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Publié par Daniel Gostain

Chaque semaine, une annonce de Monsieur Blanquer, le plus souvent sous forme de préconisations – rien d’imposé, bien sûr, il n'est pas fou… – fondées sur le « bon sens ». Un décalque de la gouvernance d'entreprise. Difficile, du coup, de s’y opposer, au risque de passer pour un résistant automatique au changement.

Il en est ainsi de ses dernières annonces. Il propose une dictée quotidienne, un apprentissage de la lecture totalement encadré, une écriture presque totalement réduite au graphisme et à la copie, et je passe sur les autres mesures consacrées à la grammaire, l’essentiel étant que l’apprentissage ne peut se mener que conduit, orienté, dirigé par l’enseignant(e) qui sait vers où il/elle veut aller et par quelles étapes il/elle va passer. Avec une progression au jour le jour. C’est si tentant de vouloir le suivre, notre ministre. C’est si rassurant. Il suffit de suivre un chemin totalement balisé. Mais en quoi cette procédure va faire apprentissages ? 

N’y a-t-il pas quelques « menus » oublis ?

Premier oubli : la vie. L’école est un lieu de vie, pas déconnecté de ce qui se déroule hors du scolaire. L’apprentissage ne peut s’édicter sans tenir compte de tout ce qui va influer sur celui-ci : les facteurs sociaux, familiaux, psychologiques, etc. C’est ce qui fait la difficulté, mais aussi la richesse du métier d’enseignant : savoir accueillir chaque élève là où il en est, et donc adapter la façon de conduire la classe en tenant compte de ces multiples facteurs. Une façon de ne pas laisser certains élèves sur le carreau, contrairement à la méthode unique, préconisée par monsieur Blanquer. Des exemples :
- apprendre par le biais du plan de travail individualisé. Chaque élève apprend à partir de là où il en est, aidé par ses pairs et par l’enseignant bien sûr, avec des entrées dans les apprentissages qui correspondent à ses besoins, pas de façon unique.
- consacrer des temps au questionnement et à la pensée. Questionner le monde pour mieux s’y insérer, questionner sa condition humaine (par le biais d’ateliers philosophiques par exemple), questionner la classe pour la changer ensemble, questionner l’acte d’apprendre pour lui donner du sens. 

Deuxième oubli : l’expression. Un apprentissage vrai, authentique passe par l’expression, une expression au sens plein du terme. Pas du bla-bla, non, mais des classes où l’expression – incluant l’expression de soi – trouve sa pleine place. Une expression pas systématiquement instrumentalisée vers un résultat à atteindre. Des exemples : 
- s’exprimer par écrit, à travers l’écriture de textes libres, ce qu’on appelle en pédagogie Freinet, l’écrilire. C’est là que la lecture prend tout son sens, dès le CP, plutôt que par une lecture mécanisée. 
- s’exprimer pour faire partager ses émotions, ses créations, ses projets, et donner ainsi envie aux autres d’entreprendre eux aussi. Une expression dans laquelle l’enseignant(e) acquiert une autre place, celle de facilitateur. 

Troisième oubli : l’enfant. Derrière chacun de nos élèves, il y a un enfant. Un enfant qui a des centres d’intérêt, un enfant qui a déjà son histoire personnelle, un enfant qui a une intériorité qui rencontre les moments d’accès aux apprentissages d’une façon harmonieuse ou conflictuelle. En saucissonnant les apprentissages par discipline, nous bâtissons une classe qui ne « parle » pas à l’enfant. Il faut raisonner autrement. Des exemples :
 - Les temps de ma classe s’appellent « Je fais partager », « Je fais un projet », « Je réfléchis », « J’écris », « Je me questionne », etc. Partir aussi souvent que possible (mais pas exclusivement) de l’enfant pour aller vers l’élève.
- Ces temps sont interconnectés, ils « dialoguent » entre eux. Ainsi, les élèves font des projets personnels qu’ils font partager, ils écrivent pour être publiés dans un journal, ils disent leurs difficultés pour être aidés, etc. Ils sont ainsi parties prenantes dans leur présence à l’école. 

Je m’arrête sur ces oublis-là, à chacun de rajouter ceux qui lui viennent en tête. 

J’espère que monsieur le Ministre saura sortir de sa distraction. Peut-être qu’il pourrait déjà se poser un peu et prendre le temps de rencontrer (pas seulement ceux qui pensent comme lui), de se confronter, de se remettre en questions. 

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