'apprentissage. En particulier A., qui a parlé de cette nouvelle opération mathématique, la multiplication, qu'elle venait de découvrir apparemment avec plaisir.

 

A l'issue de sa prise de parole, nous avons procédé comme d'habitude : nous avons demandé s'ils souhaitaient mener des projets prolongeant ce partage. A. a aussitôt proposé de créer un "Jeu de l'oie des multiplications" et C. s'est associée à son idée. Je l'ai noté sur notre tableau de "projets Eurêka".

 

Petite précision : Depuis quelques jours, pendant le temps de l'Accueil, A. jouait beaucoup au jeu de l'oie qui se trouve dans le bouquin que j'ai écrit - et que vous conseille...😉 - "Verbes, Sujets et compagnie".

 

Puis la semaine se poursuit, avec notamment ces temps de "Projets personnels" qui permettent à chacun de mener le sien.

 

Quelques jours plus tard, est prévu dans l'Emploi des temps un moment de Présentation. Et c'est là que A. et C. présentent leur jeu de l'oie. Elles l'ont tracé, elles ont inventé des règles dans l'esprit d'un vrai jeu de l'oie et ont fabriqué deux dés en papier pour mettre en jeu la multiplication. Je le découvre avec les autres élèves, car elles l'ont réalisé sans mon aide.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis, les élèves jouent volontiers à leur jeu !

 

Bien sûr, ce n'est pas spectaculaire, leur création pourrait être améliorée et le sera probablement, mais l'essentiel est ailleurs : grâce à ces temps ritualisés de la classe, les élèves ont la possibilité de se saisir de tout ce qu'ils ressentent pour se lancer dans des projets qui leur viennent en tête et qu'ils vont pouvoir rapidement présenter. Il en est de même lorsqu'ils écrivent des textes libres qui seront dans le journal, ou lorsqu'ils préparent des lectures à haute voix qu'ils pourront présenter à d'autres classes. J'insiste sur la ritualisation de ces temps, car souvent, dans les classes, il y a des projets, des envies, des propositions, mais pas les temps prévus pour les réaliser...

 

J'en parle ici :

Du temps !

Et là :

Toujours du temps

 

PS : Et pour finir, je vous conseille vivement la lecture de ce formidable ouvrage "Eloge de l'éducation lente" de Juan Domenech Francesch (Article dans les Cahiers pédagogiques)

 

Je ne vous ai pas autorisé !

Mardi 5 mars : nous sommes dans une séance de mathématiques toute classique de CE1 : découverte de la multiplication comme nouvelle opération mathématique.

 

La classe est dans une assez belle écoute - il faut dire que j'ai insisté sur l'importance de ce moment de découverte - bref, tout se déroule bien. J'ai l'impression que la plupart des élèves ont saisi l'intérêt de la multiplication comme opération de substitution aux additions répétées.

 

Comme souvent, je ponctue cette séquence par un temps de reformulation par les élèves eux-mêmes : un enfant va jouer le professeur, une façon de vérifier que le savoir a été un peu assimilé.

 

Il y a de nombreux volontaires, comme d'habitude. Cette fois-ci, ce sera C., une jeune fille plutôt réservée, mais toujours impliquée, qui le fera. Elle va devant le tableau, et pour apporter de la légèreté ludique à ce moment, je lui propose de mettre mon manteau, ce qu'elle fait sans hésiter.

 

Elle fait une prestation impeccable, reformulant parfaitement l'essentiel de la leçon. Voulant alors aller plus loin, je me lève pour écrire au tableau une addition répétée et la faire ainsi réagir. Alors, elle déclare : "Je ne vous ai jamais demandé de vous lever, Monsieur ! "

 

Stupeur dans la salle. Je la regarde, et je vais aussitôt me rassoir, jouant le penaud. Un rire commence à monter, auquel je participe naturellement. Je suis véritablement SLC.

 

Depuis, je ne cesse d'y repenser avec bonheur, emballé par le fait qu'elle ait osé m'interpeller de la sorte, d'une façon aussi libre et juste. Je m'en souviendrai longtemps !

Les Explorateurs

J'aimerais vous faire partager une expérimentation créative dans ma classe et dans celles d'une dizaine de collègues que nous avons intitulée les "Explorateurs".

 

Il s’agit de faciliter l’accès et l’appropriation des grandes notions scolaires grâce à des regards multiples portés sur celles-ci (nous nous inspirons ici des « intelligences multiples ») :

 

- le regard de l’écrivain

- le regard de l’artiste

- le regard du reporter

- le regard du mathématicien

- le regard du scientifique

- le regard du théâtreux

- le regard du musicien

- le regard du poète

- le regard du photographe

...

 

Nous faisons ainsi le pari que pour beaucoup d’enfants, regarder autrement et de façon diversifiée les notions à aborder à l’école peut leur donner davantage de chances d’accéder à leur compréhension, chacun y trouvant un accès plus proche de son tempérament, de sa personne. Et aussi du plaisir évidemment !

 

Nous avons commencé à vivre et faire vivre ce projet autour d’une première thématique : le Nombre. Dix classes l'ont mené ou vont le faire prochainement, toutes avec beaucoup d’enthousiasme.

 

Voici l’organisation de démarrage : La classe est divisée en équipes de trois élèves. Les équipes sont hétérogènes. Chacune de ces équipes endosse l’un de ces regards (si besoin, nous procédons à un tirage au sort).

 

Pour lancer le projet, nous avons choisi de privilégier quatre de ces regards (donc deux équipes pour chacun d’entre eux), de façon à ce que les enfants s’approprient l’idée : le regard de l’écrivain, le regard du reporter, le regard théâtral et le regard de l’artiste.

 

Les équipes d’écrivains écrivent une histoire mettant en jeu le Nombre.

Les équipes de reporters enquêtent dans l’école ou dans le quartier à partir d’un questionnaire sur le Nombre auprès d’adultes ou d’enfants, qu’ils ont interviewés.

Les équipes de "théâtreux" conçoivent une scène avec des personnages nombres ou parlant du Nombre.

Les équipes d’artistes réalisent des créations plastiques autour du Nombre.

 

Avec le déroulé suivant :

Etape 1 : présentation du projet, constitution des équipes et répartition des missions pour chaque équipe,

Etape 2 : 1h30 environ de réalisation des missions,

Etape 3 : 30 minutes de présentations des résultats des missions à l’ensemble de la classe. 

 

Qui voudrait nous rejoindre et associer sa classe au démarrage de ce projet ?

Les personnages grammaticaux en personne !

Pour ceux qui ont l'habitude de parcourir ce blog; vous savez que j'aime associer théâtre incarné et apprentissages !

 

Ainsi, j'ai pris l'habitude d'aborder les notions en langue française ou en mathématiques par le biais du corps et plus largement par la personnalisation. Considérant que c'est une façon de faire s'approprier plus profondément les concepts.

 

Ça a débuté avec l'écriture de "Verbes, Sujets et compagnie", les aventures du verbe Aimer. Ce livre a rencontré un certain intérêt. Après plus de dix ans, il est toujours réédité et diffusé : Verbes, Sujets et compagnie

 

J'ai poursuivi cette démarche qui me tient à coeur avec l'Encyclopédie clownesque des savoirs, projet pour l'instant inabouti mais pas abandonné (http://pedagost.over-blog.com/tag/encyclopedie%20clownesque%20des%20savoirs)

 

Et puis, de nombreux projets se sont poursuivis autour de cette idée d'incarnation des savoirs. D'ailleurs, un article le relatera tout prochainement dans les Cahiers pédagogiques.

 

Cette année, avec ma classe de CE1, nous avons pas mal travaillé au cours de ce premier semestre sur les composantes de la phrase, le Verbe, le Nom, le Déterminant, et tout récemment l'Adjectif. Pour ce faire, nous nous sommes appuyés sur les textes des élèves et notamment les phrases qu'ils proposaient, sur un document que j'ai conçu et qui présente de la façon la plus simple possible la grammaire (http://www.calameo.com/read/000021025a923e20983ff) et hier, j'ai proposé à des élèves volontaires d'incarner sur scène une de ces notions, la faisant passer ainsi en personnage.

 

La vidéo que vous allez pouvoir découvrir ci-dessous n'est faite que d'improvisations, d'où des erreurs grammaticales logiques vu l'âge des enfants, et les questions posées aux personnages n'ont pas été préparées, mais elle donne bien l'idée du titre des "personnages grammaticaux en personne" . N'hésitez pas à réagir !

 

De l'art du débat en CE1 selon la pédagogie Freinet

Voici un article paru dans l'Express et France soir suite à la visite d'une journaliste de l'AFP, Frédérique Pris, dans ma classe.

 

Paris - La scène se déroule quelques jours avant les fêtes. "Avez-vous des choses à dire sur le Père Noël'". La vingtaine d'enfants de CE1, assis en cercle sur le sol, échangent leurs arguments contradictoires. Sous l'oeil attentif de leur maître, praticien de la pédagogie Freinet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans cette classe d'une école publique du XXe arrondissement de Paris, les enfants de sept ans doivent lever le doigt pour se voir remettre un petit micro. "Le Père Noël n'existe pas car j'ai deux photos de lui. Sur l'une il est jeune, sur l'autre il est vieux", déclare un des élèves.

 

"Je ne suis pas d'accord avec Iliane. Je l'ai vu à la fête du travail de mon papa et il m'a dit avoir bien reçu ma lettre", répond son petit voisin, qui comme les autres intervenants commence sa prise de parole par "je suis d'accord avec..." ou "je ne suis pas d'accord avec...".

 

"Habiter au pôle Nord, ce n'est pas possible". "Et les Esquimaux' Le Père Noël est peut-être un Esquimau". La séance d'une vingtaine de minutes, sans quasiment aucune intervention du professeur, se conclut par les mots de Joséphine: "Pour certains c'est le Père Noël qui amène les cadeaux. Pour d'autres ce sont les parents. On ne peut pas savoir, on ne l'a jamais vu".

 

Les enfants viennent de participer au moment "Je réfléchis" de leur enseignement. Conçue par l'instituteur Célestin Freinet (1896-1966), cette pédagogie "toujours en construction" place l'expression, la création, le tâtonnement expérimental et la coopération avec les autres élèves au coeur de l'apprentissage.

 

Elle a peu à peu irrigué l'école dite classique, qui s'est inspirée des sorties scolaires, écritures de textes, rédaction d'un journal de classe, moments de paroles mis en avant par Célestin Freinet, explique Catherine Chabrun, rédactrice en chef de la revue du mouvement, "Le Nouvel éducateur". Mais, selon elle, ces "techniques" sont appliquées "sans les grands principes qui les articulent et leur donnent toute leur cohérence".

 

- Apprendre "pour de vrai" -

 

La journée de classe de Daniel Gostain, qui s'appuie sur Freinet depuis dix ans, est rythmée par une succession de "temps" ("temps libre et calme", "j'apprends à lire", "je fais un projet", "nous apprenons", "je fais partager", etc.). Le programme, affiché au tableau, est lu en début de classe par deux élèves qui demandent ensuite "Y-a-t-il des questions ou des réactions '".

 

Une série de rituels qui donnent un cadre aux interventions des élèves. De fait, ils participent, bougent à travers la classe à certains moments, mais la matinée s'écoule dans le plus grand calme.

 

Car "respecter la place de l'enfant, ce n'est pas prôner l'enfant-roi. La démocratie et ses règles permettent d'articuler les places de chacun", affirme Catherine Chabrun.

 

Pour Daniel Gostain, cette pédagogie "crée les conditions pour que les enfants s'expriment, osent, cherchent, s'étonnent, se questionnent, alors qu'ils sont dans une structure qu'ils ne choisissent pas". "Les enfants apprennent pour de vrai."

 

Pas de rangées de tables mais une disposition des bureaux en arc de cercle, avec un passage au milieu pour que les enfants puissent circuler.

 

Au mur, des cartes, des conjugaisons, des bandes numériques, comme dans une salle de classe classique. Lecture, explication de la soustraction, puis "temps de travail individuel": chaque enfant se saisit de son classeur, avec un programme de travail à accomplir sur deux semaines, selon l'ordre qu'il choisit. S'il cale, il accroche une étiquette à son nom sur le tableau pour le signaler au maître.

 

Après une période de déclin, la pédagogie Freinet connaît un regain, avec aujourd'hui quelque 3.000 professeurs des écoles qui s'en réclament. Et toujours au sein de l'école publique, "car c'est une pédagogie populaire, ancrée dans la société, pour tous les enfants", selon Catherine Chabrun.

 

Elle a, au fil des décennies, essaimé à l'étranger, avec une cinquantaine de mouvements, dont le dernier-né a vu le jour en Grèce.