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Les personnages grammaticaux en personne !

Pour ceux qui ont l'habitude de parcourir ce blog; vous savez que j'aime associer théâtre incarné et apprentissages !

 

Ainsi, j'ai pris l'habitude d'aborder les notions en langue française ou en mathématiques par le biais du corps et plus largement par la personnalisation. Considérant que c'est une façon de faire s'approprier plus profondément les concepts.

 

Ça a débuté avec l'écriture de "Verbes, Sujets et compagnie", les aventures du verbe Aimer. Ce livre a rencontré un certain intérêt. Après plus de dix ans, il est toujours réédité et diffusé : Verbes, Sujets et compagnie

 

J'ai poursuivi cette démarche qui me tient à coeur avec l'Encyclopédie clownesque des savoirs, projet pour l'instant inabouti mais pas abandonné (http://pedagost.over-blog.com/tag/encyclopedie%20clownesque%20des%20savoirs)

 

Et puis, de nombreux projets se sont poursuivis autour de cette idée d'incarnation des savoirs. D'ailleurs, un article le relatera tout prochainement dans les Cahiers pédagogiques.

 

Cette année, avec ma classe de CE1, nous avons pas mal travaillé au cours de ce premier semestre sur les composantes de la phrase, le Verbe, le Nom, le Déterminant, et tout récemment l'Adjectif. Pour ce faire, nous nous sommes appuyés sur les textes des élèves et notamment les phrases qu'ils proposaient, sur un document que j'ai conçu et qui présente de la façon la plus simple possible la grammaire (http://www.calameo.com/read/000021025a923e20983ff) et hier, j'ai proposé à des élèves volontaires d'incarner sur scène une de ces notions, la faisant passer ainsi en personnage.

 

La vidéo que vous allez pouvoir découvrir ci-dessous n'est faite que d'improvisations, d'où des erreurs grammaticales logiques vu l'âge des enfants, et les questions posées aux personnages n'ont pas été préparées, mais elle donne bien l'idée du titre des "personnages grammaticaux en personne" . N'hésitez pas à réagir !

 

De l'art du débat en CE1 selon la pédagogie Freinet

Voici un article paru dans l'Express et France soir suite à la visite d'une journaliste de l'AFP, Frédérique Pris, dans ma classe.

 

Paris - La scène se déroule quelques jours avant les fêtes. "Avez-vous des choses à dire sur le Père Noël'". La vingtaine d'enfants de CE1, assis en cercle sur le sol, échangent leurs arguments contradictoires. Sous l'oeil attentif de leur maître, praticien de la pédagogie Freinet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans cette classe d'une école publique du XXe arrondissement de Paris, les enfants de sept ans doivent lever le doigt pour se voir remettre un petit micro. "Le Père Noël n'existe pas car j'ai deux photos de lui. Sur l'une il est jeune, sur l'autre il est vieux", déclare un des élèves.

 

"Je ne suis pas d'accord avec Iliane. Je l'ai vu à la fête du travail de mon papa et il m'a dit avoir bien reçu ma lettre", répond son petit voisin, qui comme les autres intervenants commence sa prise de parole par "je suis d'accord avec..." ou "je ne suis pas d'accord avec...".

 

"Habiter au pôle Nord, ce n'est pas possible". "Et les Esquimaux' Le Père Noël est peut-être un Esquimau". La séance d'une vingtaine de minutes, sans quasiment aucune intervention du professeur, se conclut par les mots de Joséphine: "Pour certains c'est le Père Noël qui amène les cadeaux. Pour d'autres ce sont les parents. On ne peut pas savoir, on ne l'a jamais vu".

 

Les enfants viennent de participer au moment "Je réfléchis" de leur enseignement. Conçue par l'instituteur Célestin Freinet (1896-1966), cette pédagogie "toujours en construction" place l'expression, la création, le tâtonnement expérimental et la coopération avec les autres élèves au coeur de l'apprentissage.

 

Elle a peu à peu irrigué l'école dite classique, qui s'est inspirée des sorties scolaires, écritures de textes, rédaction d'un journal de classe, moments de paroles mis en avant par Célestin Freinet, explique Catherine Chabrun, rédactrice en chef de la revue du mouvement, "Le Nouvel éducateur". Mais, selon elle, ces "techniques" sont appliquées "sans les grands principes qui les articulent et leur donnent toute leur cohérence".

 

- Apprendre "pour de vrai" -

 

La journée de classe de Daniel Gostain, qui s'appuie sur Freinet depuis dix ans, est rythmée par une succession de "temps" ("temps libre et calme", "j'apprends à lire", "je fais un projet", "nous apprenons", "je fais partager", etc.). Le programme, affiché au tableau, est lu en début de classe par deux élèves qui demandent ensuite "Y-a-t-il des questions ou des réactions '".

 

Une série de rituels qui donnent un cadre aux interventions des élèves. De fait, ils participent, bougent à travers la classe à certains moments, mais la matinée s'écoule dans le plus grand calme.

 

Car "respecter la place de l'enfant, ce n'est pas prôner l'enfant-roi. La démocratie et ses règles permettent d'articuler les places de chacun", affirme Catherine Chabrun.

 

Pour Daniel Gostain, cette pédagogie "crée les conditions pour que les enfants s'expriment, osent, cherchent, s'étonnent, se questionnent, alors qu'ils sont dans une structure qu'ils ne choisissent pas". "Les enfants apprennent pour de vrai."

 

Pas de rangées de tables mais une disposition des bureaux en arc de cercle, avec un passage au milieu pour que les enfants puissent circuler.

 

Au mur, des cartes, des conjugaisons, des bandes numériques, comme dans une salle de classe classique. Lecture, explication de la soustraction, puis "temps de travail individuel": chaque enfant se saisit de son classeur, avec un programme de travail à accomplir sur deux semaines, selon l'ordre qu'il choisit. S'il cale, il accroche une étiquette à son nom sur le tableau pour le signaler au maître.

 

Après une période de déclin, la pédagogie Freinet connaît un regain, avec aujourd'hui quelque 3.000 professeurs des écoles qui s'en réclament. Et toujours au sein de l'école publique, "car c'est une pédagogie populaire, ancrée dans la société, pour tous les enfants", selon Catherine Chabrun.

 

Elle a, au fil des décennies, essaimé à l'étranger, avec une cinquantaine de mouvements, dont le dernier-né a vu le jour en Grèce.

Les "Empêchements" reconnus !

Notre travail sur les empêchements à apprendre se poursuit avec dix nouvelles scènes accompagnées de leurs pistes pédagogiques en cours d'élaboration.

 

Découvrez-les ici : http://www.empechementsaapprendre.com

 

Nous avons eu la chance de le présenter au Forum des enseignants innovants 2016 organisé par le Café pédagogique, et là, belle surprise, nous avons vécu deux moments bien réjouissants :

 

1) La visite de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Education Nationale, qui a pu découvrir notre projet et a semblé bien intéressée, comme en témoigne cette photo :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2) Le "Grand Prix du jury" attribué par le Forum à notre travail !

 

Lors de la remise du prix, j'ai souligné que travailler sur ce qui empêche d'apprendre ne pouvait être considéré comme de l'innovation mais comme le quotidien de chacun.

Malheureusement, nous en sommes loin, beaucoup considérant que cela ne faisait pas partie de notre mission d'enseignant, ou alors que les seules réponses ne pouvaient être que didactique ou du ressort des spécialistes.

Trafic fluide

Depuis ce début d'année scolaire, une drôle de chose se passe dans la classe, une sorte de circulation "naturelle" qui me ravit.

 

J'ai une classe de CE1, plutôt pleine d'allant, qui s'empare de tous les temps que je propose (d'où les guillemets mis à "naturelle", car la part du maître est bien présente), avec des élèves qui ne cessent de proposer, de s'engager, et, souvent de me surprendre. Comme si mon rêve formulé en fin d'année dernière se matérialisait !      

http://pedagost.over-blog.com/2016/06/perspectives-de-rebondissements.html                                                               

 

Des exemples :

- Nous travaillons sur l'album "Le mystère Ferdinand" à base de lectures faites soit par moi-même soit par les élèves, d'échanges sur les motivations des personnages, et sans que je l'aie le moins du monde demandé, cinq élèves ont préparé en catimini une scène de théâtre reprenant l'histoire, qu'ils ont présentée à la classe et qu'ils vont montrer aux autres classes de l'école.

 

- Le temps d'Eurêka (Eurêka), pendant lequel des enfants volontaires font partager ce qu'ils ont aimé apprendre, a déjà débouché sur des ateliers d'origami, de maquettes, et sur la préparation de présentations de livres.

 

- Après avoir regardé une scène de clowns sur les empêchements à apprendre (Les empêchements), plusieurs élèves se sont mis à créer eux-mêmes des scènes de clowns.

 

- Le "Je fais partager" (http://pedagost.over-blog.com/article-27915492.html) est très fréquemment le point de départ de situations d'apprentissage naturelles, issues de paroles spontanées d'enfants. Par exemple, à l'occasion du JFP du 14 novembre pour lequel cinq élèves sont intervenus, nous avons constaté en classe que grâce à Raphael (il nous a parlé de sa famille) et à Alice (elle nous a présenté un livre d'Histoire), nous avons questionné le Temps, grâce à Marie (elle nous a parlé de sa visite au Musée du chocolat en Vendée) et à Louise (elle nous a parlé de son école d'avant en Inde), nous avons questionné l'Espace, et grâce à Arsène (il nous a fait partager une expérience sur la fabrication de cristaux de sel), nous avons questionné la Matière. Nous n'avons pas manqué de prolonger ce temps par une étude sur les arbres généalogiques de certains élèves, et des enfants se sont lancés dans de nouvelles expériences scientifiques.

 

Il y a là une vraie circulation entre les temps d'expression et de partage, de penser ensemble, de projets et de présentations de ces projets. Mais pour que ce soit rendu possible, il faut impérativement offrir du temps disponible aux envies de chacun, un temps inscrit dans le programme de la journée, et surtout pas réservé à ceux qui ont fini le travail individuel. Il faut donc se détacher du programme à faire, car en s'en détachant et en donnant la priorité à l'émergence d'expressions, de projets, et de partages, le programme, nous n'en faisons au final qu'une bouchée !

 

Et c'est tellement agréable à vivre !

Le Temps des Penseurs, encore et encore !

En ce début d'année de CE1, le "Temps des penseurs" est lancé avec les temps centré sur les apprentissages (Eureka), sur les empêchements à apprendre, sur le monde (Nos questions), sur la classe, et bien sûr sur la condition humaine, avec les ateliers de réflexion collective.

 

En voici les premiers enregistrements :

 

1) C'est quoi un mensonge ?

 

2) C'est quoi une famille ?

Une matinée dans ma classe vue par une visiteuse

8h30, un certain vendredi de fin juin 2016, rangés les uns derrière les autres, les enfants de CE1 sont prêts à accomplir le premier exercice du matin. Deux étages à monter, près de 25 élèves, ce n’est pas rien…

Arrivé dans la classe, chacun dispose son cartable à sa place. Une élève s’empare d’un cahier et fait l’appel en se déplaçant auprès des enfants pour cocher d’une croix leur nom alors que d’autres, assis par terre, jouent aux dés, aux cartes ou conçoivent des figures géométriques.

 

Un petit groupe s’est approprié l’espace de la bibliothèque à la recherche de quelques livres. Tranquillement ils s’assoient par terre, les uns à côté des autres.

 

Presque 9h00, D., l'enseignant agite un petit instrument de percussion, « Le temps libre et calme est fini », tous les enfants s’installent à leur place et l’un d’eux se dirige vers le tableau pour lire solennellement le planning de la journée affiché au tableau sous forme d’étiquettes aimantées : « Je fais partager, Travail individuel, Détente, Langue, Maths, Déjeuner, J’écris, Sport, Atelier ». L’organisation de la journée est donnée. Le « Je fais partager » peut commencer.

B. récupère les étiquettes des enfants qui, dès le lundi, s’étaient proposés pour faire partager une expérience aux camarades de classe mais qui n’avaient pas encore eu l’occasion de la raconter lors des deux autres « Je fais partager » de la semaine. Alors de petits exposés brefs mais vivants s’enchainent. « Samedi dernier, j’ai fait un gala de natation synchronisé, j’avais un chignon qui tenait grâce à un filet. On m’avait mis de la gélatine pour que ça tienne. Après il a fallu enlever la gélatine ».

 

B. - qui prend son rôle très au sérieux- lance avec un calme olympien « Y a-t-il des réactions ou questions ? » Une poignée de mains se lèvent. Il peut alors distribuer savoureusement la parole : « Tu as dû te faire super mal ... », « C’est quoi la gélatine ? ». Des questions auxquelles E. ne sait pas encore répondre « J’sais pas ce que c’est, je ne sais pas comment expliquer, ça s’étale sur les cheveux ». Mais elle s’engage à faire quelques recherches pour apporter la réponse aux questions de ses camarades de classe...

Ensuite, c’est au tour de K. d’évoquer un épisode qui aurait pu passer comme une lettre à la poste : son dernier rendez-vous chez le dentiste. « Dans la salle d’attente, il y avait des livres. J’avais trois caries. Pour endormir les dents, ils m’ont mis une crème à la menthe, une petite pâte pour que ça prenne la forme des dents. Ils ont dû enlever les bagues après. Je ne devais pas manger tout de suite car la pâte devait sécher ». Alors les questions fusent : « C’est quoi le nom de ton dentiste ? », « Moi aussi j’ai eu une carie et ils ont pris une photo de la bouche ». D. complète : « Moi aussi je suis allé chez le dentiste et on m’a fait la même chose ».

A. quant à lui évoque un spectacle sur des légendes amérindiennes au musée du Quai Branly. Présentation discrète qui suscite peu de questions. Alors B. toujours très investi dans son rôle de Président de séance se prend au jeu et veut rééquilibrer les prises de parole« J’aimerai bien que les questions viennent aussi de l’autre côté de la classe et pas que de ce côté »…et ça a l’air de marcher…

La preuve, quand E. raconte une visite à Eurodisney, Pirate des caraïbes, Indiana Jones, plusieurs mains se lèvent des quatre coins de la salle « Combien d’attractions ? », « Moi j’en ai fait plus ». Mais D. saisit l’opportunité d’une attraction à 360° pour interroger la salle « Vous savez ce que c’est qu’une attraction à 360°? » Flanqué au milieu de la salle, droit comme un piquet, il tourne sur lui-même, en prenant soin de s’arrêter à chaque quart de cercle. Puis dessine au tableau deux droites perpendiculaires et les arcs de cercle qui correspondent chacun à 90 degrés, reprenant pour chaque quart, 90 degrés… Certains s’écrient « AHAHAHA mais c’est comme la bouche d’égout ». La classe vient en effet de faire une série de photos d’objets du quartier. Ils avaient ensuite pour mission d’apporter l’une d’entre elles afin que leurs parents écrivent une légende derrière chacune d’elle… B. reprend la parole et dit « Le Je fais partager est terminé ».

Le travail individuel peut alors commencer. Il est 9H30. Chaque enfant choisit entre plusieurs activités : mathématiques, lecture, écriture, préparation d’un exposé.

 

Chacun s’installe, au besoin il faut aller chercher des outils dans la classe mais tout se fait tranquillement. Pour ceux qui peinent un peu, il suffit de saisir une étiquette avec son nom et de l’aimanter au tableau. Chacun à son tour pourra ainsi demander de l’aide au maître qui anticipera et saura qui aller voir. Parfois certains s’entraident naturellement.

 

Il est 10h00, l’heure de la récré. Une petite demi-heure de détente vient de passer, les enfants ont gravi une seconde fois les deux étages. Le temps « Connaissance de la langue » va commencer. C’est d’abord en groupe que l’échauffement se fait. Chaque enfant propose un adjectif ou un nom et l’épelle puis chacun essaie ensuite de deviner parmi les mots écrits leurs genre et nombre. Puis D. distribue une fiche d’exercice qui fera l’objet d’un travail individuel. Le programme indiquait au départ « Mathématiques » mais la concentration des uns et des autres était tellement optimale qu’il laisse chacun vaquer à ses occupations. Certains finissent leurs exercices pendant que d’autres se réfugient dans un livre et s’assoient tranquillement par terre dans la bibliothèque. En parfaite autonomie.

 

C’est bientôt la pause déjeuner ! La matinée est vite passée... Dans le calme, même si la fin de l’année approche, ils racontent le bonheur d’être considérés comme des êtres responsables, intelligents, capables de s’organiser ensemble, d’administrer leur temps individuel et collectif. Certains me racontent ce qu’ils aiment, ce qu’ils ont appris, « J’aime bien le travail individuel », « J’ai appris le singulier et le pluriel, les verbes avoir et être, j’ai appris à lire en CP avec D.», « J’ai appris à faire du travail individuel », « J’aime bien la façon dont on apprend, elle est rigolote », « J’aime bien son organisation, comment il fait les choses, comment il les explique. Ce qu’il fait». Peut-être que ce qui est le plus plaisant, c’est de voir qu’ils sont conscients de cela et qu’ils mesurent que cette manière de travailler leur servira même s’ils ne savent pas bien si tous les enseignants qu’ils auront plus tard travailleront de cette manière… la vie le leur dira…

Anne Lise Schmitt, visiteuse d'un matin

La pédagogie Freinet vue par des parents (1)

Tout au long de cette nouvelle année scolaire, je vous ferai partager les témoignages de parents de ma classe, réalisés l'an dernier. Je les ai interrogés sur qu'ils ont perçu et ressenti du fonctionnement de la classe de leur enfant.

 

Premier entretien : les parents de S

 

- Dans votre classe, j'ai l'impression qu'on essaie d'avoir plus l'apprentissage par le plaisir, guidé plus ou moins par ce qu'on a envie de faire. Il y a toujours un cadre, mais qui laisse plus d'initiatives à l'enfant. On est moins dans un rapport apprenant/professeur, avec un cours plus ou moins magistral. Il y a vraiment de la place pour l'enfant, et puis beaucoup de choses qui reviennent régulièrement et dans lesquelles l'enfant s'installe : le « Je fais partager », par exemple, qui paraît pour un adulte au départ un peu difficile à appréhender, puis on se rend compte que les enfants, en fait, prennent vraiment le pli et se font leur place. Et ce qui m'a le plus impressionné, je crois, c'est les histoires...

- Les textes libres ?

- (père) Les textes libres. Parce qu'au départ, ils ne savaient pas encore écrire et vous leur faisiez écrire les petits mots et vous complétiez. Et on arrive deux ans après (CP puis CE1) avec des romans... Et il y a ces présentations de textes à l'ensemble de la classe... Et puis le journal, je trouve ça extraordinaire. C'est simple, je suis très impressionné par le fait que vous arriviez à tenir le rythme hebdomadaire.

- Ça prend un peu de temps, mais pour moi, ça fait partie des choix que je fais. C'est une priorité, et il y a des choses que peut-être je fais moins que d'autres enseignants.

- (père) Parce que non seulement ça permet aux parents de suivre une évolution et ça valorise beaucoup l'enfant, qui peut dire « mon texte a été sélectionné », et « mon texte n'a pas été sélectionné par le prof, mais par l'assemblée des enfants ».

- Une petite question : vous dites, au départ, que ce sont des choses un peu difficiles à appréhender. A votre avis, c'est lié à quoi : est-ce lié au fait que ce n'est pas ce que vous aviez l'habitude de voir, genre français-maths... ou c'est autre chose ?

- (père) Non, c'est plutôt ça. De voir tous ces différents ateliers ou « temps », ça paraît beaucoup. Mais comme il y a la répétition, ça s'installe dans...

- (mère) … dans la semaine.

- (père) Et moi, quand j'étais plus jeune, j'étais responsable d'ACE (action catholique des enfants), dans le parti JOC, ce genre de choses. L'idée c'était de ne pas imposer des choses, de faire parler les enfants et les mettre ensemble, faire des projets communs. Et c'est un petit peu l'idée que je retrouve. Les enfants sentent qu'ils ont la possibilité de s'exprimer, de proposer des choses... S., maintenant, quand elle fait quelque chose de particulier, elle dit « Oh, ça, je peux le présenter au “Je fais partager” ».

- (mère) Ça, S., elle l'a bien adopté, le « Je fais partager ». Je me souviens, dès qu'elle faisait un dessin : je vais le présenter au « Je fais partager ». Moi, ce qui m'avais aussi impressionnée, c'était la présentation de mai dernier, la « matinée ouverte » un mercredi où on était venus en fin d'année, où les enfants avaient listé ce qu'ils voulaient nous présenter sur la classe et ils avaient préparé ce qu'ils présenteraient. Donc ça, déjà, waouw ! Et après, quand vous aviez fait Ernest et Célestine en théâtre, s'ils sont en binôme ou en trinôme, chacun peut parler, s'il y a des enfants qui ont plus de difficultés pour s'exprimer en public, les autres lui laissent le temps, ne vont pas forcément le reprendre pour aller plus vite ou être plus efficace. J'ai l'impression qu'ils sont acteurs, et en même temps ils laissent la place aux autres. C'est pas « moi je », mais « nous » présentons ou jouons au théâtre... Et au théâtre, effectivement, ils étaient aussi tous investis.

- A votre avis, qu'est-ce que ce fonctionnement de classe, que vous avez donc connu deux ans, pourrait changer pour S. ? Quels sont les points qui feraient un peu changer sa façon d'être ou d'apprendre, ou même son avenir, même si dans l'avenir, il y a plein de choses qui jouent ?

- (mère) Je pense peut-être qu'elle aura plus d'audace par rapport à ses initiatives. Parce que je pense que vous êtes plutôt à l'écoute de ce qui vient des enfants, peut-être qu'elle aura moins d'inhibition pour s'exprimer, proposer des choses... Alors que dans un cadre plus classique, on est un peu rapidement rabotés sur ces choses-là. Sur l'expression écrite, elle me dit qu'elle ne veut pas écrire, etc., mais je vois pour F. (le grand frère), il y a rarement eu d'expression écrite dans ses classes et je trouve que c'est chouette aussi, le cahier d'écrivain...

- (père) Moi, je ne sais pas trop répondre à votre question. Je me pose plutôt la question dans l'autre sens, c'est-à-dire qu'est-ce qui se serait passé si elle avait eu quelque chose de plus classique pendant ces deux années ? Et je pense qu'elle aurait eu beaucoup plus de mal.

- Et pour quelles raisons ?

- Parce que j'ai l'impression que S., elle est beaucoup dans le ressenti, dans les relations, elle est très à l'aise dans les présentations, les choses comme ça et je crois que c'est une méthode qui lui convient particulièrement.

- Et est-ce qu'il y a aussi des réserves ou des interrogations qui pourraient être liées à ce type de fonctionnement ?

- (mère) Moi, je n'en vois pas.

- (père) Moi, les réserves, je les avais plutôt au début, parce qu'il y avait peu de devoirs, ça avance un peu « bizarrement », mais je n'en ai plus vraiment. La seule question, c'est : après ?

- C'est marrant, à chaque fois on me dit ça...

- Je suis très heureux de ce fonctionnement de classe, qu'il y avait un peu en maternelle, où on continue parce qu'on sent que pour l'enfant, c'est chouette, il prend du plaisir, il apprend beaucoup, il y a toute cette partie « relations », le groupe, faire des projets ensemble. Comment ça va se passer pour la suite ?

- Cet après, c'est « Est-ce qu'elle va s'adapter ? », « Est-ce que tout ça ça va pas être tellement opposé que ?... » Ce serait quoi, cette inquiétude sur l'après ?

- (père) Oh, je pense qu'elle va s'adapter, ça j'ai pas de...

- Si on était comme dans un jeu de rôle. Moi, je suis un parent lambda, qui n'a pas d'enfant dans la classe : « Suzanne elle est dans une classe un peu « bizarre » : c'est quoi, cette classe ? » Comment vous pourriez dire de façon assez simple à quelqu'un ce qu'est cette classe ?

- (père) Une classe autogérée.

- Une classe autogérée ?

- (mère) Déjà, c'est un groupe solidaire, puisque vous travaillez sur ça aussi. Il y a beaucoup d'échanges entre les enfants, avec vous. Il y a aussi des devoirs. Moi, je ne suis pas très devoirs au départ, mais il y a des tas de parents que je sens angoissés dès qu'il n'y a plus de devoirs... Donc là, il y en a, mais c'est juste aussi une façon de présenter, par exemple le verbe, les leçons de grammaire, c'est une façon de personnifier les apprentissages, qui parle effectivement plus aux enfants de cet âge, en tous cas, qui fait moins peur. Et puis c'est un peu aussi un laboratoire, on a l'impression que vous essayez... S. elle nous dit « On fait quelque chose de nouveau », comme « Eurêka »...

- Oui, il y des choses que je fais et que je mets un peu de côté, parce que ça ne fonctionne finalement pas aussi bien que je le pensais.

- (mère) Ou la phrase au tableau...

- La phrase du jour.

- (mère) Donc c'est quelque chose qui n'est pas figé, qui réagit, qui rebondit, qui est dynamique...

- (père) Et moi je dirais que c'est pas n'importe quoi, il y a un cadre, mais il est là pour sécuriser les enfants, et à partir de là, il y a plein d'expressions, de projets, d'initiatives. Le journal, moi je trouve ça extra, et la manière dont les devoirs sont donnés aussi.

- Plusieurs parents m'ont dit ça aussi.

- (mère) Et que ce soit régulier, aussi. Le lundi soir, c'est le journal...

- (père) On sait que le week-end, on va travailler à la petite question, du coup, au bout d'un moment, on travaille avec Suzanne sur un P'tit Doc sur la question et après c'est S. qui... Là, pour le fil, c'est elle qui a dit « On va aller voir des vidéos pour voir comment on fabrique le fil » et après, c'est elle qui a fait un petit texte résumé de ce qu'elle avait vu...

- Oui, elle l'a présenté.

- (mère) Et puis j'aime aussi la feuille de tous les quinze jours, même si je ne comprends pas toujours bien...

- Ah, le plan de travail !

- (mère) Que S. n'a pas forcément envie de me présenter, d'ailleurs, mais c'est un autre outil de suivi pour nous qui sommes à l'extérieur...

- Plus scolaire.

- Est-ce que vous, enfant, avez été dans une classe qui aurait pu s'apparenter à la pédagogie Freinet ?

- (mère) Moi, je ne pense pas.

- (père) Moi, j'ai été dans une école Célestin Freinet, mais je ne me souviens pas que ça ait été comme ça.

- Où ça?

- (père) A Abidjan, en Côte-d'Ivoire, mais je ne m'en souviens plus trop, j'étais petit..."

 

Pour en savoir plus :

- Le "Je fais partager" : http://pedagost.over-blog.com/article-27915492.html

- Les textes libres : http://pedagost.over-blog.com/2014/09/ecrire-des-le-debut-du-cp-ce1.html

- La question de la semaine : http://pedagost.over-blog.com/2014/05/nos-questions.html

- La "phrase du jour" : http://pedagost.over-blog.com/2016/01/la-phrase-du-jour.html

- Les temps de classe : http://pedagost.over-blog.com/article-quand-les-temps-de-la-classe-se-parlent-96527061.html

- Eurêka : http://pedagost.over-blog.com/2016/04/projet-eureka-pour-dire-ce-qu-on-a-aime-apprendre.html

 

PS : Sur Eurêka, il vient de paraître un bel article dans le magazine "La Classe" de septembre !

http://www.calameo.com/read/000021025eca41453945e

Penser la condition humaine

Toujours dans l'esprit des "ateliers de réflexion sur la condition humaine" initiés par Jacques Lévine, je vous propose ci-dessous quatre moments de belles réflexions sur la vie, le courage, la chance ou le rêve dans ma classe de CE1.

 

Ces temps viennent, soit après la lecture d'un album, soit après un travail sur les empêchements à apprendre ("Se sentir nul") : http://www.empechementsaapprendre.com/

 

1) Avoir plusieurs vies

 

2) Se sentir nul

 

3) Etre courageux

 

4) Avoir de la chance

 

5) Le pays de mes rêves

 

Perspectives de rebondissements

Pour clôturer cette année 2015-2016 en perspectives souriantes, je vous fais partager mon souhait principal de "plaisir à vivre", qui deviendra, je l'espère, "plaisir vécu" l'année prochaine.

 

J'aimerais transformer mon emploi des temps, de façon à ce que ma classe devienne davantage encore classe à projets, mais là, je ne pense pas aux projets qui viennent de l'Institution et qui souvent ne laissent que peu de traces, mais des projets issus de la vraie vie de classe, ceux émergeant du "Je fais partager" ou du Eureka (Eureka), ceux qui naîtront des lectures que nous mènerons ensemble, ceux qui viendront de tous nos moments de découvertes, qu'elles soient mathématiques, culturelles, scientifiques...

 

Il y aurait à la fin de chacun de ces temps une question rituelle qui serait : "Est-ce que vous avez un projet que vous aimeriez engager à partir de ce que nous venons de vivre ?"

 

Quelques exemples inspirés de choses déjà vécues en classe :

- Au "Je fais partager", un enfant nous raconte son week-end chez ses grands-parents avec ses cousins. On trace son arbre généalogique ainsi que celui d'autres enfants volontaires ?

- Lors d'une lecture d'histoire, on se lance dans des théâtralisations de scènes ou des réalisations de pop-up, comme nous venons de le faire à partir du livre "Les 9 vies d'Aristote"

- Lorsque nous travaillons sur les soustractions, certains réalisent des cartes à opérations avec au recto l'opération et au verso le résultat.

 

Mais toujours des idées venant des élèves. Je serai seulement personne aidante pour l'avancée de ces projets !

 

Ensuite, nous les noterons sur un tableau destiné à ça, avec les noms de ceux qui s'engagent à le réaliser, et avec qui. Et chaque jour, le "Temps des projets", un des temps rituels de la classe, sera centré sur l'accomplissement de ces projets-là.

Des pictogrammes qui font du bien

Un court témoignage sensible vécu récemment dans ma classe (un CE1). La façon dont ça s'est déroulé m'a bien surpris et m'a donné envie de vous l'écrire !

 

Un vendredi matin, K., à peine arrivée à l'école, m'a raconté le cambriolage dont sa famille avait été victime la veille. Puis, nous sommes montés en classe et avons démarré le "Temps libre et calme", temps de sas entre la maison et l'école, chacun menant l'activité de son choix. Nous avons poursuivi la matinée avec le "Je fais partager", au cours duquel des enfants volontaires présentent à la classe un récit, un objet, une création qui leur tient à coeur.

 

Il se trouve que ce matin-là, K. devait passer au "Je fais partager" (elle s'était inscrite le lundi) et elle est arrivée avec une demi-feuille comportant des espèces de pictogrammes quelque peu mystérieux. Elle les avait composés lors du "Temps libre et calme".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et voici son commentaire de l'image (suivez bien les pictogrammes !) :

"En fait, avant la serrure, elle était normale. Et puis après, il y a eu les voleurs avec un marteau, ils ont cassé la serrure, ils ont pu entrer dans la maison et ils ont volé un Ipad et le vieux téléphone de mon père et de ma mère. Après, y a eu un ami du bureau, il a pris un tournevis, et puis il a un peu réparé la serrure. Et puis après, il y a quelqu'un qui a réparé la serrure. Il a enlevé la serrure, il en a mis une nouvelle, et il a donné de nouvelles clés, comme ça on peut re-entrer et sortir."

ou avec le son :

 

Ça confirme encore une fois la nécessité de ces temps où les enfants, "personnes du monde", peuvent exprimer ce qu'ils ont en eux, et ici, pour K., se soulager d'un évènement un peu perturbant.