Se questionner pour savoir... ou pour réfléchir

Cette année, dans ma classe, c'est l'année du questionnement tous azimuts :

- la question posée jeudi et traitée lundi avec un essai de réponse (moment appelé "Nos questions")

- la question plus philosophique du jeudi qui n'attend pas une réponse mais simplement un échange (moment appelé "Je réfléchis")

http://pedagost.over-blog.com/2014/01/questionnons-les-savoirs.html

 

Tous les jeudis, les enfants proposent six questions auxquelles ils aimeraient qu'on apporte une réponse (ce que nous faisons le lundi suivant).

Parmi ces questions, il arrive souvent qu'une de ces questions soit plus philosophique ou psychologique, et j'ai choisi depuis peu d'accueillir ces questions des enfants pour le "Je réfléchis".

 

Les voilà :

 

1) Pourquoi on n'est pas tous parfaits ?

 

2) Pourquoi parfois certains parents divorcent ?

Je n'ai pas mis l'enregistrement, car il y a trop de paroles très personnelles. Il n'empêche que ce temps d'échange fut d'une grande richesse.

 

3) Pourquoi parfois, on fait l'école à la maison ?

 

4) Est-ce que les fantômes existent ?

Lire en CP : La pratique du Texte-Initiales

J'ai déjà eu l'occasion d'écrire sur cette pratique, mais je n'hésite pas à en ajouter une couche, car je crois que découvrir un texte d'album de lecture en CP avec des lecteurs et non-lecteurs est un vrai problème.

En effet, comment concilier l'attente des lecteurs, pressés de lire comme des grands le nouveau texte, et forcés de se taire pour ne pas déflorer l'histoire et le temps de la découverte, et la difficulté des non-lecteurs, ayant face à eux un texte composé de mots encore complexes, s'il s'agit bien sûr d'un vrai texte d'album et non d'un texte artificiel de manuel.

Alors, j'ai trouvé l'idée du Texte-Initiales.

1) Le nouveau texte est au tableau, mais seulement avec la première lettre de chaque mot et un trait pour représenter la suite du mot.

2) Nous découvrons ensemble l'album dans sa matérialité pour entrer dans son contexte : personnages, début de l'histoire, illustrations.

3) C'est ensuite aux enfants de reconstituer peu à peu le texte du tableau, en s'aidant de la première lettre, de la longueur des mots, d'hypothèses sur l'histoire. Et puis, le texte qui se reconstitue peu à peu va donner des indices... Les bons lecteurs s'attaqueront aux mots longs, ceux que l'on doit deviner en faisant des hypothèses. Les lecteurs plus hésitants, eux, pourront commencer par les petits mots, souvent déjà rencontrés auparavant.

Je mène cette pratique avec un petit jeu à points, mais ce n'est pas du tout nécessaire. D'ailleurs, je ne le fais pas souvent ainsi.

Voilà une vidéo concrétisant l'idée :

Prendre le temps de l'accueil

Ça fait plusieurs articles que j'écris dans ce blog sur ce temps de l'accueil, le démarrage en douceur de la journée de classe, un moment à rebours de toutes les conceptions utilitaristes de l'éducation, où il ne faut absolument pas perdre de temps.

A rebours aussi de ces pratiques de classe qui se répandent en ce moment et qui mettent la pratique des rituels au programme du démarrage de classe : petits rituels de mathématiques ou de français, que j'ai observés chez des collègues, qui mettent tout de suite les élèves en activité, alors que je considère au contraire nécessaire de faire du début de journée un sas entre la maison et l'école, un moment pour s'approprier l'espace de la classe, ses camarades, l'enseignant, les projets en cours.

Voyez comment ça peut se passer :

"Les empêchements à apprendre" : chronique du Café pédagogique

Daniel Gostain et le défi des empêchements d'apprendre

Moi c'était un prof de SVT au nom un peu ridicule mais à la carrure impressionnante. Il terrorisait ses sixièmes. Sans doute, pour lui, fallait-il être craint pour être obéi. De notre coté, toute notre énergie passait à éviter son regard et à littéralement disparaitre de son champ visuel. Mais peut-on être compris dans le désert d'une classe muette d'effroi ? Ce moment personnel, Daniel Gostain le fait revivre et le transforme en fable pédagogique à travers des vidéos où sa troupe de clowns interrogent les empêchements d'apprendre. Une sacrée aventure pédagogique !

Pour devenir un prof pas commun mieux vaut commencer par un parcours pas ordinaire. Daniel Gostain n'est pas tombé tout petit dans la marmite enseignante. Il a commencé sa vie professionnelle par une école de commerce prestigieuse et un travail de commercial. "J'ai appris des choses, par exemple écouter, me décentrer pour suivre mon interlocuteur", nous dit-il. "Mais j'avais l'impression de faire des choses sans sens". En vendant ses livres, il perdait son temps et ne retrouvait du punch qu'en encadrant des colonies de vacances. Alors la balance a vite été faite. Adieu la paye, bonjour les valeurs ! A 33 ans, le jeune commercial réussit le concours des écoles. Daniel Gostain se retrouve enfin à sa vraie place : devant des élèves, à Paris, au primaire. Aujourd'hui il enseigne en CP/CE1 dans un quartier populaire du nord est parisien.

L'empêchement d'apprendre est devenu une signature des élèves français dans Pisa. Plus que les autres, ils ont peur de répondre de façon erronée. Ils ne répondent pas et semblent très mal à l'aide dès que l'on sort des schémas classiques pour utiliser des compétences en situation non scolaire. On en a tous fait l'expérience. Pas forcément celle des empêchements liés à la peur du maître. Il y aussi, d'après Daniel Gostain, ceux qui sont liés à l'élève : la peur de rater, les soucis, la honte. Ceux qui viennent de la famille : trop différente de l'école ou trop indifférente à moi. Ou encore ceux qui sont liés aux savoirs : à quoi ça sert ce qu'on apprend ? N'est ce pas trop difficile ?

Avant Pisa, des chercheurs ont travaillé ces empêchements d'apprendre et Daniel Gostain s'en inspire. Il a travaillé avec Jacques Lévine, l'initiateur et l'inspirateur de l'AGSAS et , bien sur, avec Serge Boimare. Pour ce dernier, "il y a des enfants qui arrivent à l’école sans compétence psychique pour apprendre. L’apprentissage implique une confrontation avec le manque et l’attente, la solitude. Dans cette situation, ces enfants sont pris par un sentiment parasite, une émotion trop forte. Pour eux le moment de doute est désorganisateur et ils construisent des stratégies pour l’éviter. Ce n’est pas par des exercices d’entrainement qu’on va les sortir de ces difficultés".

Alors comment faire ? Daniel Gostain a découvert "son clown". Il peut faire vivre un clown sympathique. Avec ses collègues de la Compagnie "Tape l'incruste", ils sont rodés aux numéros qui croisent les personnages de chacun. Si Serge Boimare passait par la mythologie et le conte pour dépasser les empêchements d'apprendre, Daniel Gostain appelle son clown. Avec cette technique il entre directement dans un univers qui est celui de l'enfance et qui entretient une distance savante avec l'empêchement.

"Je suis contre le volontarisme. Je suis dans le permettre, le laisser venir", nous dit-il. "Je mets en place des situations qui permettent à l'enfant de s'exprimer s'il le souhaite". Avec une quarantaine d'enseignants, un groupe s'est constitué qui a répertorié une vingtaine d'empêchements. Le groupe imagine maintenant des scénarios à aborder en classe. Il construit petit à petit une bibliothèque de vidéos où les clowns abordent les différents empêchements d'apprendre. Il y a les courtes vidéos sur "Je n'arrive pas à le dire", "Je passe d'une idée à une autre", "J'ai honte de moi", "Je ne suis pas comme les autres", "Je en suis pas au niveau" et encore beaucoup d'autres dont "Il nous fait peur ".

"Il ne s'agit pas de mettre l'élève face à son empêchement", nous dit il. "Mais de faire réfléchir un groupe d'enfants sur des situations avec l'aide des clowns". Daniel Gostain fait volontiers appel aux techniques du Théâtre forum où un enfant peut intervenir dans le spectacle pour empêcher une action et réécrire l'histoire. C'est ce travail d'expression qui permet de dépasser les empêchements. Avec les enfants rien de plus facile que de s'emparer des vidéos de Daniel Gostain.

François Jarraud

La vie (et l'école) d'avant

Sur la période de janvier-février, nous avons étudié la thématique de la vie d'avant, comparée à celle d'aujourd'hui.

 

Nous avons démarré par une mini-enquête auprès des parents : un questionnaire leur a été proposé pour qu'ils témoignent de leur vie d'enfant, et de nombreux adultes ont eu la gentillesse de l'écrire.

- Où ont-ils grandi ?

- Quels objets étaient les leurs ?

- Que mangeaient-ils ?

- Quels jeux et jouets ?

- Quels événements les ont marqués ?

 

En parallèle au partage et à la lecture en classe de ces questionnaires, nous avons mené des moments de réflexion autour de trois questions :

 

1) C'est comment une personne âgée ?

 

2) A quoi ça sert qu'une personne âgée nous raconte sa vie d'enfant ?

 

3) Quel âge aimerais-tu vivre maintenant ?

 

Et puis nous avons eu la chance de bénéficier de la venue de deux grands-parents d'élèves de la classe, le premier nous présentant sa vie d'enfant à Paris, la seconde nous racontant sa vie d'écolière plutôt à la campagne.

 

Voilà son témoignage en vidéo :

Il (ou elle) nous fait peur (regards de clowns)

Avec notre groupe de travail sur les empêchements clownesques, nous avons choisi vingt empêchements à apprendre qui nous semblent les plus au coeur de la difficulté.

Empêchements liés à l'élève :

- J'ai peur de rater

- J'ai besoin de bouger

- J'ai des soucis qui m'encombrent

- J'ai honte de ce que je suis

- Je ne suis pas bon

Empêchements liés à l'enseignant

- J'ai peur de l'enseignant

- J'ai le sentiment que l'enseignant ne s'intéresse pas à moi

- Il ne nous explique pas (ou mal)

- Il ne nous laisse pas de place

- Il laisse le bazar s'installer dans la classe

Empêchements liés aux savoirs

- Ça ne sert à rien

- C'est trop facile (désintérêt/ennui)

- C'est trop difficile (décrochage)

- Je ne sais pas comment faire...

- C'est nouveau, ça me fait peur

Empêchements liés à l'entourage (famille, copains)

- Ils ne veulent pas de moi (copains)

- Ils se moquent de moi (copains)

- Dans ma famille, c'est trop différent de l'école

- Dans ma famille, on rate tous (on a raté les études)

- On n'est jamais content de moi et de mes résultats

Parmi les empêchements à apprendre, nous ne pouvons évidemment passer sous silence ceux liés à l'enseignant. Par exemple, l'enseignant qui fait peur, de façon volontaire ou non.

Il sera plus difficile pour chacun de nous, psychologiquement, de mettre en lumière ces empêchements devant les élèves, mais il me semble pourtant bien nécessaire de mettre notre place et notre posture au moins en questionnements, par honnêteté, mais aussi et surtout pour les faire évoluer. Car elles participent du bon fonctionnement du groupe et de ses apprentissages.

Il (ou elle) nous fait peur : scène initiale

Il (ou elle) nous fait peur : les émotions des clowns

Il (ou elle) nous fait peur. Les questions des clowns

Il (ou elle) nous fait peur : les solutions (à questionner) des clowns

J'ai besoin de bouger (regards de clowns)

Aujourd'hui, je vous fais partager nos scènes de clowns sur "J'ai besoin de bouger", découpées en quatre parties bien séparées pour permettre de s'arrêter plus aisément sur chacune et mieux les aborder avec la classe :

La scène initiale de difficulté

Les émotions des clowns

Les questions des clowns

Les solutions (à questionner) des clowns

Tu ne peux pas y arriver... (regards de clowns)

Ah, ces enfants presque d'avance condamnés par l'échec (ou le sentiment d'échec) de leurs parents : "Dans notre famille, on ne peut pas y arriver". Ces enfants-là arrivent à l'école avec une sorte de fatalisme de la non-réussite programmée. Evidemment, comme pour tous les autres empêchements, ça reste très inconscient, mais ça existe bel et bien.

 

Donc les clowns s'en sont emparés :

Ça tombe toujours sur moi (regards de clowns)

Le projet des empêchements clownesques poursuit son chemin, avec très prochainement la réunion de notre groupe de travail pour élaborer un outil pédagogique à partir de ces scènes (1er février à Paris. Si vous voulez nous rejoindre, bienvenue, et dans ce cas, envoyez-moi un message), et des idées qui avancent pour que l'approche clownesque de l'empêchement aboutisse à des pistes pédagogiques.

 

Cette fois-ci, nous vous proposons une nouvelle version de "Comme par hasard !" (http://pedagost.over-blog.com/2013/11/comme-par-hasard-regard-de-clown.html), mais dans la nouvelle configuration dont je vous parlais là : http://pedagost.over-blog.com/2013/12/il-ne-m-explique-pas-les-choses-regard-de-clown.html

 

Donc une situation vécue par les clowns, suivie par leur émotion partagée. Et la possibilité pour les élèves de proposer leur aide aux clowns à cette adresse : aiderlesclowns@gmail.com (et pas aiderlesclowns@voila.fr indiqué dans les vidéos)

 

En cadeau, trois versions pour pour pouvoir choisir : au cocktail, à la piscine, dans la jungle :

 

1) Au cocktail

 

2) La nage

 

3) Dans la jungle

Serge Boimare

Aujourd'hui, c'est le partage d'une parole que je souhaite vous proposer, celle de Serge Boimare, ancien directeur pédagogique du centre Claude Bernard à Paris, qui, comme celle de Jacques Lévine, mériterait d'être davantage écoutée dans l'Education nationale.

 

Vous le connaissez sans doute pour avoir lu ou entendu parler de ses travaux sur l'empêchement à penser, et de ses trois ouvrages traitant cette problématique, soit du point de vue de l'élève (peur d'apprendre), soit du point de vue de l'enseignant (peur d'enseigner). Je vous conseille vivement de lire par exemple "Ces enfants empêchés de penser".

 

Cet article du Café pédagogique vous donnera une idée par écrit de sa façon d'aider ces enfants empêchés, notamment par le biais de la culture.

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lenseignant/primaire/elementaire/Pages/2008/98_elem_boimare.aspx

 

J'ai eu la chance de l'entendre lors d'une conférence organisée par le Gfen, le 7 janvier dernier, et même de le rencontrer ensuite pour discuter, entre autres, de ce "cousinage" entre son travail et le projet des empêchements clownesques dont je parle fréquemment dans ce blog.

 

Il m'a donné son accord pour le partage de sa conférence. Le son n'est pas excellent, mais c'est bien écoutable.

1) La conférence

2) Quelques réponses aux questions de la salle :

- Sur l'Institution

- Sur le travail en équipe

- Sur les traces écrites

- Sur la "société de l'immédiateté"

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog