Beaucoup, d'enseignants se posent la question de la pédagogie différenciée quand ils ont une classe de double niveau, comme c'est mon cas cette année, mais elle devrait se poser dans tous les cas
de configuration de classe, les élèves étant tous différents.
Pour moi, différencier les modes d'accès aux apprentissages est d'abord une affaire de reconnaissance :
- reconnaissance des différences de niveaux scolaires (notion discutable) entre chaque élève
- reconnaissance des différences de modes d'accès aux apprentissages : un enfant aura davantage besoin de dire, d'écrire, de manipuler, d'échanger, ou alors de temps, d'espace, de relations.
- reconnaissance de ce qui motive un enfant mais aussi de ce qui le bloque
Dans la mesure où il est impossible de cerner précisément les éléments de reconnaissance pour chacun, sachant que beaucoup reste indicible, je pars du principe qu'une classe devrait être faite de
situations diversifiées permettant au plus grand nombre d'élèves de trouver sa voie d'accès.
- situations de paroles
- situations de questionnement
- situations d'échange
- situations de réflexion
- situations d'entraînement
- situations de jeux
- situations de projets personnels
- situations de découverte
Dans la classe de CE2/CM1 que j'ai cette année, je fais les paris suivants :
1) Avec le Travail personnel, ils pourront mener leur projet personnel d'apprentissage :
Travail personnel
2) Avec le "Je fais partager", ils pourront présenter leurs projets en cours et avoir ainsi la reconnaissance et l'aide de leurs pairs
3) Avec les moments de réflexion collective comme les ateliers de philosophie, ils pourront avancer dans leur réflexion sur le monde, chacun à son niveau
4) Avec les moments d'écriture libre qui évitent le normatif dans l'écriture, ils pourront s'approprier un statut d'écrivain en formation
5) Avec les moments d'étude de la langue où ils étudient des textes qu'ils ont écrits, ils pourront saisir que la grammmaire est un outil d'écriture et non un pensum
Il ne s'agit donc pas de séparer les élèves en groupes de niveaux mais de favoriser des activités qui permettent à chacun de progresser à son rythme. Ca évite les gros dispositifs compliqués
(groupes de niveaux par matière) dans lesquels l'enfant se trouve toujours ballotté.
Le seul moment où je différencie physiquement les deux niveaux officiels de la classe est le moment que j'appelle "Les missions". Voilà où j'en suis là-dessus :
- Deux groupes de 12 élèves ont été constitués, l'un plutôt de niveau CE2 en mathématiques, l'autre plutôt de niveau CM1.
- Pendant que je travaille avec un de ces groupes sur une situation mathématique, l'autre groupe formé de duos d'élèves travaille sur des missions :
Les missions
Ce temps de partage en deux groupes, c'est deux fois par jour sur 40 minutes chacun.
La pédagogie différenciée est donc d'abord pour moi une pédagogie de reconnaissance de là où l'enfant se situe, fort de ses connaissances en cours, ses envies, ses difficultés, avec un objectif
d'enseignant : que chacun avance, en sécurité, en confiance, en plaisir. Une pédagogie envie et en vie.
Et avec une préoccupation : éviter l'étiquetage.