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Articles avec #ecriture catégorie

La Division

D’humeur égale, toujours d’humeur égale, telle est mon obligation. Pas toujours facile quand on a passé une mauvaise nuit à rêver aux chamailleries entre le Dividende, le Diviseur et le Quotient, sans parler du Reste ! 

 

Bon, oublions tout cela et préparons-nous pour une nouvelle journée de partage. Ma barre de division ? Impeccable. L’équipe des nombres ? Prêts à se placer dans la bonne case, les plus grands chez les Dividendes, les plus importants pour faire le partage chez les Diviseurs, ceux qu’on vérifiera le plus chez les Quotients, et puis les petits derniers chez les Restes. 

 

J’aime quand on me pose au tableau et qu’on commence à calculer. Ça démarre par un partage commandé par le général Diviseur, et puis, petit à petit, les résultats s’écrivent. Chacun dans la classe n’a qu’une ambition : que tout soit parfaitement équilibré. 

 

Mais le moment que je préfère avant tout, c’est la vérification. Je regarde les élèves multiplier le Quotient par le Diviseur, ajouter ensuite le Reste, et quel bonheur de voir leur sourire à tous quand ils découvrent que leur calcul tombe juste ! J’en profite, pendant qu’ils calculent, la langue légèrement sortie de la bouche, des gouttelettes de sueur sur certains fronts, pour papoter avec ma copine, la Multiplication, toujours prête à m’épauler, mais aussi avec la Soustraction qui me fait trouver le Reste. Ça, c’est du travail en équipe. 

 

En fin de journée, je rentre chez moi en chantonnant ma devise, la même que celle de la France : liberté, égalité, fraternité. Liberté pour tous les nombres qui veulent se diviser avec moi. Egalité dans le partage, car je me refuse catégoriquement à faire du favoritisme entre les nombres. Fraternité avec la Multiplication et la Soustraction. 

 

J’ai bien de la chance ! 
 

Les Départements

J’me lève, j’me lève pas, à quoi bon, est-ce que je sers encore à quelque chose ? Cette question, je ne cesse de me la poser depuis ce qui nous est arrivé à nous, les Départements.

 

Jusqu’il y a quelques années, nous avions l’habitude tôt le matin, au chant du coq, de nous lever tous et de faire l’appel : l’Ain ? présent ! l’Aisne ? présente ! l’Allier ? j’suis là !... jusqu’au 95ème d’entre nous On faisait même parfois l’appel des lointains Départements d’Outre-mer ! Et puis après, nous nous rangions sur la carte de France, certains très serrés en Ile de France, d’autres plus à l’aise, et sans jamais nous tromper d’emplacements.

 

J’adorais le moment où l’enseignant ou un élève me touchait avec son doigt et disait mon nom, et même parfois, citait mes spécialités bien aimées ! 

 

Mais un jour, le département de Haute-Savoie, le 74, le plus haut d’entre nous, avec son Mont-Blanc de 4807 mètres, nous a alertés. Il avait vu des hommes munis de tenailles énormes qui parlaient de supprimer les frontières entre nous. Nous étions, disaient-il, dépassés, car trop petits. Pas adaptés au monde d’aujourd’hui. Nous allions être remplacés par les Régions. C’est quoi cette histoire ? Le Cantal a crié : « Et mon fromage ? ». Le Finistère : « Et mes falaises ? ».  Et chacun de nous d’énoncer ce dont nous étions fier. 

 

Ils ont organisé des réunions et ils ont décidé, sans même nous le demander, de nous regrouper pour voir plus grand. Mais de ma préfecture, moi, je vois très bien ! 

 

Mais ça a été décidé. Nous avons été rangés avec notre carte bien aimée dans une réserve, en compagnie du magnétophone, du projecteur de diapositives et des porte-plumes. Peut-être qu’eux seront heureux de connaître nos spécialités…

La Date

Que c’est agréable de dominer la classe, de tout en haut du tableau, en compagnie de mon amie, l’Horloge ! 

 

Toutes deux, nous nous entendons comme « larronnes en foire ». Elle, toujours en mouvement grâce à ses heures nonchalantes, ses minutes tranquilles et ses secondes hyperactives, met de la vie dans notre couple, et moi, la Date, en compagnie de mes jours, mes mois et mes années, je lui rappelle qu’il faut savoir aussi se poser. Nous nous complétons à merveille ! 

 

Chaque jour, la maîtresse - ou alors un élève - me met à jour, puis nous présente à la classe : « Aujourd’hui, nous sommes – il me regarde – le …….. », et moi, je gonfle mon numéro, je sussurre mon jour, pour qu’elle ne se trompe pas. 

 

Et puis, une fois mon nom énoncé, ils me laissent tranquille, et là, j’en profite pour rejoindre mes copains jours, et notamment le samedi et dimanche pour les consoler de ne jamais pouvoir s’afficher au tableau, faute d’école, mais que c’est difficile… Eux, ils vivent plutôt dans les maisons, en week-ends, mais jamais ou presque, on ne les déclare. 
Et c’est pareil pour juillet et août ! 

 

Comme j’aimerais une école qui vivrait toute l’année, sans discrimination des jours et mois, où tout le monde aurait donc sa place. 

 

Ce serait aussi l’occasion de célébrer les anniversaires des enfants nés pendant l’été, qui font souvent grise mine, et je les comprends.

 

On prend date pour changer tout cela ?

Le Compas

Venez venez, messieurs-dames ! Venez admirer le Compas !! Qu’est plus précis que la règle ! Plus fin que le crayon ! Plus dangereux que les ciseaux ! Et qui en plus, cadeau suprême, vous trace les plus belles rosaces ! 

 

Attention, messieurs-dames, il faut me mériter ! Ne pas perdre mes petites vis, ne pas faire tomber ma mine, ne pas être vu en train de piquer vos camarades, au risque de me faire confisquer. 

 

Et seulement à ces conditions-là, vous pourrez vous servir de moi en géométrie, en mesures, en dessin. Aucun autre outil n’arrive à ma pointe ! 

 

Quel autre outil est rangé dans une boîte spéciale avec plusieurs compartiments ? La règle ? Dans la trousse ! La gomme ? Avec la règle, ou directement au fond du cartable ! Les ciseaux ? Pareil ! L’équerre ? Le plus souvent égarée ! 

 

Je peux dans la même journée mesurer des écarts, piquer en douce le voisin, tracer des magnifiques cercles, piquer en douce la voisine, écrire avec la mine, avoir envie de piquer en douce l’enseignant. 

 

Et si un jour, vous collez deux gommettes à mon sommet, je pourrai vous regarder, et avec mes deux jambes, vous pourrez me déplacer ! 

 

Tout est délice ! Tout est malice ! Je suis un artiste ! 

L'Adjectif

As-tu déjà vécu cette situation d’être regardé comme un personnage sympa, rigolo même, mais au fond pas très important ? Si oui, alors, tu peux comprendre ma situation.

 

Dans la phrase, il n’y en a que pour le Verbe, celui dont on ne peut se passer, que pour le Nom qui se targue de représenter tout ce qui se trouve autour de nous, et pour moi, l’Adjectif, celui qui donne des couleurs au Nom, rien.

 

Pour le Verbe, on a créé une discipline, la Conjugaison, rien que pour lui, avec plein de temps, dont un, le « plus-que-parfait », quelle chance !
Quant au Nom, il est tellement important qu’on lui a mis deux serviteurs à son service, le Déterminant et moi, l’Adjectif.

 

Mon quotidien : Dès qu’un Nom arrive dans les parages, je dois faire preuve d’invention pour lui plaire. Etre une « maison », ça ne lui suffit pas, il faut que la « maison » soit spatieuse, belle, fleurie, calme, et j’en passe. Car il parait que le Nom, avec moi, c’est beaucoup plus joli. Mais ce qui me met le plus en colère, c’est que c’est le Nom qui pavane, alors que sans moi, il n’est rien, il est terne.

 

Le pire, c’est lors des dictées : si je ne vois pas que ce fichu Nom est au féminin ou au pluriel et si j’oublie le « e » ou le « s » à ma terminaison, c’est sanction immédiate. Le maître sort son stylo rouge et m’entoure de sa marque vengeresse.

 

Si vous saviez, après la classe, le temps que nous mettons les Adjectifs à essayer de nous débarrasser de cette tache !


Quelle injustice !