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Se libérer du programme

Le partage de cette fin d'année revient sur un dispositif déjà présenté dans ce blog (Nos questions) qui ne cesse de me remplir d'aise.

 

Chaque jeudi, les élèves proposent une question qui leur tient à coeur, nous nous arrêtons à six questions et en sélectionnons une par vote à main levée. Celle-ci est aussitôt recopiée dans le cahier de liaison avec la proposition transmise aux parents de chercher pendant le week-end avec leur enfant une réponse, s'ils le souhaitent. Le lundi suivant, nous mettons en commun les résultats de nos recherches. 

 

La seule règle sur les questions "recevables" c'est qu'elles ne soient pas des questions d'ordre philosophique - qui ont leur place dans un autre temps appelé "Je réfléchis" - et que la réponse ne soit pas unique (par exemple, "comment on dit "chaise" en anglais ?").

 

Il s'agit là d'un vrai questionnement naturel, jamais orienté de ma part, qui sur une année balaye toutes les disciplines.

 

Voyez plutôt :

 

Sur le corps : Pourquoi avons-nous des couleurs dans les yeux ? Comment fonctionne le cerveau ? Combien de cheveux avons-nous ? A quoi ça sert de dormir ? Pourquoi quand on tourne, sommes-nous un peu penché ?  Pourquoi parfois, quand on sort de l'eau, avons-nous les lèvres violettes ? Pourquoi la nuit, faisons-nous des rêves ou des cauchemars ? Comment digère-t-on ? 

 

Sur les animaux : Est-ce que la carapace des tortues fait partie de son squelette ? Pourquoi les escargots avancent-ils lentement ? 

 

Sur le temps : Comment vivaient les hommes préhistoriques ? Pourquoi les saisons changent-elles ? Comment les animaux sont-ils apparus ? Pourquoi il y a-t-il des jours dans la semaine ? Comme était l'école au temps de nos grands-parents ? Pourquoi les jours de la semaine s'appellent-ils lundi, mardi... ? Pourquoi les feuilles changent-elles de couleur en automne ?

 

Une réponse au tableau sur la météo tracée par Raphael : 

 

Plaisir VECU : Se libérer du programme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur l'espace : Combien il y a-t-il d'étoiles ? Pourquoi les nuages sont-ils blancs ?

 

Sur la technologie : Comment internet fait-il pour savoir autant de choses ? Comment fait-on pour prévoir le temps qu'il fera ? Pourquoi avons-nous du mal à reconnaître notre voix sur les vidéos ? Comment trouve-t-on des pierres précieuses ? 

 

En mathématiques : Pourquoi les nombres ne s'arrêtent-ils jamais ? 

 

Sur la société : Pourquoi il y a-t-il des pays ? Comment fabrique-t-on les films ? Pourquoi changeons-nous de Président ? Pourquoi il y a-t-il parfois des incendies dans les habitations ? 

 

Autre : Pourquoi des fromages comme l'emmental ont-ils des trous ? 

 

JAMAIS je ne me soucie de sélectionner les questions selon le programme, car je considère que faisant cela, ce serait instrumentaliser cette curiosité naturelle qui s'exprime et la tarirait automatiquement. 

 

Au vu de ce tout ce qui a été partagé pendant ce temps, nous sommes allés bien AU DELA du programme imposé de CE1. Ma seule prise en compte de celui-ci, c'est que parfois, j'ai choisi de prolonger la discussion par une ou deux séquences pédagogiques. Par exemple sur les saisons, sur la vie d'avant ou sur le squelette. 

 

Je ne peux que vous conseiller de mettre ce temps "Nos questions" au programme de votre classe ! C'est devenu pour moi un incontournable. 

Incarner les savoirs

Cela ferait tant d'années que sans cesse, nous aborderions les mêmes notions rabâchées de verbe, de multiplication, de plan, d'histoire, de calendrier, de polygones, d'adjectifs, de passé-composé... et il n'en resterait chez certains élèves, au mieux qu'un vague souvenir, et même pour ceux en réussite, qu'une espèce de lassitude et de non appétence caractérisée.

Nous nous demanderions alors comment expliquer cette fuite si rapide des apprentissages. Pourquoi ces savoirs fondamentaux s'obstineraient-ils à ne pas rester en nous, à ne pas s'accrocher, à ne pas y laisser leur empreinte ? Manqueraient-ils de vivant ? Alors, nous aurions décidé de faire exister ces savoirs dans la classe, sous forme de personnages, que les élèves incarneraient.

 

Nous sommes en début d'année. Une boîte à personnages est positionnée et accessible dans la classe en permanence. Chaque élève, et l'enseignant, peuvent y insérer une notion. Chaque quinzaine, lors d'un temps commun inscrit dans l'emploi du temps, on en choisit une à incarner pour la quinzaine suivante.

De nombreuses possibilités s'offrent à nous, et pas simplement en se focalisant sur le champ disciplinaire. Ainsi, on pourra par exemple, se mettre dans la peau :

- d’un concept (verbe, nombre, fleuve, …),

- d'un personnage historique,

- d’un objet historique (armure, lieu, …),

- d'un lieu sur Terre (pays, continent, paysage, ...)

- d’une discipline de l’école (géographie, histoire, mathématiques, etc.),

- de mots utilisés à l’école (ex : devoirs, leçons, notes, sanctions, consignes, travail, élève…),

- des intervenants de l’école (enseignants, directeur, animateurs, agents de service, gardien),

- des temps et des lieux de l’école (cantine, accueil, évaluation, matières, récréation, sorties, fête d’école….),

- des objets de la classe, pour découvrir leur utilité, leur fonction et le respect qu’on leur doit,

- d’acteurs sociaux (boulanger, archéologue, astronaute, scientifique…),

- d’un personnage qu’on n’est pas (pour lutter contre les clichés, les enfermements, les discriminations),

Les élèves s'organisent en équipes pour préparer une mise en corps de ce savoir. Ce personnage-savoir, il faut lui découvrir une histoire, une famille, un caractère, des émotions, des désirs, des aventures passées et à venir. Différents modes d'expression peuvent être envisagés et sont librement choisis par les groupes. En voici quelques uns :

- Jeux de rôle
- Théâtre
- Écriture
- Danse
- Duels
- Jeux de plateau
- Rencontres sportives
- Rencontres de personnages

Deux semaines après la sélection de ce savoir, chaque équipe, présente à la classe son personnage enfin incarné, et qui restera, sans doute, plus présent en chacun de nos élèves.

 

Voici un exemple concret de cette incarnation des savoirs dans le domaine mathématique, dans des modalités un peu différentes, avec une classe de CE1 :

 

D’abord, de l’improvisation sur un personnage choisi. En première volontaire, P. Elle a choisi la droite. Là voilà qui arrive devant la classe, les bras écartés, ayant du mal à se déplacer : "Comme c'est dur ! Je n'arrête pas de grandir, et comme je m'étends tout le temps, je me cogne sans arrêt ! Quand est-ce que ça va s'arrêter ? Il paraît que jamais ! En plus, ce qui est bizarre, c'est que plus je grandis, plus tous les autres me semblent petits." Je lui demande de trouver une "sortie de droite", ce qu'elle fait sans perdre son émotion et sa démarche.

Ensuite, M. et A., qui jouent le nombre 10. L'un est le 1, l'autre le 0. Tous deux se mettent à se chamailler car le 1 est prétentieux, prétendant porter le nombre, le second s'énerve contre le 1, mal à l'aise qu'il est d'être un zéro.

Arrivent E. et L. qui font le +. Elles sont toutes fières d'annoncer qu'elles additionnent tous les nombres existant sur terre et qu'elles sont prêtes à accueillir tous les nombres qui veulent se faire additionner.

Et voilà la suite :

Tout d'abord, je leur ai demandé de créer la fiche d'identité du personnage : sa famille, ses passions et détestations, ses envies.

A partir de cette fiche, ils ont essayé de se mettre en scène corporellement et avec les émotions propres à chacune des notions. Ainsi par exemple, le Plus (+) nous a raconté son plaisir d'additionner à tout-va, nous a fait partager sa rivalité avec le Moins (-) et nous a confié la découverte heureuse d'une sorte de cousin germain qu'est le Fois (x).

Petit à petit, nous nous sommes rendu compte, par le jeu, des liens entre les personnages : entre le Plus et le Moins, entre le Carré, le Rectangle, le Losange et le Cercle, entre la Droite, la Règle et l'Equerre.

Alors, pour donner plus d'enjeux aux scènes théâtrales, j'ai choisi de réunir les personnages pour finalement aboutir à quatre scènes principales :

- une scène géométrique, dans laquelle le Carré et le Rectangle, plutôt amis, se mettent à dénigrer le Losange dépourvu d'angles droits, mais à adopter le Cercle, très étrange pour eux car sans côtés.

- une scène avec les opérations, dans laquelle le Plus et le Moins s'exercent à additionner et soustraire les nombres 1 et 7 (eux aussi des personnages) dans une certaine rivalité.

- une scène avec le 10, le 100 et le 1 000 pendant laquelle chacun cherche à voler les zéros des autres jusqu'au moment où le 1 000 000 viendra leur imposer sa puissance à six zéros.

- une scène de mesures où la Règle et l'Equerre cherchent en vain à mesurer la Droite qui s'avère bien trop longue, et même infinie.

Les scènes prêtes, elles sont présentées aux autres classes de l'école. Une toute nouvelle façon de découvrir et de s'approprier les notions mathématiques pour chacun des élèves.

 

En montrant que ces savoirs peuvent se vivre avec le corps, le mouvement, les émotions, l’incarnation permettra de les faire descendre de leur pure abstraction et surtout de les « enjouer ». Ils peuvent être alors support de joie et de jubilation. Ce serait comme une porte d’entrée, parmi d’autres, à la richesse de la notion.

Les Explorateurs

J'aimerais vous faire partager une expérimentation créative dans ma classe et dans celles d'une dizaine de collègues que nous avons intitulée les "Explorateurs".

 

Il s’agit de faciliter l’accès et l’appropriation des grandes notions scolaires grâce à des regards multiples portés sur celles-ci (nous nous inspirons ici des « intelligences multiples ») :

 

- le regard de l’écrivain

- le regard de l’artiste

- le regard du reporter

- le regard du mathématicien

- le regard du scientifique

- le regard du théâtreux

- le regard du musicien

- le regard du poète

- le regard du photographe

...

 

Nous faisons ainsi le pari que pour beaucoup d’enfants, regarder autrement et de façon diversifiée les notions à aborder à l’école peut leur donner davantage de chances d’accéder à leur compréhension, chacun y trouvant un accès plus proche de son tempérament, de sa personne. Et aussi du plaisir évidemment !

 

Nous avons commencé à vivre et faire vivre ce projet autour d’une première thématique : le Nombre. Dix classes l'ont mené ou vont le faire prochainement, toutes avec beaucoup d’enthousiasme.

 

Voici l’organisation de démarrage : La classe est divisée en équipes de trois élèves. Les équipes sont hétérogènes. Chacune de ces équipes endosse l’un de ces regards (si besoin, nous procédons à un tirage au sort).

 

Pour lancer le projet, nous avons choisi de privilégier quatre de ces regards (donc deux équipes pour chacun d’entre eux), de façon à ce que les enfants s’approprient l’idée : le regard de l’écrivain, le regard du reporter, le regard théâtral et le regard de l’artiste.

 

Les équipes d’écrivains écrivent une histoire mettant en jeu le Nombre.

Les équipes de reporters enquêtent dans l’école ou dans le quartier à partir d’un questionnaire sur le Nombre auprès d’adultes ou d’enfants, qu’ils ont interviewés.

Les équipes de "théâtreux" conçoivent une scène avec des personnages nombres ou parlant du Nombre.

Les équipes d’artistes réalisent des créations plastiques autour du Nombre.

 

Avec le déroulé suivant :

Etape 1 : présentation du projet, constitution des équipes et répartition des missions pour chaque équipe,

Etape 2 : 1h30 environ de réalisation des missions,

Etape 3 : 30 minutes de présentations des résultats des missions à l’ensemble de la classe. 

 

Qui voudrait nous rejoindre et associer sa classe au démarrage de ce projet ?

Perspectives de rebondissements

Pour clôturer cette année 2015-2016 en perspectives souriantes, je vous fais partager mon souhait principal de "plaisir à vivre", qui deviendra, je l'espère, "plaisir vécu" l'année prochaine.

 

J'aimerais transformer mon emploi des temps, de façon à ce que ma classe devienne davantage encore classe à projets, mais là, je ne pense pas aux projets qui viennent de l'Institution et qui souvent ne laissent que peu de traces, mais des projets issus de la vraie vie de classe, ceux émergeant du "Je fais partager" ou du Eureka (Eureka), ceux qui naîtront des lectures que nous mènerons ensemble, ceux qui viendront de tous nos moments de découvertes, qu'elles soient mathématiques, culturelles, scientifiques...

 

Il y aurait à la fin de chacun de ces temps une question rituelle qui serait : "Est-ce que vous avez un projet que vous aimeriez engager à partir de ce que nous venons de vivre ?"

 

Quelques exemples inspirés de choses déjà vécues en classe :

- Au "Je fais partager", un enfant nous raconte son week-end chez ses grands-parents avec ses cousins. On trace son arbre généalogique ainsi que celui d'autres enfants volontaires ?

- Lors d'une lecture d'histoire, on se lance dans des théâtralisations de scènes ou des réalisations de pop-up, comme nous venons de le faire à partir du livre "Les 9 vies d'Aristote"

- Lorsque nous travaillons sur les soustractions, certains réalisent des cartes à opérations avec au recto l'opération et au verso le résultat.

 

Mais toujours des idées venant des élèves. Je serai seulement personne aidante pour l'avancée de ces projets !

 

Ensuite, nous les noterons sur un tableau destiné à ça, avec les noms de ceux qui s'engagent à le réaliser, et avec qui. Et chaque jour, le "Temps des projets", un des temps rituels de la classe, sera centré sur l'accomplissement de ces projets-là.

De la curiosité tous azimuths

En mars et novembre 2014, je vous ai décrit ce moment de classe intitulé "Nos questions", au cours duquel nous partions chaque semaine d'une question proposée et élue par la classe pour essayer de trouver ensemble des réponses :

http://pedagost.over-blog.com/2014/05/nos-questions.html

http://pedagost.over-blog.com/2014/11/un-moment-de-questionnement-en-cp-ce1.html

Ce temps, qui fait partie du "Temps des penseurs" (http://pedagost.over-blog.com/2015/01/le-temps-des-penseurs.html), est devenu un rituel incontournable dans ma classe, et pour cette année de CE1, il entraîne souvent de vrais moments de jubilation. Depuis le début de l'année, les envies spontanées de questions foisonnent. D'ailleurs, le vote de la question hebdomadaire est un crève-coeur, tant les propositions sont riches et incarnées.

Nous avons pu aborder à ce jour les thématiques suivantes :

Comment ont disparu les dinosaures ? Pourquoi Noël existe ? Pourquoi les saisons existent-elles ? Comment sont apparus les animaux ? Comment c’est fait un squelette ? Pourquoi les guilis nous font-ils rire ? Comment le cerveau fonctionne-t-il ? Comment trouve-t-on les pierres précieuses ? Pourquoi fait-on des décorations ? Pourquoi a-t-on inventé le sport ? Pourquoi a-t-on inventé les musées ? D’où vient la poussière ? A quoi ressemble le moteur d’une voiture ? Qu’est-ce qu’il y a sous les mares ? Pourquoi a-t-on inventé les prénoms ? Qu’est-ce qu’il y a sous les trottoirs ? Pourquoi il y a-t-il plusieurs langues ? Comment est fabriquée une brique ? Comment fabrique-t-on une maison ? Comment fabrique-t-on le savon ? Pourquoi on ne marche pas pareil sur Terre et sur la Lune ? Comment trouver le nord, le sud, l’est et l’ouest ? Pourquoi a-t-on inventé la musique ?

Et ce n’est pas fini !

Ce que je trouve formidable avec cette activité, c’est de voir comment, au fil de l'année, les enfants l’investissent chaque semaine davantage. Alors qu’au début de l’année, j’apportais des documents en plus des leurs, depuis février, le moment de réponses aux questionnements est totalement le leur, avec souvent trois-quatre enfants qui arrivent avec de petits textes, des illustrations (B. est arrivé avec un plan dessiné de sous la terre), des expériences à mener (A. nous a présenté une expérience sur le magnétisme), des objets (B. est venu avec une brique) et même des petits exposés (E. a fait un exposé sur les langues et A. un autre sur le savon). Alors, évidemment, ils sont aidés à la maison pour le faire, mais quelle fierté de pouvoir s’emparer, même brièvement, de questions qui sont souvent considérées comme "pas de leur âge" et quelle émulation pour le groupe.

D’ailleurs, à ce sujet, je considère que le fait que les thématiques abordées soient hors programme est totalement sans objet. Il s’agit là avant tout de donner un espace à cette curiosité naturelle de l’enfant.

Et ça marche !

Daniel Gostain

La Phrase du jour

Le titre de ce billet pourrait faire penser à une activité qui se pratique de plus en plus souvent en classes, la plupart du temps en début de journée, intitulée aussi "La Phrase du jour".  L'enseignant écrit une phrase à partir de laquelle une analyse grammaticale est effectuée. Les phrases choisies par l'enseignant sont faites pour travailler un thème précis en grammaire.

 

Ce que je vais vous présenter aujourd'hui se différencie sur de nombreux points de cette pratique et se rapproche bien davantage d'un des principes défendus en pédagogie Freinet : partir des textes des enfants pour apprendre à lire, à écrire, à étudier la langue, à correspondre, etc.

 

En effet :

1) La phrase que nous allons étudier est proposée par un élève de façon spontanée, glissée dans mon oreille lors du temps de l'Accueil.

2) L'activité autour de cette phrase ne se limite pas à une analyse grammaticale, mais touche aussi à un vrai travail de compréhension, fait de contextualisation, d'hypothèses orthographiques, et seulement après de recherche grammaticale. Le tout porté par le désir qu'ils ont de deviner ce qu'a bien pu proposer leur camarade.

 

Pour ces deux raisons, je considère que les enfants se sentent bien davantage impliqués pendant ce temps, et que nous pouvons donc parler de "plaisir de classe".

 

Le point de départ de l'activité est venu de moi : un matin, j'ai été heureux de voir que de plus en plus d'élèves me disaient bonjour dans la cour, sans que je le demande. Alors, j'ai voulu leur faire partager cette satisfaction personnelle, mais plutôt que de passer par l'oral, je l'ai écrit au tableau sous une forme que j'affectionne, celle du Texte-Initiale (Le Texte-Initiale).

J__ s____ b____ c________ q__ n_____ n_____d_______ b__________ l_ m__________ !

(Je suis bien content que nous nous disions bonjour le matin !)

 

Les enfants ont découvert ce texte énigmatique, avec sous chaque mot un numéro. L'activité qui a suivi a été de recomposer le texte : chaque enfant me proposait une lettre pour le mot qu'il m'indiquait (par exemple le "o" après le "c" de "content"). Si la lettre était juste, il pouvait en proposer une seconde, sinon, nous passions à un autre enfant. Peu à peu, le texte apparaissait, les enfants, très actifs, se lançant dans une vraie conquête de la langue comme des aventuriers.

 

Une fois, le texte finalisé, nous passions à un petit moment grammatical : recherche de la nature des mots (déterminant, nom commun, nom propre, verbe) et nous finissions par des propositions d'enrichissement oral du texte à l'aide d'adjectifs.

 

Depuis ce premier temps que j'ai initié, chaque matin ou presque, un enfant me glisse dans la cour en secret un texte court à partir duquel nous menons l'activité.

 

Voilà un exemple en vidéo et une photo :

 

 

Plaisir VECU 900 : La Phrase du jour

Le visage de Fahd reflète bien la fierté que peut éprouver un enfant à ce que sa phrase devienne celle de toute la classe.

 

Cette association du "Je fais partager une phrase" (Le "Je fais partager") et du "Texte-Initiale" m'a semblé intéressante à vous décrire !

Faire du savoir un personnage (1)

Si vous parcourez ce blog régulièrement, vous pouvez y déceler un mélange de pédagogie Freinet, d'influences clownesques, à travers notamment le projet des "empêchements à apprendre" (http://www.empechementsaapprendre.com/), et un certain goût pour l'incarnation des savoirs, qu'on retrouve dans le livre que j'ai écrit, "Verbes, Sujets et compagnie".

 

Cette semaine, avec ma classe de CE1, nous avons commencé à étudier, en chercheur d'indices, ce qui constitue une phrase. Les enfants en ont inventé chacun une de leur choix puis nous en avons analysé deux prises au hasard au tableau.

 

Les voilà :

1) Le roi vit dans un château royal.

2) Une jument court dans des pierres.

 

Je leur ai demandé de dire ce qu'ils voyaient. La première, L., a remarqué que deux mots se ressemblaient : "un" et "une". Et puis, N. a ajouté que "le" et "des" ne leur ressemblaient pas mais étaient sans doute de la même famille, celle des petits mots. Alors, nous avons cherché à comprendre l'intérêt de ces mots, et très vite, les sens de singulier/pluriel et de masculin/féminin ont émergé. Un enfant nous a révélé qu'on les appelait "les déterminants", puis nous avons observé le lien existant entre chacun des déterminants et le mot d'à côté, le nom. Bref, un bon moment de lecture grammaticale.

 

Mais ce qui a été le plus fort et parlant pour moi, c'est la conclusion que nous avons donnée à cette séquence sous forme théâtrale. J'ai demandé à des enfants volontaires de jouer le personnage-déterminant venant raconter son histoire à la classe. Vous constaterez dans cette vidéo ci-dessous comment l'incarnation, qui permet l'émotion, le jeu, l'humour, le plaisir et le partage, donne de la force à un concept pourtant abstrait. Et sans doute une certaine permanence...

 

A poursuivre les semaines prochaines.

 

"On apprend mieux entre nous"

Lundi 7 décembre, une journée de classe qui démarre comme pour les autres semaines par un "Je fais partager". Douze enfants s'inscrivent pour présenter un livre, un texte d'écrivain, raconter un vécu personnel, etc. Donc quatre passeront ce lundi, quatre mercredi, quatre vendredi.

- A. nous a apporté un livre sur les chevaux. C'est sa passion. Elle a préparé sa présentation, puisqu'elle a même sélectionné certaines pages à l'aide de post-it.

- E. nous a parlé de son week-end avec les Eclaireurs Israélites. Ils ont confectionné des cadeaux pour les enfants des familles ayant peu d'argent. Il nous a parlé aussi de la fête de Hanoukah, de l'allumage des bougies et nous a écrit Hanoukah au tableau en hébreu.

- I. nous a présenté son livre "Le bossu de Notre dame" qu'elle est en train de lire.

- L., qui est arrivée ce matin-là avec des béquilles, nous a parlé de son entorse, ce que c'était et ce que ça impliquait pour elle pour les semaines à venir.

Ces quatre passages ont passionné les enfants de la classe, je l'ai tout de suite senti. Alors, porté par une subite impulsion, j'ai proposé aux quatre enfants un rendez-vous à 11h30 pour me parler de ce temps de "Je fais partager".

Je vous livre ci-dessous l'essentiel de ce qu'ils ont dit, en essayant de conserver leur expression. J'ai été séduit par leur pensée, et conforté dans l'idée que l'enseignement par le maître n'était vraiment pas la voie d'apprentissage la plus efficiente (ce qui ne veut pas dire que notre part dans les apprentissages soit secondaire !)

"Ça sert à quoi le « Je fais partager » ?

- Ça sert à faire partager ce qu’on a appris ou ce qu’on a fait. Comme ça, on peut apprendre des choses aux autres. C’est bien de faire partager, car comme ça, les autres, ils en savent plus sur nous, sur ce qu’on aime, sur ce qu’on présente.

Pourquoi est-ce important qu’ils sachent ce que tu aimes, toi ?

- C’est pas important, mais ça peut leur apprendre.

- Si elle leur fait connaître ce qu’elle aime bien, peut-être que si ensuite elle les invite pour son anniversaire, ils sauront ce qu’elle aime pour les cadeaux.

- Oui, ça peut apprendre, ça peut bien aider, par exemple un enfant qui ne sait pas du tout ce que c’est que l’hôpital, qui n'y est pas allé, moi, si je lui expliquais, il saurait un peu plus.

- Je trouve que c’est très important de connaître ses qualités, ce qu’on aime, car après, ça peut te donner des idées. Je pourrais me dire, tiens, je pourrais bien aimer les chevaux, moi aussi.

- C’est bien parce que quand on a appris des choses, on peut les apprendre aux autres. E., par exemple, il aime bien les clowns, et quand on a fêté son anniversaire, les personnes qui lui ont fait un cadeau pouvaient savoir et lui faire un dessin, par exemple un singe qui fait des acrobaties.

- Quand on a fêté l’anniversaire d’E., sur le « Joyeux anniversaire », j’avais dessiné un clown.

Imaginez que demain matin, je vous fasse un exposé sur le cheval ou sur l’hôpital. Que voyez-vous comme différence avec le « Je fais partager » ?

- C’est mieux qu’on écoute des enfants, qu’on s’écoute entre nous. Toi, c’est bien aussi, mais je pense que c’est mieux d’enfants à enfants. Toi, on sait que tu sais beaucoup de choses. Je pense que c’est mieux de savoir des choses sur les autres.

- Si tu parles du cheval et qu’après tu parles tout de suite de l’hôpital puis du « Bossu de Notre Dame », et enfin de Hanoukah, ça n’a rien à voir entre eux. Le problème, c’est qu’il y a la même distance entre les quatre.

- C ’est mieux que ce soit les enfants qui présentent, parce que si toi, tu présentes quelque chose sur le cheval, on sait que les adultes connaissent beaucoup de choses, et nous, on en connait moins. Moi, quand je présente quelque chose sur le cheval, j’ai beaucoup de sourires, et vu que j’adore les chevaux, j’aime bien le présenter. Alors que mes parents ou souvent les adultes, ça ne les intéresse pas trop.

- Quand nous, on présente quelque chose comme un livre, c’est parce que on l’aime bien, ça nous a fait du plaisir quand quelqu’un nous l’a acheté, alors que les adultes, par exemple toi, quand tu présentes, des fois, t’es pas super content. C’est pas toi vraiment qui as envie de le présenter. C’est aussi des gens qui décident : « Dans la classe, on va faire ça en premier, après c’est la récréation, puis cela ». C’est pas toi qui décides vraiment ce qu’on va faire. C’est plus amusant pour nous de présenter. Et aussi, ça nous apprend à s’écouter entre nous. C’est déjà pas mal.

- C’est mieux d’écouter les plus petits, car les plus grands, ils vont savoir plus de choses que nous, ils vont nous corriger, et il y a des enfants qui n’aiment pas du tout ça. C’est pas grave s’ils ne disent pas exactement la bonne phrase.

- J’ai un peu changé d’avis, parce que c’est aussi intéressant de t’écouter, parce que c’est quand même toi qui nous apprends. Tu dois quand même nous corriger. C’est aussi intéressant, mais un petit peu moins que quand c’est entre enfants.

- C’est bien que les enfants expliquent des choses car des fois, il y a des personnes qui se moquent, quand on leur pose une question : « Tu vas pas savoir ! C’est trop compliqué pour toi ! » Des fois, au « Je fais partager », quand on leur montre des choses, les personnes qui se moquaient se moquent moins, parce qu’elles ne savaient pas, ça. Alors que la personne qui montre au « Je fais partager » savait. Ça nous montre qu’il ne faut pas se moquer des autres. Des fois, on sait des choses que l’autre personne ne sait pas, et des fois, le contraire.

- Faut pas se moquer des autres, car les petits peuvent apprendre aux grands. Par exemple, il y a tellement de pays que personne ne sait parler toutes les langues. Il y a donc peut-être des enfants qui apprennent le latin et qui l’apprendront à leurs parents.

Est-ce qu’il y a des moments où vous m’apprenez des choses ?

- Quand je t’ai présenté mon livre, peut-être que tu ne le connaissais pas. Quand A. a présenté son livre sur les chevaux, peut-être que tu ne savais pas tout ce qu’elle a expliqué. Et même à la maison, tu peux apprendre des choses à tes parents. La dernière fois, quand on est allé à la Cité de l’architecture, le soir ou le lendemain, j’ai expliqué à maman toutes les légendes qu’on avait apprises.

- Des fois, quand tu oublies quelque chose, on te le rappelle.

- Oui, c’est possible, parce que moi, quand je t’ai présenté Hanoukah, j’ai eu l’impression que t’as dit des choses que t’as remarqué et que tu ne les savais pas."

Le Temps des penseurs : Réflexions et propositions

Nous nous sommes réunis à huit pour penser "le Temps des penseurs" lors de la Fédération de stages organisée par l'Icem-Pédagogie Freinet. Voilà le fruit bien synthétisé de nos réflexions, et surtout des pistes d'expérimentation à conduire en classe.

 

Notre plan de travail (synthétisé) pendant le stage

  • PENSER LES SITUATIONS D’APPRENTISSAGE QUE NOUS VIVONS
    Comment les vit-on en classe ? Pourquoi ce ressenti ?
  • PENSER LES CONTENUS D’APPRENTISSAGE

Quels sont les contenus fondamentaux ?
Comment faire en sorte que les enfants portent un regard de penseur sur leurs savoirs ?

Comment faire en sorte que les savoirs que nous avons à enseigner soient le plus possible pensés dans la classe ?

  • PENSER LES EMPÊCHEMENTS A APPRENDRE
    Quels empêchements observons-nous dans nos classes ?
    Comment travailler sur les empêchements ?
  • PENSER LE GROUPE
    Quelles sont les façons de constituer une culture de groupe dans nos classes ?
    Comment aider l’élève à penser le groupe ?
  • SE PENSER SOI (COMME ETRE HUMAIN)
    C’est comment un enfant penseur ?
    Comment faire en sorte que l’élève ait un penser sur lui-même ?
  • NE PAS PENSER (Pour mieux penser ?)
  • SYNTHESE/FINALISATIONS/BILAN/PERSPECTIVES

 

Synthèse de notre travail

 

  • Qu’est ce que penser ?
    • Un pas de côté
    • Faire des liens ; relier ; « c’est comme »
    • Conscientiser
    • Porter un regard sur ce que j’ai fait, sur ce qui se passe, et comment je l’ai vécu (relire)
    • Questionner

 

  • Pourquoi penser ?
    • Conquérir les secrets de la vie (cf Jacques Lévine)
    • Remise en cause de ce qui est proposé
    • Passer d’un monde chaotique à un monde cohérent
    • S’approprier ce qu’on vit à l’école
    • Se construire, agir en son nom propre
    • Interpréter, se représenter le monde, tout en nuances.

 

  • Comment penser / faire penser ?

Les dispositifs de la classe Freinet qui, en permettant l’expression, la création libre, le tâtonnement, le partage, l’aménagement coopératif de l’espace et du temps, favorisent un penser permanent sur les apprentissages (au sens large), sur soi et sur le groupe.

 

Et pour aider à la prise de conscience de ces actes de penser, nous avons repéré des dispositifs complémentaires :

 

Le retour réflexif sur ce qui se passe en classe :

 

  • Pour penser les situations d’apprentissage :
    Permettre aux élèves et/ou à l’enseignant d’exprimer son ressenti à l’issue d’un moment de classe et de réfléchir brièvement ensemble au pourquoi / comment (en prenant en compte aussi les empêchements), pour le prolonger, si nécessaire, au Conseil.
    (élève) Qu’est-ce qui s’est passé pour moi ?
    (enseignant) J’ai observé que …
    (à la classe) Qu’en pensez-vo
    us ?

 

  • Pour penser les contenus d’apprentissage :
    Prendre un moment en fin de journée ou d’activité pour que les élèves identifient ce qu’ils ont appris et pourquoi.
    (élève) Avant, je ne savais pas que …/et : J’ai appris que…
    (élève) Je voudrais savoir pourquoi nous apprenons …
    (enseignant) A votre avis, pourquoi avons-nous travaillé s
    ur …

 

  • Pour se penser soi-même :
    Offrir la possibilité avec un outil simple et approprié pour chacun des élèves (éventail de pictogrammes, nuancier des sentiments) d’exprimer un sentiment personnel
    Fatigue, lassitude, énervement, impuissance, …

 

  • Pour penser le groupe :
    Même dispositif que pour les autres modalités, avec une focalisation sur les interactions.

 

Des moments plus planifiés où l’on va penser ensemble :

 

  • les ateliers de philosophie et de psychologie (cf. travaux de Jacques Levine),
  • le conseil,
  • les empêchements clownesques (http://www.empechementsaapprendre.com/),
  • jeux de rôles,
  • portrait chinois personnel ou du groupe,
  • bilan météo
  • la médiation culturelle (cf. travaux de Serge Boimare)

 

NB : Penser se fait bien sûr aussi de façon non volontaire (pendant les activités de loisir et quotidiennes, ou de façon inconsciente, pendant le sommeil).

 

Des prolongements évoqués

 

  • Chercher d’autres modalités pour faire penser qui ne soient pas verbales.
    Chacun selon ses penchants permet au groupe de les vivre pour ensuite les analyser.
    • Brain gym ;
    • Padovan ;
    • La méditation
    • Massage
    • Art du spectacle : mime ; marionnettes
    • Dispositif « Outil de représentation et de manipulation » © Céline / playmobil

 

  • Envisager un travail plus centré sur l’enseignant : penser sa classe, son travail, ses empêchements, sa personne.

 

Début de bibliographie

Jacques Lévine : « Anthropologie des savoirs scolaires »

Serge Boimare : « Ces enfants empêchés de penser »

André Tricot, sur les apprentissages naturels, adaptatifs.

Olivier Houdé : http://olivier.houde.free.fr/

Un article du Café pédagogique du 28/10/2015 : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/10/28102015Article635816158052873060.aspx

 

Les Troubles du comportement

Valérie Barry est maitre de conférences en sciences de l’éducation et agrégée de mathématiques. Elle enseigne dans les formations pour l’Adaptation Scolaire et la Scolarisation des élèves Handicapés (ASH) de l’ESPE (IUFM) de l’Université Paris-Est Créteil.

 

Elle est intervenue à l'Université de printemps du Snu-Ipp Paris pour nous parler des troubles du comportement, ce fut passionnant, et ce d'autant plus qu'elle a su parfaitement s'adapter au vécu des enseignants présents sur place, enseignants se disant souvent démunis et pas ou peu formés pour cela.

 

Je vous fais partager - avec son accord - sa conférence, que j'ai divisée en thématiques :

 

1) INTRODUCTION

 

2) LA RESTAURATION NARCISSIQUE

 

3) PARTIR DES BESOINS

 

4) LA QUESTION DU SIGNALEMENT

 

5) LE GROUPE ET LA PERSONNE

 

6) L'ERREUR

 

7) LE DENI